Frédéric Piron a été l’un des premiers à permettre aux pompes funèbres de proposer à leurs familles un accompagnement après-décès administratif et juridique. Depuis plus de 2 ans, avec LES FLORIES, il permet à la filière d’offrir un visage plus humain, en phase avec les attentes des familles et leur deuil. Rencontre avec Frédéric Piron, fondateur de LES FLORIES.
Résonance : Dans la réalité du métier de pompes funèbres, qu’est-ce qui vous a donné l’envie de créer LES FLORIES ?
Frédéric Piron : Ce qui m’a toujours frappé, c’est de constater une forme de "blessure" chez elles. Un manque de reconnaissance de la part des autorités et d’une partie de la population, une image souvent erronée de leur métier… et une certaine solitude. J’entends souvent : "On n’aime pas trop nous revoir" ou "On leur rappelle de tristes souvenirs". Et pourtant, la réalité est tout autre.
Les pompes funèbres prennent soin des défunts avec respect et dignité. Elles accompagnent les familles, les guident, organisent des cérémonies qui ont du sens. Aujourd’hui, notamment avec les cérémonies civiles, elles savent proposer des gestes symboliques, des textes, des rituels qui ont — et auront — une importance capitale pour les vivants. C’est un véritable savoir-faire qui s’est développé.
Mais ce travail remarquable se perd malheureusement avec la fin de la cérémonie. Le lien intime qu’elles avaient su tisser avec les familles se rompt. Et c’est précisément à ce moment-là que le chemin du deuil commence réellement. Avec LES FLORIES, j’ai simplement cherché à répondre à cela : permettre que ce lien continue, trouver le geste capable de le prolonger — un geste qui révèle, au fond, toute l’humanité qui les anime.
R : LES FLORIES sont la prolongation de leur mission, de leur métier ?
FP : Oui tout à fait, c’est exactement l’idée. Beaucoup de mes clients avaient cette intuition : l’envie de pouvoir faire quelque chose après, sans savoir comment. Comment accompagner un peu plus les familles sur le chemin de leur deuil, comment leur témoigner bienveillance et empathie. Quel geste approprié faire ou quel objet leur transmettre.
Ce qui manquait, c’était un geste simple, cohérent avec leur posture et réellement utile pour les familles. Et jusqu’à maintenant, il n’existait rien de concluant. En créant LES FLORIES, j’ai souhaité apporter une solution, en cohérence avec leur métier et le besoin des endeuillés, afin que le lien perdure. LES FLORIES reposent sur le même principe que les GUIDES PIRON. Remettre à sa clientèle un document ou un objet dont elle a besoin et qui va lui servir pendant plusieurs mois après les obsèques. Et qui marquera durablement la qualité de leur service et leur image.
Si le droit est une science exacte, le cheminement du deuil est lui beaucoup plus complexe et intime. Je comprends les résistances auxquelles je dois faire face. Mais aujourd’hui, LES FLORIES ont le soutien de nombreux professionnels d’horizons divers et des familles, car elles offrent beaucoup de possibilités à l’endeuillé de leur donner un sens, sans rien imposer. Et c’est pour cette raison que les familles reconnaissent la valeur et la justesse de ce cadeau.
R : Justement, comment les familles s’approprient-elles LES FLORIES ?
FP : Pour répondre à cette question, j’ai lancé un vaste questionnaire sur l’accompagnement du deuil, dont je vous ferai part des résultats dans un prochain article. Entre les témoignages que j’ai pu avoir en direct et les réponses, il en ressort les points suivants :
- LES FLORIES sont perçues comme un geste profondément juste, qui respecte le rythme, la liberté et l’intimité du deuil ;
- Elles déclenchent des actions concrètes qui permettent de créer un lieu, un geste ou une relation "vivante" avec le défunt.
L’utilisation qui se détache est de les garder près de soi, de s’en occuper et de les voir fleurir. D’autres les offriront à la nature lors d’une dispersion de cendres ou d’une promenade. Une personne m’a confié vouloir les disperser lors d’un voyage qui devait se faire avec la personne aimée. Il n’y a pas de modèle imposé. Le geste trouve sa place à un moment donné, pour faire un pas de plus sur le chemin du deuil, qu’il soit léger ou lourd à porter.
R : Et du côté des professionnels, comment cette proposition s’intègre-t-elle ?
FP : Elle s’intègre très facilement, mais elle soulève au préalable quelques questions pour celui qui n’est pas familier avec la démarche. Concernant le coffret ou le pochon de 5 Flories, il est offert après la signature du devis, juste avant de prendre congé de la famille. LES FLORIES sont en général pas ou peu expliquées. Elles sont présentées comme un petit cadeau pour les accompagner, qu’elles découvriront à la maison. Une petite phrase du style "nous sommes de tout cœur avec vous" peut terminer la portée du geste.
Les conseillers funéraires plus à l’aise s’approprient la remise de LES FLORIES et font vivre eux aussi le geste à leur manière. Ce sont des instants sincères et bienveillants. Ce geste s’inscrit dans la continuité de ce qu’ils font déjà, sans alourdir leur travail, ni les impliquer dans un domaine qu’ils ne maîtrisent pas. Cela leur permet d’être présents autrement, après les obsèques.
R : Savez-vous comment les familles perçoivent ce geste de la part de l’opérateur funéraire ?
FP : Il n’est pas facile de recueillir la réaction des familles au moment où elles reçoivent LES FLORIES. Certains endeuillés vivent un phénomène de dissociation et, pour certains, le chagrin et l’intensité du rendez-vous les empêchent de réagir immédiatement. Mais selon la présentation que le conseiller funéraire en aura faite, des familles ont le temps de réagir positivement, touchées par la poésie du concept.
Les réponses au questionnaire sont beaucoup plus lisibles : offertes par un opérateur funéraire, LES FLORIES sont perçues avant tout comme une attention humaine et appréciable (pour 75 %), puis comme une évolution positive dans l’accompagnement du deuil (40 %) et naturel et cohérent avec leur rôle (31 %). Moins de 6 % n’auraient pas apprécié d’en recevoir.
LES FLORIES sont non seulement bien perçues par les endeuillés, mais je dirai même qu’elles sont attendues. Malheureusement, le principal obstacle de LES FLORIES, ce n’est pas l’approbation des familles mais la problématique pour certains à devoir les offrir. 8 ou 12 € semblent un effort financier… insurmontable.
R : Avec ce recul, comment résumeriez-vous l’apport de LES FLORIES pour la filière ?
FP : LES FLORIES participent à une évolution du métier, à la fois humaine et responsable. Elles permettent aux opérateurs funéraires de se tourner davantage vers les vivants, en prolongeant leur accompagnement de manière simple et juste, au-delà du temps des obsèques.
Elles offrent une autre lecture du funéraire : plus attentive aux familles, plus engagée et en phase avec les attentes actuelles, en y incluant la RSE et l’écologie. Dans ce sens, elles répondent à une mission de service public qui ne se limite plus à l’organisation des obsèques, mais s’inscrit dans une logique d’accompagnement du deuil. C’est ce que j’ai souhaité traduire avec cette signature : "Be Flories. Humain jusqu’au bout".
Steve La Richarderie
Résonance n° 226 - Mai 2026