Thomas Boisseleau.

Thomas Boisseleau, récemment nommé manager de l’atelier de production de FRANCE FUNÉRAIRE à Luçon (Vendée), nous décrit le quotidien d’une manufacture artisanale labellisée "Ateliers d’Art de France", où la réalisation d’un produit peut mobiliser de 12 à 15 salariés aux savoir-faire complémentaires. Il insiste sur l’importance d’une formation interne poussée – également accessible aux clients – afin que chacun puisse apprécier et maîtriser la richesse d’une fabrication 100 % française, s’appuyant sur un catalogue de plus de 3 000 références et offrant de nombreuses possibilités de personnalisation… Rencontre !

 France Funéraire 1

Résonance : Monsieur Boisseleau, si je comprends bien, vous venez d’intégrer la société FRANCE FUNÉRAIRE ?

Thomas Boisseleau : Effectivement, j’étais très intéressé par le fait de travailler dans une manufacture traditionnelle avec un vrai savoir-faire. Le caractère artisanal de notre activité donne du sens à mon travail : l’aspect humain est très important, avec une diversité de compétences qu’il faut savoir associer tout au long de la fabrication : marbrier, graveurs, décorateurs, monteurs, préparateurs de commandes… Il faut souvent 12 à 15 personnes successives intervenant à chaque étape de la fabrication pour réaliser une plaque funéraire.

R : Comment s’est passée votre intégration ?

TB : Comprendre la fabrication d’une plaque de A à Z n’est pas simple : il y a de nombreuses techniques différentes qui s’appliquent à un catalogue de plus de 3 000 références. Cela paraît être un challenge important au départ, mais une immersion de plusieurs jours, voire de plusieurs semaines dans mon cas, est proposée à chaque nouvel arrivant, qui passe d’abord par une formation sur chaque poste pour appréhender tous les métiers.

Cette formation est très appréciée par le personnel, qu’il travaille à la production ou au service administratif, à tel point que nous la proposons aussi à nos clients, mais sous une forme plus simple. Ceux-ci apprécient vraiment, et réalisent ce qui se cache derrière notre fabrication française et son label reconnu "Ateliers d’Art de France" : c’est une distinction qui compte. Ils y puisent de véritables arguments à communiquer aux familles afin de leur faire comprendre la qualité de notre travail.

R : Expliquez-nous votre quotidien ?

TB : J’anime l’équipe des managers pour assurer une bonne cohésion du travail. Chacun transmet ensuite l’information dans son domaine, c’est un travail d’équipe. Notre produit n’est pas toujours simple à fabriquer, car nous proposons beaucoup de possibilités à nos clients. Notre direction a toujours voulu promouvoir la fabrication française de nos plaques, de la matière première brute jusqu’à l’expédition.

Ma mission est de coordonner toutes ces étapes avec le plus de fluidité possible, appuyé par le travail de mes collègues et de notre responsable ordonnancement, qui organise la répartition des tâches en amont.

R : Comment cela s’organise ?

TB : Nous regroupons nos commandes par types de produits, complexité, matières et techniques, car chez nous, il y a une grande diversité de contraintes qui fait la richesse de notre catalogue. Nous avons différents matériaux qui demandent d’adapter notre travail : le granit, la céramique, l’altuglas… et beaucoup d’autres choses. Nous partons toujours de notre stock de matière première, en tranches ou en rectangles précoupés.

montage et contrôle qualité final

R : C’est-à-dire ?

TB : Comme tout est fabriqué sur place, nous pouvons proposer à nos clients une gamme de coloris beaucoup plus large que sur les photos des catalogues, avec 24 coloris de granit que nous stockons, sans compter les différentes couleurs de céramique.

Étant donné que, pour chaque collection, le client peut également choisir parmi un choix de textes, d’ornements ou de décors gravés, les déclinaisons sont nombreuses. C’est parfois compliqué, mais nous savons que c’est notre force de fabricant et que la personnalisation est aujourd’hui indispensable quand on est, comme nous, fabricant et qu’on doit se différencier par la largeur de la gamme.

