Pour Sophie Delaleau, l’adhésion au GOFI (Groupement des Opérateurs Funéraires Indépendants) va de soi. Implantée dans une zone fortement peuplée, où la concurrence est rude, elle se bat pour que les familles aient toujours le choix d’un opérateur indépendant pour organiser leurs obsèques. Et dans une optique de transmission, elle a incité sa fille à ouvrir sa propre société de pompes funèbres, qui partage son esprit et sa vision du service.
Pour les indépendants, le funéraire est souvent aussi une affaire de transmission. Sophie Delaleau, gérante des pompes funèbres Ruelle-Michaut à Mitry-Mory (Seine-et-Marne), en sait quelque chose : "La marbrerie Ruelle-Michaut date d’au moins 70 ans. Fondée par Victor Ruelle, elle a ensuite été reprise par son frère en 1999, avant d’ouvrir une activité de pompes funèbres en 2003. Depuis 2004, je suis dirigeante de l’entreprise et je travaille en étroite collaboration avec ma fille, qui gère les Pompes Funèbres Héloïse Ruelle-Delaleau."
Installée à la limite de la Seine-Saint-Denis, la société est au cœur d’une zone densément peuplée, avec une forte tension concurrentielle : "En Île-de-France, les grands groupes sont très présents, mais nous mettons un point d’honneur à rester indépendantes, car les familles doivent pouvoir choisir cette possibilité-là aussi. Nous pensons que la diversité de l’offre doit être maintenue."
Cette diversité de l’offre à Mitry-Mory n’est d’ailleurs pas près de disparaître, car aujourd’hui c’est la fille de Sophie, Héloïse Ruelle, qui a ouvert son agence en 2024, partageant les mêmes locaux. Une façon de perpétuer cet esprit et de voler de ses propres ailes pour quelqu’un qui a le funéraire dans les veines : "Héloïse nous aidait régulièrement plus jeune, et il lui arrivait de venir accueillir des familles directement en rentrant du lycée. Elle a donc été logiquement salariée de l’entreprise dès ses 16 ans.
Cette ambiance familiale, faite de contacts et de conseils auprès des proches, lui a rapidement plu. En 2017, alors qu’elle n’a que 17 ans, Héloïse passe son diplôme funéraire complet qui lui a permis en 2024 d’obtenir son habilitation et de gérer son entreprise de pompes funèbres. Aujourd’hui, mère et fille travaillent en étroite collaboration, dans des entreprises séparées mais ensemble au quotidien, s’appuyant sur leurs forces respectives : "Elle est plus sur le terrain que moi, qui préfère la gestion administrative", explique Sophie.
C’est grâce à cette collaboration que les deux sociétés cohabitent avec le souci du service aux familles et de la flexibilité pour coller au mieux à leurs besoins. Comme souvent en Île-de-France, les deux structures fonctionnent avec beaucoup de sous-traitance, ce qui permet à la fois de répondre rapidement aux familles et de faciliter la gestion : "Je suis seule dans la société, comme ma fille, ce qui nous permet de mieux contrôler l’ensemble de notre activité."

Le GOFI, un intérêt incontesté pour les indépendants
L’adhésion de l’entreprise au GOFI date des débuts du réseau : "J’ai été démarchée par Valérie Touchard dès la création du Groupement ; elle m’a proposé d’assister à une réunion courant 2018 avec elle et Agnès Bourson, que je connaissais déjà. Le concept m’a immédiatement plu : je pense qu’il est nécessaire pour nous, indépendants, de nous organiser afin d’avoir un poids en termes de négociation avec les assurances et les banques, et pour gagner des parts de marché face aux grands groupes, qui ont une présence et une force commerciale considérables. C’est comme tout : l’union fait la force, et les adhérents du GOFI l’ont bien compris. Cependant, un grand pouvoir implique de grandes responsabilités, et les membres ont aussi intérêt à faire vivre "leur" réseau pour optimiser son fonctionnement, son efficacité et rallier toujours plus d’indépendants à leur cause.

Un esprit partagé par tous ses membres
Cette philosophie de l’entraide entre indépendants est très présente au sein du GOFI, et tous ses membres s’en font les porte-paroles. Ici encore, c’est ce qui plaît à la dirigeante : "Le GOFI tient ses promesses, et un énorme travail a été abattu par les membres du bureau. Aujourd’hui par exemple, les banques et assurances nous contactent, alors que sans cet organe, elles ne le feraient pas." Cheval de bataille de la tête de réseau, cette reconnaissance des indépendants dans les contrats obsèques porte ses fruits et permet aux petites entreprises d’être proposées aux familles, et de lutter d’égal à égal avec les grosses structures.
Mais le Groupement met également à disposition de ses adhérents des outils leur permettant de faire vivre cette solidarité au quotidien, avec une plateforme Web répertoriant tous les membres, un forum de discussion, un espace petites annonces… Ce n’est pas anodin, car les indépendants ont à cœur de perpétuer cet esprit : "Lorsqu’il faut emmener un corps à l’extérieur, mon premier réflexe est de chercher un adhérent du GOFI pour faire vivre le réseau. Cela me permet aussi de m’assurer que la famille sera reçue avec le même niveau d’exigence, d’écoute et d’empathie que chez moi ou chez Héloïse."
Car ce sens du service est également un des marqueurs des opérateurs indépendants : "Nous sommes évidemment des chefs d’entreprise, et nous devons donc être rentables. Mais cela ne fait pas de nous des commerciaux, et je préfère prendre mon temps et satisfaire les vœux de la famille qui vient me trouver que chercher à augmenter ma marge à tout prix. C’est ça aussi, l’état d’esprit des indépendants, mais aussi celui des commerçants de quartier insérés dans le tissu local. Nous sommes membres de l’association des commerçants de la ville, et pour nous qui croisons nos clients au quotidien sur les marchés, en promenade, le service n’est pas un vain mot, c’est une seconde nature."
Mathieu Bougaud
Résonance n° 227 - Mai 2026