Dans un secteur funéraire en pleine mutation, où les attentes des familles, les enjeux environnementaux et les usages évoluent rapidement, c’est sous l’impulsion de Guillaume Fontaine, prédécesseur de Pascal Caton à la présidence de la FNF (Fédération Nationale du Funéraire), et de Sylvestre Olgiati, aujourd'hui vice-président du SAF (Syndicat de l’Art Funéraire), et prédécesseur d'Olivier Bernier à la présidence du SAF, qu’a émergé l’idée d’un temps fort inédit de réflexion collective. Avec la création du "Forum du Funéraire : Aujourd’hui pour demain", Pascal Caton et Olivier Bernier entendent rassembler largement la profession pour interroger ses pratiques, valoriser ses savoir-faire et imaginer ensemble les contours du funéraire de demain.


Résonance : Messieurs, le "Forum du Funéraire : Aujourd’hui pour demain" est né d’une réflexion commune entre la FNF et le SAF. Quel constat vous a conduits à imaginer cet événement et quels besoins de la filière souhaitiez-vous prioritairement satisfaire à travers ce projet ?
Olivier Bernier : Notre secteur connaît de profondes évolutions, sans que le grand public, ni même parfois les décideurs, n’en mesurent pleinement l’ampleur. Nous participons quotidiennement à ces transformations, mais nous ne prenons pas toujours le temps de les analyser collectivement. C’est précisément ce qui a motivé la création de ce forum : offrir un espace de réflexion et d’échange consacré aux enjeux qui façonnent l’avenir de nos métiers.
Contrairement au salon FUNÉRAIRE PARIS, davantage orienté vers les échanges commerciaux et les innovations de marché, ce rendez-vous se veut un temps de recul.
Pascal Caton : Je partage ce constat. Notre profession évolue beaucoup, mais, en dehors des salons professionnels lors desquels nous échangeons autour de sujets opérationnels, nous avons finalement peu d’occasions de nous retrouver pour réfléchir ensemble à son avenir. Nous participons à de nombreux rendez-vous, mais il manquait un temps dédié au dialogue, au partage d’expériences et à la mise en perspective. Avec le SAF, nous avons voulu créer un événement qui rassemble largement : opérateurs, fournisseurs, institutionnels, chercheurs, représentants des cultes, mais aussi le grand public. L’idée est de prendre de la hauteur sur des sujets qui nous concernent tous.
R : Au-delà de l’organisation d’un événement professionnel, quelle vision partagez-vous pour l’avenir de la filière funéraire et en quoi ce forum s’inscrit-il dans cette dynamique de valorisation et de modernisation du secteur ?
PC : Nous avons une volonté commune : mieux faire connaître notre profession et montrer ce qu’elle apporte concrètement aux familles. On parle souvent du funéraire au moment du décès, mais beaucoup moins de l’accompagnement, du professionnalisme et de l’engagement des femmes et des hommes qui exercent ces métiers. Le secteur évolue avec la société : les attentes changent, les enjeux environnementaux prennent de l’ampleur, les usages numériques se développent, les formes d’hommage se diversifient. Nous devons accompagner ces transformations sans perdre l’essentiel : l’écoute, le respect des volontés et la qualité de l’accompagnement.
OB : Absolument, et c’est là que nos deux approches se rejoignent pleinement. L’évolution est au cœur de nos métiers. Les professionnels sont à l’écoute des familles et les accompagnent dans le respect de leurs choix et de leurs convictions. Mais pour bien comprendre ces mutations, il est essentiel d’échanger avec les chercheurs, les institutions et l’ensemble des acteurs du secteur. L’une des missions fondatrices du SAF est justement d’accompagner et de respecter les rites funéraires. Réunir ces regards permet d’enrichir la réflexion collective et de mieux préparer l’avenir.
R : Vous avez fait le choix d’ouvrir cette journée non seulement aux professionnels, mais également au grand public. Quel message souhaitez-vous transmettre à celles et ceux qui connaissent encore mal les métiers du funéraire et leur rôle dans la société ?
OB : L’objectif est aussi de sortir des sujets récurrents, souvent limités à certaines périodes comme la Toussaint. Nous l’avons constaté lors du salon FUNÉRAIRE PARIS en accueillant des journalistes : beaucoup ont été surpris par le dynamisme et la richesse de notre profession. Il est essentiel que les familles comprennent que nous sommes à leur écoute et que nous évoluons avec la société. Les rites funéraires font partie intégrante de notre vie collective ; ils en constituent même l’un des fondements.
