Les palettes stockées par Anubis à Orly Fret et transportées jusqu’à Roissy fret.

Ce sont 6 000 housses mortuaires qui ont été acheminées jusqu’à Caracas après plus d’un mois de démarches de collectes, logistiques, administratives et douanières.

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Le 13 août 2026, plusieurs palettes de matériel funéraire en provenance de France sont arrivées à Caracas. Derrière cette livraison de quatre tonnes de fournitures funéraires et de protection, destinées à l’État de La Guaira, se trouve une mobilisation discrète mais exemplaire de la profession française, engagée aux côtés de ses homologues vénézuéliens afin de permettre aux familles des victimes un service funéraire et de crémation gratuit et digne.

Un double séisme dévastateur

Le 24 juin 2026, deux séismes de magnitude 7,2 et 7,5 frappent le littoral vénézuélien, particulièrement l’État de La Guaira, au nord de Caracas. Immeubles effondrés, infrastructures endommagées, familles déplacées : les services de secours et les opérateurs funéraires doivent faire face, en quelques heures, à une situation hors norme.

Selon les chiffres officiels du Gouvernement intérimaire, le nombre de décès reconnus, à mi-août 2026, dépasse 6 300, avec environ 16 700 blessés. L’Organisation des Nations Unies (ONU) a estimé jusqu’à 50 000 disparus ou personnes non localisées. Du fait des difficultés sur le terrain, la véritable ampleur de la mortalité pourrait rester longtemps, voire toujours, une inconnue. Pendant ce temps, plus de 24 000 sinistrés continuent de vivre dans des camps installés à Caracas et La Guaira.

Pour les professionnels funéraires vénézuéliens, la crise est immédiate. À l’identification des victimes, à la prise en charge des corps et à l’accompagnement des familles s’ajoute une pénurie de matériel essentiel. Les housses mortuaires figurent parmi les besoins les plus urgents, à la fois pour des raisons sanitaires et pour garantir le respect dû aux défunts.

Arrivée du vol a Caracas

Un appel porté par Andrés Vallès Otero

La demande d’aide parvient le 29 juin 2026 à la Fédération Nationale du Funéraire (FNF) par l’intermédiaire d’Andrés Vallès Otero, au nom de l’Alliance franco-vénézuélienne et de l’ASOPROINFU, l’Association Professionnelle de l’Industrie Funéraire du Venezuela.

Installé en France, Andrés Vallès Otero est issu de la sixième génération de la famille fondatrice de Funeraria Vallés, opérateur historique du funéraire au Venezuela. Il devient le trait d’union entre les professionnels vénézuéliens, la FNF, les entreprises françaises et les partenaires mobilisés pour organiser l’acheminement. Son intervention donne à l’appel un visage, mais surtout des informations précises sur les besoins du terrain et l’urgence d’y répondre.

Une réponse immédiate de la profession

Dès réception de la demande, le président de la FNF, Pascal Caton, demande sa diffusion auprès des entreprises adhérentes et des autres fédérations afin d’identifier sans délai les entreprises en mesure de contribuer.

“Dès que nous avons eu connaissance de l’appel lancé par nos confrères vénézuéliens, il nous a semblé naturel de solliciter la profession par les organisations professionnelles. Le funéraire est un métier de solidarité et de responsabilité. Lorsque des familles et des professionnels sont confrontés à une catastrophe d’une telle ampleur, notre devoir est de répondre présents. Je remercie chaleureusement les entreprises qui ont immédiatement participé à cette mobilisation collective.“ Pascal Caton, président de la FNF.

La réponse ne se fait pas attendre. OGF, UDIFE-Le Choix Funéraire et Anubis, adhérents de la FNF, se mobilisent. Le Syndicat des Arts Funéraires (SAF) relaie aussi de son côté l’appel auprès de ses adhérents, permettant notamment la participation de FUNÉPRO et de Velay Capiton.

En quelques jours, et malgré un contexte de surmortalité en France du fait de la canicule, plus de 6 000 housses mortuaires sont réunies, conditionnées et mises à disposition. Ce résultat dépasse les attentes initiales des professionnels vénézuéliens. Il montre aussi la capacité d’une filière à agir vite, sans se perdre dans les questions de périmètre ou d’appartenance, lorsque l’urgence impose une réponse concrète.

Déchargement des palettes à larrivée

Après la collecte, le défi de l’acheminement

Réunir les dons n’était que la première étape. Restait à transporter quatre tonnes, soit environ 12 m³ de matériel, vers le Venezuela, alors qu’aucun acheminement simple ne permettait de relier Paris à Caracas. Il a fallu rechercher un vol humanitaire, sécuriser le transit, constituer les documents de transport et répondre aux exigences douanières successives.

