Syprès, à Talence (près de Bordeaux), innove à la fois sur sa forme juridique en adoptant le statut de Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC) – s’inscrivant ainsi dans le courant de l’économie sociale et solidaire et plaçant l’homme, et non le capital, au cœur de son projet – et sur son objet en voulant renouveler de manière notable la préparation et l’accompagnement du deuil et les cérémonies rituelles… Le pari à la clef ?
Réussir à innover dans le secteur des pompes funèbres !

Miser sur le modèle coopératif n’est pas très habituel dans le milieu funéraire. Mais, pour Edileuza et Olivier Gallet, les initiateurs du projet, cela a vraiment du sens, car ils pensent que, pour dépasser le déni de la mort dans l’espace public et pour générer de l’innovation dans ce domaine, il faut échanger et agir avec les citoyens et les collectivités, ces derniers ayant la possibilité de devenir sociétaires de la coopérative. Et inventer de nouvelles formes d’obsèques, de cérémonies, de rituels, d’accompagnements, d’approches écologiques peut passer par des recherches et des réflexions collectives.


Ces expériences et plusieurs voyages d’études à l’étranger ont conduit le couple à concevoir la Coop Syprès. Celle-ci a donc vu le jour en octobre 2019, appuyée par la région Nouvelle-Aquitaine et l’apport des fondateurs, à hauteur de 75 000 €. La coopérative compte aujourd’hui une soixantaine de sociétaires et s’appuie sur une petite équipe de deux personnes, en plus des cofondateurs. Elle est accompagnée par l’Urscop (Union régionale des Scop d’Aquitaine), ATIS (Aquitaine Territoire Innovation Sociale) et le Réseau Entreprendre. Différentes ressources sont identifiées pour la levée de fonds : sociétariat (apports personnels, des familles, des partenaires), prêts, subventions..., pour faciliter le démarrage de son activité de pompes funèbres et de celle de son laboratoire de recherche.
Penser un traitement écologique du corps
Aujourd’hui, pour la société de Talence, le traitement écologique des corps peut s’imaginer en adoptant un jour des pratiques qui se développent à l’étranger sans être encore autorisées en France. Parmi celles-ci, on trouve l’aquamation, notamment au Canada, qui consiste à immerger les corps dans une solution d’eau et d’hydroxyde de sodium (soude caustique) que l’on fait bouillir. Cela détruit les chairs en gardant les os. Ces derniers sont ensuite réduits en poudre. Il y a aussi l’humusation, consistant à transformer le corps du défunt en compost. En France, on se heurterait actuellement à l’absence de statut juridique des particules issues de ce processus de dégradation naturel, entre autres.
Aujourd’hui, concrètement, la coopérative Syprès, c’est deux activités principales : un service funéraire centré sur l’humain et un programme de R&D (Recherche et Développement). Pour la première, c’est bien sûr celle classique de PF avec l’organisation des obsèques, mais en mettant en avant la création de rituels funéraires uniques et en invitant les familles à donner du sens, de la beauté, de la sensibilité dans le respect de la vie du défunt. La cérémonie individualisée est élaborée avec un(e) célébrant(e), chef d’orchestre d’un moment exceptionnel.
L’entreprise revendique ce dernier terme (pour se démarquer de celui de maître de cérémonie), car le "célébrant" se doit d’être en mesure de réaliser un véritable travail d’enquête sur la vie du défunt. Cela permet de créer les conditions d’une cérémonie unique et d’improviser avec les personnes présentes lors des funérailles. Les missions des célébrants(es) sont donc démultipliées, et il est fait appel à leur profil créatif, artistique (pour la constitution de supports originaux de mémoire, par exemple).
Pour conclure, notons que la deuxième concerne une plateforme de "recherche-innovation" souhaitant répondre à des besoins non ou mal satisfaits touchant la gestion de la mort. C’est un espace de réflexion et d’action pour imaginer les nouveaux métiers et interventions avec les familles et les professionnels confrontés à la mort :
- Avant, pour envisager ses derniers moments, période où les liens sont importants avec les professionnels des établissements médicalisés ;
- Pendant les obsèques où l’on fait appel aux acteurs du funéraire ;
- Et après, durant le moment du deuil.
Le travail avec différentes "parties impliquées" (famille, professionnels, chercheurs...) est important dans le processus d’innovation. La finalité n’est pas uniquement de comprendre, mais également d’expérimenter et de proposer de nouveaux services pour étoffer l’entreprise coopérative.
Gil Chauveau
Nota : (*) Le living lab est une méthodologie où citoyens, habitants, usagers sont considérés comme des acteurs clés des processus de recherche et d’innovation.