Pascal Lambert.

"Humanimalisation" : une nouvelle filière, le funéraire animalier, est en train d’émerger et de croître. Le secteur funéraire saura-t-il s’en saisir ? Analyse prospective de Pascal Lambert, directeur d’EI GROUPE­­­.

EI Groupe 1 

Au fil des travaux de prospective que nous menons avec les équipes d’EI GROUPE, autour des emplois, des compétences et des grandes mutations sociétales, nous constatons qu’une révolution silencieuse est à l’œuvre. Nous continuons souvent à la regarder comme un simple phénomène de société. À mon sens, elle transforme déjà durablement notre économie… et les métiers.

Cette révolution, je la désigne par un terme qui m’est peut-être propre et sans doute un peu singulier : "l’humanimalisation". Je l’envisage non pas comme un concept scientifique, mais comme une clé de lecture des mutations sociétales que nous observons aujourd’hui.

J’y vois l’aboutissement d’un anthropomorphisme qui s’est considérablement accéléré ces dernières années, au point de transformer profondément la place que notre société accorde à l’animal. Celui-ci n’est plus seulement perçu comme un compagnon ; il est progressivement reconnu comme un véritable membre de la famille.

Or, lorsqu’une société change son regard, les attentes évoluent. Et lorsque les attentes évoluent durablement, les marchés, les organisations et les métiers finissent toujours par se transformer.

Une mutation sociétale qui change déjà les règles du jeu

Les indices s’accumulent. Dans certaines grandes métropoles, le nombre d’adoptions de chiens rivalise désormais avec celui des naissances de bébés humains. En Corée du Sud, les ventes de poussettes destinées aux animaux dépassent aujourd’hui celles des poussettes pour enfants. Les dépenses consacrées aux animaux de compagnie progressent chaque année et couvrent désormais des domaines qui auraient semblé anecdotiques il y a encore 20 ans.

Assurances santé. Alimentation premium. Hôtels. Services à domicile. Ostéopathie. Comportementalisme. Offres numériques spécialisées… Pris séparément, ces phénomènes peuvent sembler anecdotiques. Mis bout à bout, ils racontent pourtant une véritable mutation sociétale.

L’animal n’est plus seulement un compagnon. Il est progressivement reconnu comme un membre de la famille. Cette évolution modifie notre rapport à la vie, à la maladie, à la séparation… et naturellement au deuil.

Comme toutes les grandes mutations sociétales, celle-ci crée de nouveaux besoins. Et lorsque de nouveaux besoins apparaissent, de nouvelles activités, puis de nouveaux métiers, finissent toujours par émerger. Le funéraire animalier en est aujourd’hui l’une des illustrations les plus visibles.

Chartreux Nishikikoi

Le funéraire animalier entre dans une nouvelle phase

Longtemps considéré comme une activité complémentaire, le funéraire animalier change de dimension. Les familles ne recherchent plus uniquement une prestation technique. Elles souhaitent être accompagnées. Elles attendent des cérémonies personnalisées, des espaces de recueillement, une relation de confiance et une véritable reconnaissance du lien qui les unissait à leur animal. Le marché répond déjà à cette évolution.

Les investissements dans les infrastructures de crémation se multiplient. De nouveaux services apparaissent. De nouveaux opérateurs émergent. Les réflexions conduites lors du dernier salon funéraire de Toulouse témoignent elles aussi d’une prise de conscience grandissante au sein de la profession. Nous assistons, selon moi, aux premières étapes de construction d’une véritable filière économique.

Rien ne dit que cette filière appartiendra naturellement au secteur funéraire

C’est probablement le point sur lequel mon analyse diffère le plus des idées reçues. Beaucoup imaginent que cette croissance bénéficiera naturellement aux opérateurs funéraires historiques. Je pense que rien n’est moins certain.