Pendant plus d’un mois, les interlocuteurs français et vénézuéliens ont poursuivi les démarches, ajusté les documents et recherché une solution d’acheminement fiable. Cette persévérance a été déterminante : une collecte rapide aurait pu rester immobilisée faute de transport adapté.

Dès les premières étapes de l’urgence, le Quai d’Orsay avait accompagné les démarches des Vénézuéliens mobilisés en France. Cependant, l’ampleur de la réponse étatique française commençait à poser ses propres limites logistiques : environ 44 tonnes d’aide avaient déjà été envoyées au Venezuela par l’État français, rendant difficile l’intégration d’un nouvel envoi dans les dispositifs existants.

Face à cette situation, le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères a invité à chercher un pont humanitaire alternatif permettant d’acheminer le don jusqu’au Venezuela. La première voie a pris forme en République dominicaine. Grâce aux démarches de l’ambassadeur de France au Venezuela, Emmanuel Pineda, et à la collaboration de l’ambassadrice de France à Saint-Domingue, Sonia Barbry, la possibilité d’établir depuis le territoire dominicain un canal humanitaire avec les Nations Unies a été explorée mais ne pouvait aboutir du fait des coûts de transport élevés.

Au cours des démarches autour de la République dominicaine, Belia Escobar de Vallès, directrice opérationnelle de Funeraria Vallès et coordinatrice de cette opération à Caracas, a pu établir un contact avec la Fondation Corazones por la Vida. Ce contact a ouvert un nouveau canal de coopération qui a permis de relier l’opération au Département d’État des États-Unis et à la Foundation Airlink. La recherche d’alternatives a finalement abouti à un pont humanitaire gratuit capable d’assurer le transport du don. Grâce à cette solution, il a été possible d’organiser le trajet Paris–Miami–Venezuela, surmontant le principal obstacle qui menaçait de bloquer une aide déjà réunie.

Anubis a joué un rôle central dans cette phase. Sous l’impulsion de Dominic Vernhes et de Fabrice Kana, les équipes d’Anubis Logistics ont mis gracieusement à disposition leurs moyens et leurs espaces de stockage à Orly Fret. Elles ont réceptionné, regroupé et préparé les palettes avant leur départ. Cette contribution logistique a constitué un maillon indispensable de l’opération.

Le transport aérien Paris–Miami–Venezuela a finalement été coordonné par le Département d’État des États-Unis et pris en charge par la Foundation Airlink, grâce à la mise à disposition d’un vol disposant de la capacité nécessaire. L’opération a également bénéficié du soutien de la Fondation Corazones por la Vida, mobilisée pour accompagner les démarches administratives et logistiques aux États-Unis.

distribution des cartons de housses Tanaguarena aux équipes en charge des investigations dans les décombres

La chaîne logistique a finalement été soutenue par une somme de volontés : les fédérations relayant l’appel, les professionnels funéraires faisant don du matériel, les entreprises l’entreposant et le conditionnant, des diplomates cherchant des alternatives, des institutions facilitant les contacts et des organisations humanitaires capables de transformer ces démarches en un corridor effectif vers le Venezuela.

L’importance de cette aide dépasse la seule dimension funéraire. Comme l’a souligné l’Organisation Panaméricaine de la Santé (OPS), disposer de moyens adéquats pour la gestion digne des défunts après une catastrophe est fondamental pour réduire les risques sanitaires et, en même temps, contribuer au bien-être psychologique des familles et des communautés touchées.

Dans une urgence de cette ampleur, garantir que les corps puissent être identifiés, transportés et traités avec dignité fait aussi partie de la réponse humanitaire. Derrière chaque sac mortuaire, il y a, en définitive, une famille qui espère pouvoir faire son deuil et offrir à son proche un dernier adieu.

Le trajet jusqu’à Caracas a donc été bien plus qu’une opération de transport. Ce fut la construction progressive d’un pont humanitaire international, érigé étape par étape par des institutions françaises, des autorités diplomatiques, des entreprises privées, des organisations humanitaires et des acteurs vénézuéliens qui ont refusé d’accepter que la distance ou la complexité administrative rendent impossible l’arrivée de l’aide.

Le 13 août, l’arrivée à Caracas

Après plusieurs semaines d’efforts, les palettes sont arrivées à Caracas le 13 août 2026. Pour les professionnels vénézuéliens, ces housses représentent bien davantage qu’un don de matériel. Elles leur donnent les moyens de prendre en charge les défunts dans de meilleures conditions, et permettent à des milliers de familles d’envisager un dernier adieu digne.

