Lorenzo Martinez.

Depuis janvier dernier, le camion-atelier de Lorenzo Martinez sillonne la Bretagne pour personnaliser les pierres tombales jusque dans les cimetières.

 

Le slogan idéal pour Monuméo ?

Sitôt le tombeau fermé, il débarque à tombeaux ouverts ! Il, c’est Lorenzo Martinez, et depuis janvier 2026, il s’est lancé sur un créneau prometteur avec sa petite entreprise : la gravure itinérante. Et le qualificatif de "petite", ici, n’est pas réducteur, et encore moins galvaudé puisque tout tient dans… un fourgon aménagé. À 22 ans, le Breton n’a, au fond, rien inventé, il a simplement remis au goût du jour ce que nos ancêtres faisaient déjà au temps des cathédrales : se déplacer au gré des chantiers et y rester le temps de l’ouvrage, de quelques jours à plusieurs semaines selon les besoins.

Ainsi, son véhicule n’est pas seulement un atelier mobile, c’est aussi le lieu de vie de ce jeune auto-entrepreneur. Et c’est surtout sa réponse à une promesse : ne plus faire attendre trop longtemps les familles avec une pierre tombale vierge de toute inscription. "J’ai travaillé pendant 6 ans avec ma mère, aux pompes funèbres Le Squère, à Concarneau, rembobine-t-il. Les délais pour une gravure étaient devenus trop importants. En moins de 2 ans, nous sommes passés de 3 à 8 mois, voire plus. Là, on a dit stop." Les raisons de cet allongement ? "Notre prestataire a connu plusieurs départs, dont un employé important, et n’a pas su ensuite gérer les commandes plus vite, décrit Lorenzo Martinez. Il a été débordé."

1 Camion atelier

Alors le Finistérien a pris les choses en main. S’il faisait déjà de la marbrerie au sein de l’entreprise familiale, il a décidé d’élargir ses compétences en décrochant un CAP de tailleur de pierre à Louvigné-du-Désert (Ille-et-Vilaine) à l’orée des années 2020. Là-bas, il a pu le constater devant des classes clairsemées : le métier n’est pas vraiment attractif. "Nous n’étions vraiment pas nombreux", dit-il. Notamment pour le funéraire.

Une pénurie de main-d’œuvre qui le conforte dans son choix : il n’aura pas de mal à se faire une place. Reste maintenant à démarcher les clients, principalement des entreprises de pompes funèbres, avec une proposition, on l’a vu, plutôt alléchante : ce n’est pas la pierre à graver qui vient à lui, mais l’inverse, parfois directement au cimetière. Une ultime option encore plus rentable : "Ça évite de démonter les monuments."

Il a, de ce fait, minutieusement étudié la question. Comme un corbillard, son camion est alors en mesure de se faufiler entre les sépultures, et il a acquis tous les outils (stencil, ordinateurs, nécessaire de peinture…) qu’il peut transporter à la main sans difficulté s’il doit rester stationné à l’extérieur. "Le choix du matériel a été déterminant, il a fallu investir dans du moins imposant, du plus petit, du plus léger." Et si la météo n’est pas de la partie, une bâche déployée au-dessus du monument fait parfaitement l’affaire pour le protéger de la pluie et du vent. Ses délais ? "J’annonce entre 1 et 2 mois, grand maximum, mais là, comme je commence tout juste, je suis même à 3 semaines."

Quant aux tarifs, ceux de Monuméo (contraction de monument et mémorial) sont dans la moyenne, autour de quelques euros : pour la lettre en trois centimètres, ou pour la peinture ou pour du doré. Un devis dans lequel il ajoute bien sûr les frais de déplacement. Des frais qui peuvent toutefois rapidement fondre s’il parvient à regrouper plusieurs missions en un même lieu. C’est d’ailleurs tout l’intérêt du son camping-car, qu’il entend faire rouler dans toute la Bretagne pour venir le garer sur le parking des entreprises clientes pendant quelques jours, le temps de réaliser les différentes gravures du moment. "Je suis en totale autonomie, se targue-t-il. Ça évite les multiples allers et retours." Au prix du carburant actuellement, ce n’est pas négligeable !

Idéalement, Lorenzo Martinez espère convaincre 2 entreprises par département breton (Finistère, Côtes-d’Armor, Morbihan et Ille-et-Vilaine). Davantage, imagine-t-il, serait déraisonnable. Pas question d’entrer dans une logique industrielle. "Je ne veux pas devenir une usine pour ne pas ensuite réussir à respecter les délais et la qualité", promet-il. Il s’impose aussi une éthique : si un particulier le contacte directement, il ne s’interdit pas de répondre, mais il l’oriente d’abord vers la pompe funèbre avec qui celui-ci a traité, pour ne pas marcher sur les plates-bandes d’un éventuel confrère.

Charles Guyard

Résonance n° 227 - Mai 2026

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