Gérer un cimetière

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" Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé "
Albert Einstein

 

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Pierre Vidallet

1978 : Mulhouse est le premier centre funéraire-crématorium "moderne" inspiré du modèle de ses voisins helvétiques, résolument tourné vers l’accueil des familles et de leur défunt, délaissant la pompe solennelle de l’édifice pour laisser place au besoin de disposer d’un lieu de rassemblement et d’hommage respectueux que les appartements et la plupart des demeures ne procurent déjà plus.
Évidemment, "Je vous parle d’un temps, que les moins de vingt ans (de funéraire !) ne peuvent pas connaître…" Trente ans même…
En ce temps-là, jeune ingénieur, je m’intéresse à ces nouveaux appareils d’origine suédoise qui équipent l’édifice. Magnus Björkman m’initiera patiemment à ces machines avec l’aide de son équipe de techniciens hollandais, au fonctionnement de ce que l’on appelait encore des fours sans bien se rendre compte que ces mots choquaient nos parents et grands-parents. Il me faudra ensuite bien du temps pour comprendre que les mots et les attitudes ont tellement d’importance dans la vie, et encore plus dans ce métier.
Dans la foulée, les boucliers se lèvent : "Vous avez décidé de tuer (!) les pompes funèbres… Jamais vous ne me brûlerez… Ça ne marchera jamais… C’est pour les païens, il faut un tombeau…" ce à quoi d’ailleurs, Louis-Vincent Thomas, un tantinet provocateur, ne se privait pas de répondre que le Christ s’ennuyait tellement dans le sien qu’au bout de trois jours il s’en était échappé !

Moins de 1 % de crémation, 5 crématoriums…

Ne pourront s’empêcher de sourire ceux qui œuvraient alors dans cette activité en se remémorant combien nous évitions soigneusement entre amis de préciser notre occupation professionnelle sauf lorsque nous tenions vraiment à couper court à une soirée ennuyeuse qui se prolongeait… effet immédiat garanti !

Aujourd’hui, 35 %, 170 crématoriums

Et nous esquivons maintenant tout aussi prudemment d’en parler car ce sujet va probablement monopoliser l’attention toute la soirée, tellement est fort le désir d’en savoir plus, voire d’aborder le sujet crucial de notre devenir ultime…
Dans les années 1980, sous l’impulsion des associations crématistes et des élus des métropoles soucieux de fournir aux usagers cet "outil" apte à satisfaire la demande naissante d’une part croissante des électeurs, s’amorce une vague de création de crématoriums avec la préoccupation première de répondre à une demande de capacité. Un crématorium aura principalement une salle de cérémonie souvent de taille modeste, et une partie technique à même de réaliser un certain nombre de crémations. Deux, vingt parfois trente personnes accompagneront le corbillard sans trop savoir ce qui va se passer… quand il se passe vraiment quelque chose dans la salle dite "d’adieu"…
Des décrets techniques viennent plus tard encadrer les performances des appareils de crémation et la partie technique des crématoriums.
À la fin de la décennie et au début des années 90, l’engouement se précise, et quelques entrepreneurs audacieux et visionnaires adjoignent à leur service celui d’un crématorium. Jusqu’en 1993 qui désagrège le monopole des pompes funèbres mais décrète que le crématorium est désormais de la compétence exclusive des collectivités ou de leur groupement. Temps mort… il faudra attendre 1996 pour que s’ouvre à Poitiers le premier crématorium en Délégation de Service Public (DSP).
Avec le temps et la fréquentation grandissante des cérémonies pour lesquelles certains gestionnaires ont mesuré toute l’importance d’offrir aux proches la possibilité de personnaliser le dernier rassemblement ritualisé sans théâtre en un lieu ouvert et de paix, on réalise combien ce lieu doit être conçu pour les vivants….
Concevoir un crématorium c’est donc partir de l’intérieur dans tous les sens du terme, avant de penser à l’enveloppe de l’édifice avec laquelle le maître d’œuvre aimerait tant laisser une empreinte visible et symbolique…
L’engouement est devenu tel que des communes adjacentes s’offrent même, sur base de rivalités personnelles ou philosophiques, le luxe mortifère de bâtir ou faire bâtir chacune leur établissement, au détriment bien sûr d’une véritable considération de l’attente des citoyens.
S’est-on suffisamment plongé dans la réflexion sur ce triangle d’or au centre duquel se trouve le gestionnaire de crématorium, fût-il public ou privé (débat d’arrière-garde sauf peut-être en politique fondamentale) et désireux de bien faire ?