Dans le message qu’il a adressé aux contributeurs français lors du départ de la cargaison, Andrés Vallès Otero a exprimé la reconnaissance des professionnels et des familles. Il a indiqué que cette aide pourrait bénéficier à 6 000 familles.

“Au-delà des défis logistiques, administratifs et douaniers, cette opération restera avant tout une aventure humaine. Nous sommes fiers d’avoir pu contribuer, à notre échelle, à apporter un soutien concret aux familles et aux professionnels vénézuéliens touchés par cette catastrophe. C’est un honneur pour moi d’avoir coordonné pour la FNF cet élan de solidarité, qui illustre les valeurs profondément humaines de notre profession : la dignité, le respect et l’entraide.“ Élisabeth Charrier, déléguée générale de la FNF.

Remercier celles et ceux qui ont rendu l’opération possible

La FNF adresse ses remerciements aux entreprises qui ont fourni les housses mortuaires : OGF, UDIFE-Le Choix Funéraire, Anubis, FUNÉPRO et Velay Capiton. Elle remercie chaleureusement le SAF, qui a relayé l’appel auprès de ses adhérents et contribué à élargir la mobilisation. Une reconnaissance particulière va à Dominic Vernhes et aux équipes d’Anubis Logistics, pour la prise en charge logistique, le stockage et la préparation des palettes.

La Fédération remercie enfin Andrés Vallès Otero, à l’origine de cette chaîne de solidarité entre la France et le Venezuela, ainsi que l’Alliance franco-vénézuélienne et l’ASOPROINFU pour leur coopération. Elle associe à ces remerciements le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, le Centre de crise et de soutien, le ministère délégué chargé de la Francophonie, des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, les ambassades de France en Argentine, en République dominicaine et au Venezuela, la Foundation Airlink, la Fondation Corazones por la Vida, le Département d’État des États-Unis et Air Caraïbes, qui ont contribué, chacun à leur niveau, à rendre possible l’acheminement de cette aide humanitaire. Chacun, dans son domaine de compétence, a contribué à rendre possible l’acheminement de cette aide humanitaire.

Une solidarité qui dépasse les frontières

On retiendra les 6 000 housses collectées et la ténacité nécessaire pour les faire parvenir à destination. Mais l’essentiel est peut-être ailleurs. Et la véritable dimension de cette opération ne peut sans doute pas se mesurer uniquement en tonnes, palettes ou chiffres. Pendant plusieurs semaines, des opérateurs, des fournisseurs, des logisticiens et des organisations professionnelles ont uni leurs moyens pour aider des familles qu’ils ne connaissaient pas et des confrères situés à plusieurs milliers de kilomètres.

Cette action dit quelque chose de simple sur les métiers du funéraire. Leur responsabilité ne s’arrête pas à l’organisation des obsèques. Elle tient aussi à une conception partagée de la dignité, du service aux familles et du respect des défunts, y compris lorsque les circonstances rendent ces missions presque impossibles. Lorsque la dignité humaine est en jeu, la solidarité professionnelle ne connaît pas de frontières.

Repères

24 juin 2026 Deux séismes de magnitude 7,2 et 7,5 frappent le Venezuela.
Plus de 6 300 Nombre de morts selon le bilan officiel communiqué le 10 août 2026.
Plusieurs milliers Personnes encore portées disparues selon les autorités locales citées le 11 août.
Plus de 24 000 Sinistrés vivant dans des camps à Caracas et La Guaira.
6 000 Housses mortuaires réunies par les entreprises françaises.
   
4 tonnes / 12 m³ Volume total de fournitures funéraires et de protection acheminées vers l’État de La Guaira.
Paris-Miami-Caracas/Venezuela Acheminement aérien coordonné avec l’appui d’Airlink, des autorités américaines et de partenaires institutionnels français.
   
13 août 2026 Arrivée des palettes à Caracas et acheminement du matériel sur la zone la plus touchée de La Guaira.

 

Élisabeth Charrier
Déléguée générale de la FNF

Instances fédérales nationales et internationales :

FNF - Fédération Nationale du Funéraire FFPF - Fédération Française des Pompes Funèbres UPPFP - Union du Pôle Funéraire Public CSNAF - Chambre Syndicale Nationale de l'Art Funéraire EFFS - European Federation or Funeral Services FIAT-IFTA - Fédération Internationale des Associations de Thanatoloques - International Federation of Thanatologists Associations