Élisabeth Charrier.

L’été 2026 restera sans doute comme l’un des plus marquants pour les professionnels du funéraire depuis de nombreuses années.

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Durant plusieurs semaines, une grande partie du territoire a été confrontée à des épisodes de chaleur particulièrement intenses. Les conséquences ont été immédiates : hausse de la mortalité, augmentation des décès à domicile, tensions localisées sur les capacités d’accueil des défunts, réorganisation des inhumations et mobilisation exceptionnelle des équipes.

Pour les professionnels du secteur, cette période a surtout confirmé une réalité : les épisodes caniculaires ne constituent plus des événements exceptionnels. Ils deviennent progressivement une donnée avec laquelle il faut apprendre à travailler.

Une activité qui s’accélère brutalement

Lorsque la chaleur s’installe durablement, les premiers effets se font sentir bien avant l’organisation des obsèques. Dans plusieurs territoires, les opérateurs ont constaté une augmentation sensible des interventions à domicile. Habituellement, la très grande majorité des décès (80 %) survient dans les établissements de santé ou médico-sociaux.

Or, lors des épisodes caniculaires, les décès à domicile augmentent fortement, parfois à plus de 50 % des décès enregistrés, notamment parmi les personnes âgées isolées ou fragilisées. Ces décès à domicile engendrent des conditions d’intervention des équipes d’ambulanciers parfois très difficiles, lorsqu’elles sont appelées à venir chercher des défunts qui sont découverts fortuitement plusieurs jours après leur décès dans des logements surchauffés.

Cette situation entraîne immédiatement une pression supplémentaire sur les équipes funéraires : "Les interventions s’enchaînent plus vite, les distances parcourues augmentent et les temps de prise en charge s’allongent", témoigne Pascal Caton, président de la Fédération Nationale du Funéraire (FNF).

Dans les zones les plus touchées, les cellules réfrigérées des chambres funéraires ont progressivement atteint des niveaux d’occupation inhabituels. Certains opérateurs ont dû rechercher des capacités disponibles dans des territoires voisins afin de continuer à accueillir les défunts dans de bonnes conditions.

Dans ces zones où les tensions ont été particulièrement fortes, les professionnels ont également été confrontés aux délais de certains instituts médico-légaux, immobilisant parfois pendant plusieurs jours des capacités déjà très sollicitées.

Face à ces difficultés, les pouvoirs publics ont rapidement engagé un dialogue avec les représentants de la profession, nationalement avec la Direction Générale des Collectivités Locales (DGCL) mais aussi localement avec les préfets, et mis en place plusieurs mesures exceptionnelles, notamment l’extension temporaire du délai maximal de transport avant mise en bière de 48 à 72 heures.

Une mesure technique, certes, mais qui a permis à de nombreuses familles de pouvoir procéder à un dernier recueillement avant la fermeture du cercueil.

Derrière les chiffres, un enjeu de santé publique

Pour autant, l’objectif ne peut évidemment pas se limiter à gérer des chiffres et les seules conséquences de la canicule, uniquement en comptant sur la réactivité et les capacités d’adaptation des opérateurs funéraires. Les conditions d’exercice de la profession dans ces épisodes de recrudescence de mortalité ne sont ni confortables ni acceptables, car elles mettent les opérateurs funéraires dans une grande difficulté pour accompagner les familles de façon sereine et apaisée.

Chaque épisode rappelle d’abord l’importance de la prévention : Les personnes âgées vivant seules, les personnes dépendantes, les personnes dont la santé est fragilisée sont les premières victimes de ces phénomènes climatiques.

Fort heureusement, depuis les enseignements tirés de la crise de 2003, les dispositifs de prévention se sont considérablement renforcés. Les plans canicule, les registres communaux des personnes vulnérables, les appels de vigilance, les visites à domicile ou encore l’action quotidienne des professionnels du médico-social jouent aujourd’hui un rôle essentiel. Cette mobilisation permet sans aucun doute de sauver des vies.

Pour les professionnels du funéraire, il est important de rappeler que derrière les difficultés rencontrées au sein de la chaîne funéraire se trouve avant tout un enjeu de santé publique et de dignité. La première réponse à une canicule est en amont : la protection des personnes vulnérables et la lutte contre l’isolement.

Travailler sous 40 degrés

La canicule n’affecte pas seulement l’activité des entreprises. Elle modifie profondément les conditions dans lesquelles les professionnels exercent leur métier. Fossoyeurs, marbriers, porteurs, chauffeurs, thanatopracteurs, maîtres de cérémonie, agents de cimetière : une grande partie des métiers du funéraire s’exercent en extérieur ou dans des conditions physiques exigeantes. Durant les périodes les plus chaudes de l’été, plusieurs entreprises doivent réorganiser leurs journées.

Dans certains territoires, les équipes d’intervention en extérieur commencent, quand elles le peuvent, leurs interventions dès l’aube afin d’éviter les heures les plus difficiles. Les pauses sont multipliées, les approvisionnements en eau renforcés et certains travaux particulièrement pénibles reportés. Pour les thanatopracteurs, ce contexte caniculaire est compliqué à gérer, les salles techniques dans lesquelles ils opèrent ne pouvant pas être équipées de climatisation.

Les recommandations diffusées par l’INRS(1) ont fourni un cadre utile pour accompagner ces adaptations. Elles rappellent notamment l’importance de l’hydratation, de l’aménagement des horaires, des temps de récupération et de l’identification rapide des signes précurseurs du coup de chaleur.