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Quel que soit le sujet relatif à un crématorium sur lequel on se penche, le gestionnaire n’est-il pas au cœur de ce triangle où il doit veiller sans cesse à y conserver son centre de gravité. Tout un débat qu’il serait trop long de développer dans ce dossier… !
En Europe toute entière, mais aussi dans le monde se sont forgées au fil des ans des expertises spécifiques à la crémation qu’illustrent bien les spécialistes qui en font part dans ce dossier :
Technique en matière d’appareils, d’environnement, d’énergie, d’architecture, de sites cinéraires ;
Éthique en termes de dispersion des cendres, de recyclage des métaux, de devoirs professionnels, de transmission de cérémonies aux parents lointains ou alités ;
Anthropologique, philosophique et religieuse sous l’angle, entre autres mais pas exclusivement, des observations que suscite inévitablement ce raccourci brutal de la réduction rapide du corps humain en 3 à 4 litres de cendres et dans l’approche de la ritualisation du départ, ou de l’hommage religieux ou non devant une urne qui revient suite à un décès à l’étranger ;
Commerciale pour faire connaître les spécificités d’un établissement, pour s’adosser à des prescripteurs (assurances, mutuelles) ou proposer des services de mémoire virtuelle adaptés ;
Esthétique pour donner à l’établissement, à son environnement, au parc cinéraire un cadre apaisant et serein propice au retour vers la vie qui continue.

Pourtant, la réalité s’interpose - parfois - pour démentir ces belles considérations

- Les conteneurs contenant les restes métalliques issus des crémations sont  ici ou là négligemment "entreposés" sans surveillance avec les bennes à ordures...
- La famille qui a perdu son fils à l’étranger se voit refuser la crémation parce qu’un procureur de la République refuse systématiquement tout transfert dans un cercueil sans enveloppe zinguée. Ce que le procureur du département voisin accepte. Alors qu’ailleurs il se déclarera incompétent…
- Que le gestionnaire du crématorium ne sait à quel saint se vouer lorsque plusieurs personnes se disputent le titre de "la personne ayant qualité pour pourvoir aux funérailles" afin de repartir avec l’urne…
- Que des urnes sont abandonnées dans des crématoriums depuis plusieurs décennies par des familles peu scrupuleuses ou disparues et que la collectivité refuse de se prononcer…
- Que les plannings (et les parkings !) de certains crématoriums sont saturés parce que les proches attendent systématiquement les cendres…
- Que l’installation des lignes de filtration s’est faite sans concertation réelle entre les fabricants et les maîtres d’œuvre, en oubliant que rien que le traitement des rejets à l’atmosphère complet dégage à lui tout seul l’équivalent de 20 radiateurs, rendant la salle technique étouffante pour le personnel et destructrice pour le matériel…
- Que le personnel de l’établissement se trouve soudain confronté à une installation nouvelle complexe dans la conception de laquelle il n’a pas été impliqué, sans considération par exemple pour la manutention des urnes, des réactifs neufs et usagés, des circulations, de la ventilation hiver-été, etc.
La réglementation impose à tous les crématoriums français d’afficher en 2018 des teneurs limites en dioxines, mercure et poussières telles qu’ils devront être équipés de filtration. Les délais de fabrication des fabricants s’allongent et rien ne dit que cette date limite sera respectée… Les bons élèves accepteront-ils sans compensation que certains sites n’aient encore rien prévu à ce jour ?
Cette contrainte pour les crématoriums existants, dont les répercussions techniques et financières sont conséquentes, obligeant régies, délégataires et délégants à revoir les conditions d’exploitation ainsi que les tarifs. Mais ce fut et c’est aussi pour beaucoup une formidable opportunité de repenser le fonctionnement d’un établissement conçu à une époque où la crémation était marginale. Des pratiques nouvelles s’estompent. À condition, bien sûr, que conviction et motivations animent les parties qui doivent négocier…
Et que la réglementation ainsi que celles et ceux qui l’écrivent leur donnent cette latitude. En effet force est de constater maintenant qu’à court terme à l’échelle de la durée de vie d’un bâtiment la crémation deviendra majoritaire dans le pays alors qu’elle l’est déjà dans certaines villes ou régions. Les attentes des familles sont fortes, quantitatives et qualitatives.
Paradoxalement, les programmes écrits par les collectivités ou leur AMO (Assistant à Maîtrise d'Ouvrage), ne comportent souvent que le strict minimum, à savoir un terrain de faible surface, un parking étriqué, une seule salle de cérémonie ne permettant pas d’accueillir les fortes affluences, peu de place pour laisser s’exprimer le besoin de mémoire, et pas de salles où les proches puissent se rassembler comme de coutume à l’issue du recueillement.
Parce que les durées proposées pour les délégations sont trop courtes pour amortir les investissements que nous envions à nos voisins européens. Pourtant, le Bureau Économique de la Province de Namur s’est laissé convaincre lors des négociations qu’il fallait 40 ans d’exploitation pour être en mesure de répondre dignement à l’attente des familles et des professionnels du funéraire, sans être de dimension pharaonique.
ECN (European Crematoria Network), réseau informel des crématoriums européens, rassemblant fabricants et exploitants, s’est réuni en juin à Gand, se promettant d’actualiser le livre blanc qui avait déjà servi à de nombreux pays pour en remettre la nouvelle édition au Parlement européen de Strasbourg en 2016. Ce manifeste se veut initiateur d’anticipation sans être donneur de leçons, pour servir de grandes lignes dans l’évolution de la crémation… ou de techniques alternatives….
La France est sollicitée pour participer activement à l’organisation de ce grand rassemblement à même d’attirer l’attention des autorités et du public sur notre métier. Saurons-nous y répondre ? Sommes-nous prêts, alors que se discutera un jour ou l’autre le schéma directeur des crématoriums, à conjuguer nos forces pour présenter un front uni, professionnel, pragmatique et déterminé sur les fondamentaux aux rédacteurs des décrets à venir ? Nous y étions parvenus lors de la rédaction du précédent décret….

