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"Donnons un avenir au service funéraire public", tel était le thème d’appel des Rencontres nationales de l’Union du Pôle Funéraire Public (UPFP) qui se sont déroulées en septembre dernier. Dans le contexte particulier de la crise sanitaire impliquant le respect de mesures de protection strictes, les organisateurs ont su proposer durant trois jours un programme dense et instructif avec de nombreuses interventions professionnelles, conférences, ateliers et informations funéraires pertinentes, sans oublier la tenue de l’assemblée générale de l’Union au cours de la première après-midi.
 
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Ambiance singulière pour ces rencontres qui se tenaient cette année à Paris, sur deux lieux successifs différents, l’un dans le IIIe arrondissement, l’autre dans le XIe les 2e et 3e jours. Sous les masques, adhérents, administrateurs, membres du bureau, intervenants, partenaires et invités cherchaient, discrètement – ou pas – un regard complice ou ami, tant il est vrai que le respect de l’ensemble des gestes barrières n’est pas chose innée et commune chez les homo sapiens, surtout lors de rassemblements où c’est la convivialité et la sympathie physique qui sont plutôt les vecteurs de communication. À noter que des masques portant le logo de l’UPFP – réalisés gracieusement par la société nîmoise Amegapub – furent distribués à l’ensemble des participants.

Mais, chacun y allant de sa bonne volonté, ces nouvelles rencontres débutèrent par un mot chaleureux du président Manuel Sauveplane (accompagné de Patrick Lerognon, aujourd’hui secrétaire général de l’UPFP), qui fit part de sa satisfaction d’être là, de pouvoir échanger, débattre, partager d’agréables moments, avec tous ceux qui avaient fait le choix, malgré la pandémie, de participer à ces journées nationales. Celui-ci exposa le programme des trois journées avec les animations prévues et les horaires établis pour le tournage de "La Mort, si on en parlait ?".

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Manuel Sauveplane.

Ouverture chaleureuse malgré les contraintes sanitaires

Il y eut également une rapide intervention de Mahiedine Ouali, responsable de l’action mutualiste à la MAIF. En effet, accueillis pour ce premier jour dans les locaux du MAIF Social Club, il était important de prendre conscience des particularités de ce lieu mutualiste dont l’engagement peut avoir une proximité avec certaines préoccupations actuelles des collectivités territoriales. Cet espace hybride – vitrine institutionnelle, lieux de tests et d’initiatives – questionne l’innovation sociale à travers une programmation artistique pluridisciplinaire et paritaire (expositions, spectacles, débats d’idées, ateliers pour petits et grands, espace de travail, etc.).
Puis ce fut l’assemblée générale qui devint le sujet principal de l’après-midi en cours, démarrant avec la lecture par Manuel Sauveplace du rapport moral. Mettant en avant le fait que l’UPFP, c’est aujourd’hui 87 membres, qu’elle est donc une organisation qui compte, il rappela l’initiative prise avec la CPFM et la FFPF de l’envoi d’une lettre au Premier ministre, le 27 mars, afin de proposer quelques dispositions à prendre en direction des opérateurs funéraires durant le confinement pour faciliter et reconnaître leur labeur. Cela a été renouvelé, missive adressée cette fois-ci au Premier ministre Jean Castex afin de lui demander de maintenir le dialogue avec les professionnels funéraires.

Un bon déroulement de l’AG

Le président informa aussi l’assemblée de l’avancement du rapprochement avec la Maison des Obsèques (groupe VYV), laissant présager un aboutissement très prochainement. Adopté à l’unanimité, le rapport moral fut suivi de la présentation du rapport d’activité par Marie-Christine Montfort, secrétaire, et du rapport financier par Régine Durand, trésorière. Approuvés eux aussi, ils laissèrent la place aux exposés d’Éric Dreneau, référent formation UPFP, sur la situation – adhérents formés, sessions proposées, budget disponible, etc. – dans ce domaine pour l’année écoulée ; et Marie-Claude Cheramy, pour les participations – et le suivi – aux réunions et aux commissions du CNOF. Cette dernière donna un compte rendu assez complet des travaux auxquels elle a participé.

Parmi les résultats concrets, on peut noter le Guide des recommandations relatives aux parties techniques des chambres funéraires et mortuaires paru en juin 2020, les effets du travail de la commission "formation" concernant notamment les diplômes et, bien sûr, la réforme en cours. Quelques autres points sont aussi à relever, comme la réflexion sur l’utilisation des métaux "d’après crémation" (vente et attribution des recettes…), un rappel sur le RGPD et l’obligation de faire apparaître le médiateur sur les documents commerciaux, et le décret "dépotage" à venir.