Cette vigilance est d’autant plus importante que le cadre réglementaire évolue. Les risques liés aux fortes chaleurs doivent désormais être pleinement intégrés dans le DUERP(2) et dans les démarches de prévention des entreprises. Le DUERP est un document obligatoire à partir d’un seul salarié dans l’entreprise, et son absence est sanctionnée par une amende administrative. L’administration a d’ailleurs annoncé le renforcement des contrôles sur ce sujet.

Depuis 2024, la FNF met à disposition de ses entreprises adhérentes un guide pour les accompagner dans la réalisation de leur DUERP ainsi qu’un modèle adapté à la profession, élaboré avec les services de santé au travail (ACMS).

Et pour s’organiser à l’avance, il est possible de consulter la situation nationale et départementale pour les jours à venir sur le site de Météo France(3). La vigilance rouge étant définie comme "des phénomènes dangereux d’intensité exceptionnelle".

Les cimetières s’adaptent eux aussi

Les collectivités ont également revu leur organisation. Dans certaines villes, le passage en vigilance rouge a conduit à limiter les créneaux d’inhumation jusqu’à 14 heures et à fermer les cimetières plus tôt afin de protéger les familles, les agents municipaux et les professionnels intervenants. Dans d’autres, les inhumations ont été regroupées exclusivement sur les créneaux du matin. Ailleurs, certains travaux de marbrerie ont été suspendus durant les heures les plus chaudes.

Ces décisions ont des conséquences sur le déroulement des obsèques et les plannings, et elles ont pu engendrer des reports ou des réorganisations de cérémonie. Elles ont également demandé beaucoup de pédagogie auprès des familles. Mais elles illustrent surtout la nécessité de concilier deux impératifs : maintenir le service public funéraire et préserver la santé de ceux qui le font vivre.

Une nouvelle question : l’activité partielle

L’été 2026 a également mis en lumière un sujet encore peu connu dans le secteur : le recours possible à l’activité partielle en cas de canicule(4). Le Gouvernement a récemment confirmé que les entreprises pouvaient solliciter ce dispositif lorsque leur activité est directement affectée par une vigilance orange ou rouge et qu’aucune autre solution n’est possible. Concrètement, cela pourrait concerner certaines activités de marbrerie ou des interventions extérieures rendues impossibles par les restrictions imposées localement.

Pendant la période d’activité partielle, les employeurs doivent régler à leurs salariés, pour chaque heure non travaillée, une indemnité au moins égale à 60 % de leur rémunération horaire brute prise en compte selon une certaine limite et, en contrepartie, l’État verse aux employeurs, pour chaque heure non travaillée par leurs salariés, une allocation d’activité partielle. La demande d’activité partielle doit être effectuée auprès de la Direction Départementale de l’Emploi, du Travail et des Solidarités (DDETS) dans les 30 jours à compter du placement des salariés en activité partielle.

La mesure reste très encadrée et suppose que l’employeur démontre avoir déjà mobilisé toutes les solutions alternatives disponibles. Mais elle témoigne d’une évolution plus profonde : le risque climatique entre progressivement dans les paramètres habituels de gestion des entreprises.

Préparer les prochaines crises

L’un des principaux enseignements de cet été réside sans doute dans la qualité du dialogue qui s’est instauré entre les professionnels et les pouvoirs publics. Les remontées de terrain ont permis d’identifier rapidement les difficultés, d’essayer d’ajuster certains dispositifs réglementaires et peut-être d’éviter des situations plus critiques encore.

Un retour d’expérience approfondi sera désormais nécessaire

Professionnels du funéraire, collectivités, établissements de santé, EHPAD, services de l’État et organisations représentatives auront tout intérêt à analyser ensemble les enseignements de cette crise afin d’améliorer encore la prise en charge des défunts et l’accompagnement des familles lors de futurs épisodes climatiques. Car une chose est désormais certaine : ces phénomènes sont appelés à se multiplier.

L’expérience de 2026 montre également l’intérêt de disposer, en amont, d’outils réglementaires activables rapidement dès qu’une situation exceptionnelle apparaît. Les mesures temporaires mises en place cet été ont démontré leur utilité ; elles pourraient utilement inspirer des mécanismes pérennes de gestion de crise. Il y a même des propositions qui ont déjà été recueillies auprès de nos professionnels et qui seront remises aux pouvoirs publics lors des échanges que la FNF ne manquera pas de solliciter lorsque cet épisode sera passé.

Enfin, cet été a surtout rappelé l’engagement de toutes celles et tous ceux qui composent la chaîne de prise en charge des personnes décédées. Des équipes hospitalières aux personnels des EHPAD, des services d’urgence aux agents des collectivités, des chambres mortuaires aux entreprises funéraires, chacun a pris sa part dans un contexte souvent difficile.

Dans la chaleur, dans l’urgence parfois, toutes les entreprises et leurs collaborateurs du secteur du funéraire ont poursuivi la même mission : permettre à chaque défunt d’être pris en charge avec dignité et à chaque famille d’être accompagnée avec humanité. La principale leçon de cet été 2026 ? Face à des situations exceptionnelles, la solidarité des acteurs reste la première force de notre secteur.

(1) https://www.inrs.fr/media.html?refINRS=ED+6572
(2) DUERP : Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels
(3) https://vigilance.meteofrance.fr/fr
(4) https://travail-emploi.gouv.fr/lactivite-partielle-ap

Élisabeth Charrier
Déléguée générale de la FNF

Résonance n° 229 - Juillet 2026

Instances fédérales nationales et internationales :

FNF - Fédération Nationale du Funéraire FFPF - Fédération Française des Pompes Funèbres UPPFP - Union du Pôle Funéraire Public CSNAF - Chambre Syndicale Nationale de l'Art Funéraire EFFS - European Federation or Funeral Services FIAT-IFTA - Fédération Internationale des Associations de Thanatoloques - International Federation of Thanatologists Associations