Le 28 avril 2026, les partenaires sociaux de la branche des pompes funèbres ((1)CFDT, CFE-CGC, FO, SECI pour les organisations syndicales et (2)FFPF et FNF pour les organisations patronales) ont signé un accord national portant refonte des classifications des emplois.

Cette réforme s’inscrit dans la continuité du cadre conventionnel issu de l’accord du 25 avril 1996, qui constituait jusqu’à présent la référence en matière de classification dans la branche. Celui-ci avait pour ambition d’adapter les emplois aux évolutions de la profession, de favoriser les parcours professionnels par la formation et de valoriser les métiers du secteur. Près de 30 ans plus tard, l’accord du 28 avril 2026 procède à une refonte complète de ce dispositif.
Une modernisation attendue du dispositif conventionnel
Le dispositif en vigueur n’apparaissait plus pleinement adapté aux réalités actuelles des métiers. L’accord du 28 avril 2026 répond ainsi à une attente partagée : rendre les classifications plus lisibles, mieux les articuler avec les diplômes réglementaires du secteur et les mettre en cohérence avec les salaires minima de branche.
Il ne s’agissait pas seulement de revoir une grille, mais de proposer un cadre utilisable au quotidien par les entreprises, notamment en matière de recrutement, de formation et d’évolution professionnelle.
Une méthode recentrée sur les emplois réellement exercés
L’un des apports majeurs du texte réside dans la méthode retenue. La classification repose désormais sur une cotation des emplois à partir de critères, déclinés en niveaux de cotation allant de 3 à 18 points. Les critères conventionnels et leurs degrés ont fait l’objet d’une définition paritaire au plus près de la réalité des emplois.
Quatre critères structurent cette analyse :
• la responsabilité professionnelle,
• l’autonomie,
• la dimension relationnelle,
• la technicité et les connaissances requises.
Ce choix marque une évolution importante : l’enjeu n’est plus de positionner un intitulé de poste à partir d’un niveau prédéfini, mais bien d’effectuer une cotation des activités effectivement exercées dans l’entreprise.
Les critères sont déclinés selon une échelle graduée de 1 à 6 degrés de 3 points par degré (chaque critère pouvant être coté de 3 à 18 points), permettant d’assurer une cohérence d’ensemble entre les emplois.
Une grille rénovée structurée en 10 niveaux
L’accord introduit une grille organisée en 10 niveaux, couvrant l’ensemble des emplois occupés dans la branche, depuis les fonctions d’exécution jusqu’aux responsabilités d’encadrement et de direction.
Chaque emploi est classé à partir d’une cotation globale, qui détermine son positionnement ainsi que les garanties conventionnelles associées, notamment en matière de rémunération minimale.
L’accord prévoit également un référentiel de 16 emplois-repères, structuré autour de cinq grandes filières :
• services funéraires,
• thanatopraxie,
• marbrerie,
• organisation et encadrement,
• fonctions administratives et support.
Ce référentiel constitue un support opérationnel et concret pour les entreprises dans la mise en œuvre de la classification.
Une prise en compte renforcée de la polyvalence
La question de la polyvalence, déjà bien présente dans la branche, fait l’objet d’un encadrement plus précis. L’accord reconnaît que, dans de nombreuses entreprises, les salariés sont amenés à intervenir ponctuellement sur des activités relevant de niveaux ou de filières différents.
Lorsque cette polyvalence correspond à des missions exercées de manière temporaire à un niveau supérieur, elle ouvre droit à une compensation financière. Lorsqu’elle s’inscrit dans la durée, elle peut conduire à une réévaluation de l’emploi et à un reclassement dans la grille.
Au-delà de ses implications en matière de rémunération, cette approche vise également à mieux reconnaître les compétences mobilisées et à sécuriser les trajectoires professionnelles dans un secteur où la diversité des activités constitue une réalité de terrain.
Une attention particulière à l’égalité professionnelle
Les partenaires sociaux ont porté une attention spécifique aux enjeux d’égalité entre les femmes et les hommes. L’accord prévoit que les classifications s’appliquent sans distinction de sexe, d’âge ou de situation familiale, et que les critères retenus soient formulés de manière neutre afin d’éviter toute forme de discrimination. Cette exigence s’inscrit dans le cadre des obligations légales et constitue un principe structurant du nouveau dispositif.