La famille a ainsi le sentiment d’avoir un produit unique : c’est important, pour célébrer ce moment du deuil, de ne pas avoir un produit standard. On a besoin de quelque chose de spécial pour un moment unique dans sa vie. De plus, cette complexité est une gymnastique qui rend aussi notre travail intéressant, car il y a rarement deux commandes identiques dans notre journée.

R : Cette dynamique de l’atelier est nécessaire pour un fabricant qui renouvelle aussi souvent ses propositions ?

TB : Oui, on collabore au jour le jour avec l’équipe de création, qui apporte continuellement de la nouveauté. Nous devons vite nous adapter et apprendre les nouveaux modèles, mais nous en avons pris l’habitude : toute l’année, nous avons des prototypes à expérimenter qui poussent à chaque fois plus loin nos compétences grâce à des innovations.

On peut dire qu’on ne se repose pas longtemps sur nos acquis : nous sommes sans cesse sollicités pour participer à des réflexions sur nos méthodes.

R : C’est une volonté de votre direction ?

TB : Oui, nous sommes souvent accompagnés dans notre travail quotidien pour améliorer la coordination entre les équipes, et nous nous réunissons régulièrement pour discuter des problématiques à régler.

C’est ce que j’apprécie ici : malgré sa dimension (un atelier de 60 personnes), l’entreprise a gardé de fortes valeurs artisanales. C’est avant tout une histoire humaine, car beaucoup d’opérations sont restées manuelles. Il y a très peu de machines et aucun automatisme. Les outils sont là pour appuyer notre geste, mais c’est la personne qui fabrique le produit.

C’est ce qui m’a étonné au départ, car on pense souvent que les ateliers en France sont automatisés pour rester compétitifs, alors que, chez nous, on a gardé le travail artisanal et on l’a adapté pour répondre aux enjeux de notre époque.

image

R : Vous dirigez l’atelier, mais je crois que vous avez aussi un secteur privilégié ?

TB : Privilégié, je ne dirais pas ça, car je m’occupe de tout le monde, mais effectivement, je suis aussi manager de la partie marbrerie : débit des tranches, découpe, façonnage, polissage et perçage. C’est un pôle important chez nous, qui est à la base de notre travail. C’est une équipe engagée dans la préservation de savoir-faire artisanaux qui ont tendance à disparaître des territoires.

Il n’y a pas de formation officielle : c’est un métier qui se transmet de la main à la main. Vous imaginez bien que leurs caractères sont bien affirmés et me font souvent penser au compagnonnage. Nous travaillons avec une estime mutuelle et avons l’envie de bien faire, dans le respect des traditions, tout en acceptant l’innovation qui permet de se renouveler.

Ce sont des valeurs que nous partageons tous, car l’ensemble de l’atelier est fier de son travail et de son ancrage 100 % français. Aujourd’hui, les gens recherchent du sens dans leur travail et ont besoin d’être fiers de ce qu’ils font.

R : Vous vous investissez beaucoup dans la formation et la transmission ?

TB : Oui, nous savons que transmettre le savoir-faire d’une fabrication française, c’est garantir la pérennité de notre entreprise. Nous sélectionnons des personnes qui ont envie d’apprendre et de porter nos valeurs.

Chaque employé est accueilli avec une formation progressive, étape par étape, et nous invitons chaque salarié expérimenté à partager ses connaissances. Nous faisons de beaux produits, notre offre se renouvelle souvent et nous connaissons le succès. Mais ce succès vient aussi de la qualité de ce que nous faisons et du plaisir que nous y mettons, car nous sommes tous sensibilisés à la destination spéciale de notre produit.

Derrière chaque produit, nous travaillons pour une famille en deuil, et cela nous donne beaucoup de motivation pour bien faire, car chacun sera un jour à la place de celui qui achète une plaque, et si possible une "belle plaque… à la française".

Résonance n° 231 - Septembre 2026

Instances fédérales nationales et internationales :

FNF - Fédération Nationale du Funéraire FFPF - Fédération Française des Pompes Funèbres UPPFP - Union du Pôle Funéraire Public CSNAF - Chambre Syndicale Nationale de l'Art Funéraire EFFS - European Federation or Funeral Services FIAT-IFTA - Fédération Internationale des Associations de Thanatoloques - International Federation of Thanatologists Associations