Difficile de désintégrer un préjugé disait le physicien, mais pas impossible…

D’autant que se précise maintenant un mouvement de fond qui ressemble étrangement à celui que j’ai connu en 1978, sans alors vraiment m’en rendre compte…
La crémation n’avait à en croire ses détracteurs à cette époque et pour des tas de motifs que peu de chances de prospérer… Nos alliés américains que nous raillons si souvent pour leur manichéisme – et que nous nous empressons aussi souvent à imiter avec 25 ans de retard, ont maintenant mis au point un dispositif, probablement qualifié à tort d’appareil de crémation chimique, et ce sur la base d’un procédé développé par un visionnaire écossais que beaucoup d’entre nous ont déjà rencontré aux conventions de l’UGCF (Union des Gestionnaires de Crématoriums Français), et qui lui, l’a dénommé "Résomation."
Tout contribue à plaider contre lui… Notamment, la "Résomation" n’a pas de fondement historique, elle ne fait pas partie des deux seuls modes de funérailles autorisés en France, elle produit 300 litres de liquide. En revanche ce liquide est atoxique, ne comporte plus d’ADN ; la "Résomation" consommerait 7 fois moins de combustible, les restes sont purs et aussi friables qu’après une crémation, les plombages contenant le mercure sont intacts, les prothèses sont rutilantes…
Des établissements américains dont les États ont autorisé la "Résomation" proposent l’alternative du choix aux familles : "Crémation" ou "Résomation"…
Alors, si on se lançait ?


Pierre Vidallet

Instances fédérales nationales et internationales :

CPFM - Confédération des Professionnels du Funéraire et de la Marbrerie FFPF - Fédération Française des Pompes Funèbres UPPFP - Union du Pôle Funéraire Public CSNAF - Chambre Syndicale Nationale de l'Art Funéraire UGCF - Union des Gestionnaires de Crématoriums Français FFC - Fédération Française de Crémation EFFS - European Federation or Funeral Services FIAT-IFTA - Fédération Internationale des Associations de Thanatoloques - International Federation of Thanatologists Associations