On évoque fréquemment l’accueil et l’accompagnement des familles endeuillées, ainsi que l’importance d’une écoute attentive pour leur offrir soutien et réconfort. En revanche, la santé psychologique des professionnels du secteur funéraire reste largement sous-estimée et peu médiatisée. C’est pourtant cet enjeu que souhaitent mettre en lumière Carla Brighi et Mathilde Quentin.


La santé et la qualité de vie au travail ne se limitent pas aux conditions matérielles : elles reposent aussi sur l’écoute, le soutien et la prise en compte des émotions. Cette réalité prend une dimension particulière où les professionnels accompagnent quotidiennement des familles endeuillées, avec de fortes émotions qu’il faut savoir accueillir et gérer tout en maintenant une posture professionnelle.

Pourtant, on se pose plus rarement la question de l’état psychologique des collaborateurs du funéraire : c’est un secteur difficile, et même si cette difficulté est connue au moment de faire son choix professionnel, elle n’en rend pas moins nécessaire un accompagnement adapté. C’est pour ces raisons que Carla Brighi, psychologue du travail, et Mathilde Quentin, psychologue du travail sous supervision, se sont engagées dans l’accompagnement des professionnels du funéraire.

QUENTIN Mathilde 1Le funéraire, un ensemble de professions à forte charge émotionnelle

C’est Mathilde qui a proposé d’explorer le monde du funéraire sous l’angle de la psychologie du travail : "J’ai eu une expérience dans le funéraire, au cours de laquelle j’ai pu constater le manque d’accompagnement psychologique pour les professionnels. Que cela soit en termes de charge mentale, d’accompagnement ou de gestion des émotions, chacun devait l'assumer de façon individuelle, sans prise en charge par l'organisation. Cela m’a beaucoup questionnée."

En effet, il est difficile de nier que la profession implique une forte charge émotionnelle, qui n’est pas sans rappeler celle d’autres secteurs. Carla Brighi précise : "Ayant travaillé avec les forces de l’ordre et les soignants en milieu hospitalier, j’ai réalisé que la difficulté commune à ces trois secteurs d’activité réside dans cette exigence émotionnelle. Il est question de gérer au quotidien des émotions très fortes : celles des personnes que l’on accueille, mais aussi celles de ses collègues, et les siennes. À cela s’ajoutent des contraintes techniques et organisationnelles, ainsi qu’une disponibilité souvent totale pour les familles.

Étant spécialisées dans la santé mentale au travail, cela nous a immédiatement beaucoup parlé". Elles ont ainsi choisi d’exercer auprès des professionnels du funéraire, en adaptant leurs interventions aux besoins du terrain : qu’il s’agisse de la direction ou des équipes, de la taille de la structure ou encore de son affiliation (groupement intégré, réseau d’indépendants, indépendant).

Une approche selon trois angles

Mathilde et Carla ont identifié trois domaines d’intervention. Le premier, l’écoute et le soutien psychologique, est le plus évident. Il s’agit ici de proposer des entretiens individuels ou collectifs à la suite d’un événement particulier. Ces interventions permettent aux équipes d’atténuer la charge émotionnelle intense et de prévenir l’installation d’un stress plus durable. On parle alors de "décharger les émotions" et prendre du recul.

Dans le même domaine, il est possible d’instaurer des temps d’analyse des pratiques professionnelles. Sous forme de séances régulières, les participants sont invités à revenir sur des situations rencontrées, à les analyser puis à identifier des pistes d’amélioration pour ajuster leurs pratiques. 

Le deuxième grand domaine d’intervention est le développement des compétences. Il s’agit de concevoir et d’animer des formations en lien avec les écoles du secteur ou directement au sein des entreprises. Différentes thématiques peuvent être abordées, comme la gestion des émotions et du stress, la confrontation à la mort ou la communication interpersonnelle. Ces formations s’appuient à la fois sur les compétences et sur l’expérience des deux intervenantes, dans le secteur funéraire mais aussi auprès de la Gendarmerie nationale ou en milieu hospitalier.

Enfin, la dernière facette de cette offre concerne le diagnostic des risques psychosociaux. Il s’agit d’évaluer les conditions de travail afin d’identifier les facteurs de risque et de proposer des actions adaptées tout en tenant compte des spécificités de chaque organisation. Le but est de prévenir l’apparition de risques pouvant conduire notamment à l’épuisement professionnel, à des Troubles Musculo-Squelettiques (TMS), des troubles du sommeil, etc.

Rarement prise en compte, la santé mentale des équipes travaillant au sein des opérateurs funéraires constitue pourtant un sujet majeur. Confrontés quotidiennement à des situations émotionnellement intenses, ces professionnels ont besoin de ressources adaptées. Prendre soin de cette santé mentale, c’est à la fois améliorer la qualité de vie au travail, favoriser la fidélisation des collaborateurs et optimiser le service rendu aux familles.
 
Mathieu Bougaud

Résonance n° 226 - Avril 2026

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