Un dispositif et un cadre adaptés aux réalités de la branche
Le texte prend en compte la structure particulière du secteur, caractérisé par une majorité de petites entreprises. Dans ce contexte, il a été fait le choix d’un cadre applicable à l’ensemble de la branche, sans aménagement spécifique selon la taille des entreprises.
La mise en œuvre pourra intervenir directement ou, lorsque les conditions sont réunies, dans le cadre d’un dialogue social au niveau de l’entreprise, en s’appuyant sur les principes fixés par l’accord.
Des garanties et des outils pour accompagner la mise en œuvre
L’accord encadre la mise en œuvre de la classification en garantissant notamment :
• l’absence de modification à la baisse du statut ou de la rémunération,
• la transparence sur la cotation des emplois, accessible aux salariés sur demande,
• l’information et la consultation des instances représentatives du personnel.
Il prévoit également l’élaboration d’un guide méthodologique paritaire, qui viendra préciser les modalités d’application et faciliter l’appropriation du dispositif par les collaborateurs et les entreprises. Ce guide sera élaboré par les partenaires sociaux afin d’être mis à disposition des collaborateurs et des entreprises d’ici fin 2026.
Un calendrier de mise en œuvre progressif
L’accord entrera en vigueur à l’issue des formalités de dépôt et d’extension, avec une échéance fixée au 1er avril 2027 pour la mise en conformité des entreprises en matière de classification et de salaires minima hiérarchiques. Les partenaires sociaux accompagneront ce déploiement, notamment à travers les travaux de la CPPNI, chargée du suivi de l’application de l’accord et de l’actualisation des référentiels.
Une étape importante pour la branche
Par cette signature, les partenaires sociaux dotent la branche des pompes funèbres d’un outil modernisé, opérationnel et sécurisé, au service de la reconnaissance des métiers et de la structuration des parcours professionnels.
Cet accord traduit une volonté commune de renforcer l’attractivité et la lisibilité des métiers, de structurer les parcours professionnels et de sécuriser les pratiques des entreprises dans un environnement en constante évolution.
Nota :
(1) CFDT (Confédération Française Démocratique du Travail) – CFE-CGC (Confédération Française de l'Encadrement - Confédération Générale des Cadres) – FO (Force Ouvrière) – SECI (Syndicat des Employés du Commerce et de l'Industrie).
(2) FFPF (Fédération Française des Pompes Funèbres) – FNF (Fédération Nationale du Funéraire).
Commission paritaire permanente de négociation et d’interprétation (CPPNI) Branche des pompes funèbres
| Accord du 25 avril 1996 | Accord du 28 avril 2026 |
| Cadre historique des classifications de la branche. | Refondation complète du dispositif conventionnel. |
| Objectifs : adapter les emplois, favoriser la formation, valoriser les métiers. | Objectifs inchangés, avec renforcement de la lisibilité et de l’articulation avec diplômes et salaires. |
| Méthode fondée sur 3 critères principaux : activité, autonomie, connaissances. | Méthode structurée autour de 4 critères : responsabilité, autonomie, relationnel, technicité. |
| Approche par niveaux généraux et définitions de fonctions. | Approche fondée sur l’analyse des emplois réellement exercés. |
| Grille organisée en 7 niveaux. | Nouvelle grille organisée en 10 niveaux. |
| Pas de référentiel formalisé d’emplois-repères. | Création d’un référentiel de 16 fiches emplois-repères structuré en 5 filières. |
| Prise en compte des réalités métiers, mais avec des outils limités. | Outil opérationnel pour le recrutement, la formation et les parcours professionnels. |
| Gestion de la polyvalence identifiée comme enjeu sectoriel mais sans encadrement précis. | Encadrement précis de la polyvalence (compensation, effets sur les parcours professionnels). |
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Classifications : ce qui évolue entre 1996 et 2026 Près de 30 ans après l’accord du 25 avril 1996, la branche des pompes funèbres se dote d’un nouveau cadre de classification. Si les objectifs restent comparables, les outils et la méthode ont profondément évolué. |
Résonance n° 228 - Juin 2026