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Marie-Christine Montfort.
 
Une journée riche et instructive

Le lendemain matin commença par une session de "pitch" des partenaires. Ceux-ci, plus d’une vingtaine, purent donner dans un format court et chronométré le profil et la spécificité de leur entreprise. Sans les nommer tous, nous retiendrons seulement pour l’aspect international la présence des deux sociétés espagnoles MIFORA, pour son service de vidéo hommage, et LIMBO, pour un dispositif hermétique nommé "cercueil NOZn", étanche, biodégradable (apte à la crémation), ayant vocation à remplacer les cercueils en zinc (en attente d’agrément pour la France).

Suivit l’intervention de François Cazals, du cabinet Cazals & Partners, avec lequel l’UPFP a engagé une étude et un travail approfondi sur la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE). Celui-ci a présenté tout d’abord les grandes lignes de la RSE en contextualisant sur le monde tel qu’il est aujourd’hui, avec la Covid-19 et les changements climatiques, et la nécessité de s’adapter à ces modifications/bouleversements… avec toutes les conséquences que cela implique pour le funéraire public (et en général).

Vers une nouvelle stratégie digitale

François Cazals détailla les grandes tendances de fond que sont la transition écologique, la quête de sens (recherche des jeunes actuellement) pour la relation au travail et la transformation numérique (télétravail, télémédecine, e-commerce, click and collect, services dématérialisés). Cette dernière existe depuis plus de dix ans et s’amplifie avec la pandémie. Les services funéraires sont en première ligne, d’où l’obligation d’une stratégie digitale.

Le rôle sociétal et la valorisation du funéraire public deviennent alors essentiels, tout comme la RSE. Celle-ci se construit sur le développement durable, englobant le social, l’économique et l’environnemental. Pour l’UPFP, il s’agit alors d’élaborer une stratégie durable retransmise à ses adhérents : notion d’entreprise responsable, ayant mission de "service public", avec ses propres valeurs et spécificités. Pour François Cazals, c’est donc définir collectivement une raison d’être (intervenants, élus, citoyens).

Communication numérique et nouveau site

Pour lui, c’est peut-être imaginer un "syndicat à missions" définissant les obligations RSE et accompagnant les adhérents volontaires. Dans cette organisation/préoccupation, il s’agit de penser la communication numérique, point de départ de la démarche, et de développer des services funéraires numériques. Pour conclure, face à l’incertitude et à l’imprévisibilité à court terme, il osera les conseils "devenir anti-fragile" et "se recentrer sur l’essentiel".

Dans une logique continuité, Chantal Cazals (du même cabinet) a exposé la philosophie du nouveau site Internet de l’UPFP, rappelant que, dès 2018, c’était un site institutionnel dédié aux adhérents avec une volonté d’un partage d’expériences. Aujourd’hui, l’enjeu du digital – comme développé précédemment – implique que ce média soit aussi destiné aux élus, qui prendront connaissance des activités de leur service funéraire municipal, et aux partenaires pour les tenir informés. La mise en ligne est prévue en novembre 2020.

L’avenir de l’écoresponsabilité pour les cimetières

C’est ensuite la paysagiste Charlotte Fontan qui nous fit part de deux expériences que sont le cimetière de Marsous – à Arrens-Marsous (65) – où a été repensé l’aménagement pour éliminer les intrants phytosanitaires tout en embellissant l’espace ; et celui sur la commune de Mées (40), une création à venir où l’idée directrice est de concevoir ce nouvel espace funéraire en adéquation avec les besoins en matière de surface et les attentes des élus souhaitant avoir un lieu paysager et réellement végétalisé.

L’une des références dans ce domaine, le cimetière des Joncherolles (20,5 ha), créé en 1958, nous sera présenté par Véronique Bailly, directrice du pôle funéraire du SIFUREP, directrice générale de ce cimetière géré en intercommunalité (Épinay-sur-Seine, Saint-Denis, Pierrefitte-sur-Seine, Villetaneuse et Saint-Ouen). Depuis 10 ans, l’écoresponsabilité est au cœur de la gestion de celui-ci.