Aujourd’hui, les groupes vétérinaires occupent une position stratégique. Ils sont présents au moment où la décision est prise. Ils entretiennent une relation de confiance avec les familles. Ils constituent, dans une très grande majorité des situations, le premier interlocuteur confronté au décès de l’animal. Cet avantage est considérable.

Dans le même temps, de nouveaux acteurs, souvent issus de l’économie numérique, développent des parcours clients particulièrement performants. Ils construisent des marques, créent de nouvelles expériences et investissent un marché encore largement ouvert. Une autre question mérite également d’être posée.

Les familles souhaitent-elles retrouver, sous une même enseigne, une offre funéraire humaine et une offre funéraire animale ? Rien n’est moins sûr. Cette évolution conduira probablement les opérateurs à imaginer de nouveaux positionnements, de nouvelles marques et de nouvelles stratégies de développement. Le marché est ouvert. Les cartes sont encore à distribuer.

Ce sont les compétences qui structureront la filière

Depuis près de 30 ans, une conviction guide notre action chez EI GROUPE. Les marchés émergents ne se structurent jamais uniquement par les équipements, les investissements ou la réglementation. Ils se structurent par les compétences. Le funéraire animalier ne fera pas exception.

Les entreprises auront besoin de professionnels capables d’accompagner les familles, de comprendre les mécanismes du deuil, de maîtriser les exigences réglementaires, de construire une expérience client de qualité, de développer de nouvelles offres et d’incarner une éthique irréprochable.

Former ces femmes et ces hommes, c’est permettre à toute une filière de se construire. C’est conduire une véritable démarche de GEPP (Gestion des Emplois et des Parcours Professionnels) à l’échelle d’un secteur émergent. On structure rarement une filière en attendant qu’elle existe. On la structure en formant dès aujourd’hui les femmes et les hommes qui la feront émerger demain.

Pour ma part, je fais le pari d’une croissance durable du marché des services funéraires animaliers, à un rythme à deux chiffres, sur les 15 prochaines années. Cette conviction ne repose pas sur un effet de mode. Elle repose sur l’observation d’une mutation sociétale profonde dont nous ne percevons encore que les premiers effets.

Le pari d’EI GROUPE

C’est cette lecture prospective qui a conduit EI GROUPE à investir très tôt dans cette filière. Notre ambition ne consiste pas uniquement à former des professionnels. Elle est de contribuer à la structuration d’un écosystème capable d’accompagner durablement l’émergence de cette nouvelle filière.

Nous avons ainsi construit une offre complète de formation et de certification couvrant l’ensemble des compétences nécessaires au développement du funéraire animalier. Cette offre s’adresse autant aux entreprises qui souhaitent développer leur activité qu’aux femmes et aux hommes désireux de participer à cette aventure entrepreneuriale et humaine.

Mais notre ambition va au-delà de la formation. Nous souhaitons ouvrir le dialogue avec les dirigeants de groupes funéraires, les vétérinaires, les entrepreneurs, les investisseurs et tous les acteurs qui partagent cette conviction : les grandes mutations sociétales créent toujours de nouveaux marchés, de nouveaux métiers et de nouvelles opportunités.

Le funéraire animalier ne sera probablement pas une simple extension du funéraire traditionnel. Il constituera une filière à part entière, avec ses métiers, ses codes, ses marques, ses modèles économiques et son propre écosystème. Ma conviction est simple : les acteurs qui investiront aujourd’hui dans les compétences construiront les positions de référence de demain. Les autres regarderont la filière se structurer… sans eux.

Résonance n° 230 - Août 2026

Instances fédérales nationales et internationales :

FNF - Fédération Nationale du Funéraire FFPF - Fédération Française des Pompes Funèbres UPPFP - Union du Pôle Funéraire Public CSNAF - Chambre Syndicale Nationale de l'Art Funéraire EFFS - European Federation or Funeral Services FIAT-IFTA - Fédération Internationale des Associations de Thanatoloques - International Federation of Thanatologists Associations