En juin 2026, la France a enregistré 53 816 décès, marquant une augmentation de 10,4 % par rapport à juin 2025. Cette hausse s’inscrit dans un contexte de canicule ayant eu un impact significatif sur la mortalité, malgré une tendance générale à la baisse des décès observée au cours des huit mois précédents. Sur une période de douze mois glissants, le total des décès s’élève à 653 584, soit une diminution de 0,9 % par rapport à l’année précédente.

 

Au début de l’année 2026, les décès ont dépassé les naissances pour la première fois, ce qui a attiré une large couverture médiatique. Ce phénomène est toutefois davantage lié à la baisse des naissances qu’à la mortalité elle-même, qui, comme on le verra, est restée assez stable ces dernières années après l’épisode Covid.

Dans cet article, on va s’intéresser à l’impact de la canicule. Le sujet a déjà fait l’objet de nombreux articles, mais l’idée est ici d’aller plus loin, principalement sur deux points : les fortes variations replacées dans l’historique des décès sur plusieurs années, et pas uniquement sur le mois de juin 2026 qui a concentré l’attention ; et une étude aux niveaux régional, départemental et communal, avec des exemples de villes. Comme d’habitude, je vous propose de nombreux graphiques chiffrés qui permettent de mieux comprendre ce qui s’est réellement passé en juin 2026.

I - Au niveau national

Évolution mensuelle sur les 24 mois glissants

02 evolution temporelle national 24mois

Sur les douze derniers mois, la France a enregistré 653 584 décès, soit - 6 074 (- 0,9 %) par rapport aux douze mois précédents (659 658 décès). Même avec l’impact de la canicule de juin 2026, on constate que le nombre de décès sur douze mois glissants reste en deçà des années précédentes, malgré l’effet du baby-boom que l’on pouvait anticiper.

Pour rappel, le nombre de naissances est passé de 629 878 en 1944 à 870 472 en 1947, soit une hausse de 38 % ; ces personnes ayant aujourd’hui presque toutes dépassé les 80 ans, on pouvait, sans calcul complexe, s’attendre à une augmentation des décès.

Variations 

La canicule a eu un impact important sur le mois de juin 2026, mais il faut noter que cet épisode fait suite à huit mois de baisse continue du nombre de décès, d’où la variation négative observée sur douze mois glissants.

03 variations mensuelles pourcentage

En juin 2026, la France a enregistré 53 816 décès, soit +5 087 (+10,4 %) par rapport à juin 2025 (48 729 décès).

Courbes combinées par année

04 courbes combinees par annee mensuel

La superposition des courbes annuelles met en évidence la saisonnalité des décès en France, avec des pics hivernaux et des creux estivaux : lors des mois les plus faibles, le nombre de décès s’établit autour de 50 000, contre environ 70 000 lors des mois les plus élevés.

L’année 2026 se situe nettement au-dessus de 2025 pour le mois de juin, alors même que ce mois fait partie des mois habituellement faibles. C’est évidemment en hiver que la mortalité est la plus forte, en raison des conditions météorologiques et des virus et maladies associés.

Analyse en données journalières avec les températures moyennes en France sur mai et juin 2026

Selon Santé publique France, le deuxième épisode de canicule de l’été 2026, du 17 juin au 2 juillet, a concerné 92 départements, soit 98,5 % de la population hexagonale. Autrement dit, la quasi-totalité du territoire a été exposée à de très fortes chaleurs sur cette période : on peut donc considérer que la canicule a touché toute la France, ce qui est déterminant pour analyser son impact à l’échelle nationale. Cette exposition quasi généralisée n’a toutefois pas produit un impact uniforme, comme le montrent les analyses départementales et communales présentées plus loin.

Pour cette analyse, j’ai retenu la température maximale comme indicateur météorologique. L’idée de ce graphique est d’observer l’évolution de la mortalité pour 2026 et 2025, deux années au cours desquelles la France a connu des températures élevées.