L’innovation au service de l’environnement

Puis suivit le sujet des produits et mobiliers funéraires innovants adaptés aux aménagements paysagers par Jean Exner, secrétaire général de la Chambre des métiers et de l’artisanat de la Haute-Vienne. Celui-ci mettra l’accent sur les clés de l’innovation à associer que sont design, praticité et matériau (par exemple, utilisation de la porcelaine de Limoges en local). Cela est mis en pratique avec le dispositif RIIF (Réseau Intermassif Innovation Funéraire), dont Résonance s’est fait à de nombreuses reprises l’écho.

Cette séquence environnementale se termina avec un concept inédit en France, la forêt cinéraire. Celle d’Arbas (31), dans le Comminges, est la première en France à recueillir officiellement les cendres des défunts. 216 emplacements sont prévus pour une quarantaine d’arbres. Sa conceptrice, Elia Conte Douette, explique que cet espace funéraire révolutionnaire est destiné à accueillir des urnes biodégradables au pied d’un arbre numéroté et répertorié. Cette portion de forêt communale transformée en lieu d’inhumation d’urnes existe grâce au soutien actif du village d’Arbas.

Mais dans l’état actuel des lois en vigueur et de la réglementation qui en résulte – voir le Code Général des Collectivités Territoriales (CGCT) –, cette forme de "cimetière" ne peut être autorisée du fait d’un manque de clarté quant à son statut et à sa délimitation géographique approximative, entre autres. À ce jour, 30 urnes ont ainsi été inhumées (depuis mai 2020) malgré ce vide juridique. Néanmoins, le concept est intéressant, mais devra faire l’objet d’études suivies d’une évolution de la réglementation afin qu’il puisse être bien encadré. À noter que c’est un sujet qui a suscité de nombreuses réactions dans l’assistance.

Impacts Covid-19 et rapprochement mutualiste

Pour clore ce deuxième jour, un point d’actualité sur les impacts juridiques de la Covid-19 fut fait par Stéphan Denoyes, avocat, qui rappela que près de 1 000 textes ont été publiés depuis le début "officiel" de la pandémie en France ; et que cela n’allait pas s’arrêter, ce qui présage une quantité toujours importante de travail pour les opérateurs funéraires, car nombreux sont ceux qui les concernent. Il mentionna également le projet de décret relatif aux métaux récupérés après crémation, qui devrait prochainement aboutir après l’avis favorable du CNOF.
Enfin, Manuel Sauveplane, président de l’UPFP, a fait part à l’assistance de la confirmation d’un rapprochement avec La Maison des Obsèques (LMO), qui visera à la création d’une fédération commune (les statuts sont en cours de négociation), un nouveau mouvement de l’économie sociale et solidaire dont votre magazine se fera prochainement l’écho.
 
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Enregistrement de "La mort si on en parlait".
 
Conclusion studieuse et riche d’enseignements

Pour conclure ces Rencontres nationales de l’UPFP, décidément très denses en matière d’informations et d’échanges, ce sont deux conférences qui occupèrent la dernière matinée. La première, intitulée "Vivre son deuil", fut tenue par Christophe Fauré, psychiatre et psychothérapeute, qui transmit son expérience concernant le processus du deuil, issue de plus de vingt ans de rencontres et de partages ; et donna quelques pistes et conseils pour aider les professionnels dans l’accueil des familles et la préparation des obsèques.

"Parler de la mort" est le thème de la seconde conférence portée par Nathalie Paoli, fondatrice du "Point Rose", l’association référence de soutien aux parents en situation de deuil, notamment d’un jeune enfant. Suite à un manque d’accompagnement lors du décès de sa fille de 9 ans, elle a décidé de se consacrer aux familles se retrouvant dans la même situation. Elle évoqua son souhait de voir naître de ce deuil si particulier, si difficile à admettre, des obsèques également "différentes".

Le mot final de Manuel Sauveplane fut consacré au bon déroulement et à la richesse de ces journées et aux remerciements à tous les présents, adhérents, presse et partenaires.
 
Gil Chauveau

Résonance n°165 - Novembre 2020

Instances fédérales nationales et internationales :

CPFM - Confédération des Professionnels du Funéraire et de la Marbrerie FFPF - Fédération Française des Pompes Funèbres UPPFP - Union du Pôle Funéraire Public CSNAF - Chambre Syndicale Nationale de l'Art Funéraire UGCF - Union des Gestionnaires de Crématoriums Français FFC - Fédération Française de Crémation EFFS - European Federation or Funeral Services FIAT-IFTA - Fédération Internationale des Associations de Thanatoloques - International Federation of Thanatologists Associations