J’ai également examiné 2023, connue pour avoir été une année caniculaire ; toutefois, en juin et juillet 2023, les températures sont restées inférieures à celles de 2025 et 2026. On observe très nettement une augmentation des décès à partir du 23 juin, puis un retour à la normale autour du 30 juin, soit pendant et après une semaine de forte chaleur. En 2025, malgré des chaleurs importantes, on note également des variations.

05 courbes journalieres temperature 1

Ces courbes montrent que c’est un niveau de température maximale élevé et continu qui a pesé sur la mortalité : c’est l’absence de baisse des températures qui semble affecter l’organisme des personnes âgées.

06 courbes journalieres temperature 2

Une autre courbe, intégrant toutes les années depuis 2022, permet de mieux mesurer l’impact très important de la canicule de juin 2026 sur les décès quotidiens. Il s’agit d’un phénomène majeur, qui sera analysé dans les prochains mois.

Nous ne disposons pas ici des données de décès par lieu (domicile, hôpital, EHPAD) ; nous nous appuyons donc sur le bulletin de Santé publique France consacré à cet épisode. Celui-ci montre que la hausse des décès a très nettement concerné le domicile.

Le nombre quotidien de décès augmente fortement à partir du 22 juin et atteint un pic le 26 juin ; cette hausse est visible pour tous les lieux de décès, mais elle reste beaucoup plus marquée à domicile qu’en établissement hospitalier et en EHPAD. Les courbes journalières du bulletin font ainsi apparaître un pic spectaculaire à domicile, une hausse plus modérée à l’hôpital et un impact limité en EHPAD.

Une nuance importante doit toutefois être précisée : en volume absolu, l’hôpital demeure le premier lieu de décès (46 % des décès observés sur la période, contre 34 % à domicile et 16 % en EHPAD). C’est donc la surmortalité liée à la canicule – et non le nombre total de décès – qui s’est concentrée au domicile.

Ce résultat suggère que les EHPAD, dont les infrastructures ont été adaptées depuis la canicule de 2003, ont mieux absorbé l’épisode, tandis que les décès à domicile, plus difficiles à anticiper et à prévenir, ont constitué l’essentiel de l’excès de mortalité.

II - Évolution par département

Carte des variations départementales

L’idée de cette carte est de partir d’une base de douze mois glissants afin de comprendre les variations sur une longue durée, avant d’observer plus précisément les données de juin 2026.

07 carte departements 12mois

La carte des variations départementales révèle des dynamiques territoriales contrastées. Les zones en rouge indiquent une hausse des décès, les zones en bleu une baisse. Globalement, sur une durée longue, les variations restent relativement modestes et sans réelle cohérence nationale. D’expérience, sauf cas exceptionnel, on n’observe pas de forte cohérence régionale dans l’évolution des décès.

Top 5 des plus fortes hausses (12 mois glissants)

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Les plus fortes hausses avoisinent 5 % et concernent des départements répartis sur l’ensemble du territoire, de la Corse à la Lozère en passant par la Seine-Saint-Denis.

Top 5 des plus fortes baisses (12 mois glissants)

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Réalisons à présent la même analyse pour le mois de juin 2026, en comparaison avec juin 2025. On observe ici de très fortes variations, comme j’en ai rarement vu d’un mois à l’autre. À l’inverse de ce qui précède, les évolutions présentent cette fois une nette dimension régionale : tout le centre de la France, ainsi que l’Île-de-France, est très fortement touché par la canicule, tandis que les départements du sud, épargnés par l’épisode, et les départements atlantiques le sont beaucoup moins. Les facteurs géographiques ont ici joué un rôle déterminant.

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Variations départementales, juin 2026 vs juin 2025. Source : FunData & INSEE.

De très nombreux départements ont connu une hausse à deux chiffres du nombre de décès. Trois départements d’Île-de-France (Paris, la Seine-Saint-Denis et les Hauts-de-Seine) enregistrent des hausses proches de +50 %, et des départements limitrophes comme l’Indre ou la Haute-Marne dépassent +40 %.

Top 5 des hausses (juin 2026 vs juin 2025)

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Top 5 des baisses (juin 2026 vs juin 2025)

12 top5 baisses departements juin

Certains départements ont au contraire connu une baisse du nombre de décès, parfois significative, notamment ceux proches de la Méditerranée ou en outre-mer. Le Jura fait exception.

III - Analyse par commune

Dans cette partie, je souhaite aller un peu plus loin dans l’analyse géographique de l’impact de la canicule, en descendant à l’échelle des communes. Comme vous le savez, la France compte environ 35 000 communes, ce qui rend leur représentation graphique complète impossible.

Je me suis donc concentré sur les 1 000 plus grandes communes, pour lesquelles j’affiche la variation du nombre de décès. Sur cette carte, on constate que les grandes et moyennes villes du centre de la France ont été très fortement touchées par la canicule, tandis que les villes côtières (Atlantique et Méditerranée) l’ont été nettement moins.

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Variations sur les 1 000 plus grandes communes de France.
Source : FunData & INSEE.

En regardant l’Île-de-France de plus près, on constate que toutes les grandes villes autour de Paris ont été touchées, quelques communes situées dans des zones plus rurales l’étant légèrement moins.

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Variations des communes en Île-de-France.
Source : FunData & INSEE.

Top 5 des communes impactées par les chaleurs (100 plus grandes communes de France)

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Parmi les communes ayant connu la plus forte augmentation – supérieure à 50 %, ce qui est colossal –, on retrouve trois arrondissements parisiens et, en cinquième position, Laval. Une telle hausse de la mortalité est difficile à absorber pour les opérateurs funéraires et met les infrastructures à rude épreuve. Il faudra malheureusement s’habituer à ces nouveaux phénomènes.

Top 5 des communes impactées par les chaleurs (500 plus grandes communes de France)

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En élargissant aux 500 plus grandes communes de France, on retrouve des taux de croissance très élevés. Attention toutefois : le nombre habituel de décès y est relativement faible, ce qui rend la lecture de ces variations moins pertinente.

Conclusion

En juin 2026, la France a enregistré 53 816 décès, soit +10,4 % par rapport à juin 2025. Sur douze mois glissants, on dénombre 653 584 décès, soit - 0,9 % par rapport à la période précédente. On observe donc d’un côté une très forte variation mensuelle et, de l’autre, une baisse du nombre de décès sur un an. L’impact de la canicule est bien réel, mais, de façon un peu surprenante, il apparaît limité lorsqu’on observe les données sur une temporalité plus large.

Ce bilan confirme que la mortalité est sensible au dérèglement climatique. Avec l’âge, l’organisme supporte mal les épisodes de forte chaleur, et toutes les infrastructures à domicile ne sont pas encore adaptées à ces situations. Les données de Santé publique France confirment que l’excès de mortalité s’est concentré au domicile ; l’hôpital a été touché dans une moindre mesure, et les EHPAD plus faiblement encore.

C’est un signal important : il illustre que la canicule de 2003 a permis une prise de conscience et une adaptation des EHPAD, désormais dotés de structures mieux préparées. C’est un point positif, mais il invite surtout à poursuivre : nous devons continuer d’investir dans nos infrastructures – notamment pour le maintien à domicile des personnes âgées –, car, sans ces adaptations, la crise de juin 2026 aurait pu être nettement plus grave.

Charles Simpson
Consultant et créateur du site fundata.ai

Sources :
Santé publique France, Canicule et santé – Synthèse nationale relative à l’excès de mortalité toutes causes observé durant l’épisode de canicule du 17 juin au 2 juillet 2026, Édition hexagonale, Bulletin, Saint-Maurice, 22 juillet 2026, 7 p.
INSEE, statistiques de l’état civil (données de mortalité toutes causes).
FunData & INSEE (traitements FunData).

Résonance n° 231 - Septembre 2026

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