PC : C’est en effet un point essentiel. Le grand public découvre souvent notre univers dans des circonstances difficiles et connaît mal la réalité de nos métiers. Pourtant, ils exigent écoute, rigueur, organisation et un engagement humain très fort. Ouvrir cette journée, c’est montrer cette réalité, faire tomber certains clichés et rappeler le rôle fondamental que joue notre profession dans la société. C’est aussi une manière de rendre visible ce qui, bien souvent, reste dans l’ombre.
R : Cette journée affiche un programme très riche… Pouvez-vous nous en dire plus et quels sont les temps forts que vous attendez particulièrement, ainsi que les grandes questions de société que vous souhaitez voir émerger ?
PC : Nous avons construit un programme qui alterne réflexion, échanges et retours d’expérience. J’attends particulièrement les tables rondes consacrées aux rites, aux lieux de mémoire et aux attentes des familles. Ce sont des sujets qui dépassent largement notre seule profession. Je suis également très attentif à la présentation du calculateur carbone des funérailles, qui illustre concrètement l’engagement environnemental de la filière. Au fond, les questions sont simples : comment accompagner au mieux les familles demain, comment faire évoluer nos pratiques sans perdre le sens des rites, et comment répondre aux nouvelles attentes sans renoncer à l’essentiel ?
OB : Ces questions font pleinement écho à nos préoccupations. De mon côté, j’attends beaucoup des échanges avec les chercheurs, dont les travaux constituent des repères précieux pour comprendre les transformations en cours. Nous sommes également heureux d’accueillir la remise des "Prix de la recherche universitaire", en partenariat avec le "Réseau Les Morts". Et la présence de Philippe Charlier, il est connu pour ses ouvrages et ses colloques sur l'étude des restes de personnages célèbres, en ouverture permettra de replacer les rites dans leur perspective historique. Comprendre l’avenir suppose aussi de connaître le passé. Enfin, la question environnementale s’impose aujourd’hui comme un enjeu majeur, notamment pour les nouvelles générations.
R : L’une des grandes nouveautés de cette édition sera la création de "Funéraires d’Or" spécifiquement destinés aux opérateurs funéraires. Pourquoi était-il important de mettre en lumière leurs initiatives ?
PC : Notre secteur innove beaucoup, souvent avec discrétion, et ces initiatives méritent d’être reconnues. À travers ces trophées, nous voulons valoriser ce qui améliore concrètement l’accueil des familles, la qualité du service, l’engagement sociétal et environnemental, ainsi que la modernisation des métiers. Les catégories retenues sont révélatrices : l’infrastructure, l’initiative cimetière, l’événement funéraire de l’année et la RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises). Elles traduisent un métier plus exigeant, plus innovant et plus attentif à son impact.
OB : Et cette mise en lumière est essentielle, car elle complète parfaitement la réflexion que nous souhaitons porter. Elle montre que le secteur n’est pas seulement en questionnement, mais aussi en action. C’est un signal fort adressé à la profession comme au grand public.
R : Ce forum réunira opérateurs, fournisseurs, fabricants, associations, institutionnels et experts. En quoi cette diversité d’acteurs est-elle essentielle ?
OB : Les questions liées aux rites funéraires concernent l’ensemble de la société. À ce titre, toutes les expertises ont leur place. Le monde funéraire ne vit pas en vase clos. Les travaux universitaires, sociologiques, historiques ou environnementaux enrichissent notre compréhension du secteur. Il serait dommage de ne pas s’appuyer sur ces ressources.
PC : Exactement. Aucun acteur ne peut avancer seul. Le funéraire est un écosystème où chacun joue un rôle complémentaire. Si nous voulons préparer l’avenir, nous devons dialoguer et partager nos points de vue. C’est toute l’ambition de ce forum : créer des passerelles entre des acteurs qui, finalement, poursuivent un objectif commun.
R : Vous avez souhaité rendre l’accès à la journée gratuit afin qu’elle soit la plus ouverte possible. Comment les partenaires peuvent-ils contribuer à la réussite de cette première édition ?
PC : Nous avons fait ce choix pour permettre au plus grand nombre de participer. Cela représente un engagement important, et nous sommes reconnaissants envers les partenaires déjà mobilisés. Soutenir le forum, ce n’est pas seulement soutenir un événement : c’est participer à une dynamique collective au service de toute la filière.
OB : Chacun peut contribuer à son niveau. Le soutien financier, via le mécénat ou le sponsoring, est bien sûr essentiel, mais l’engagement peut aussi passer par la mobilisation des réseaux et la diffusion de l’information. L’objectif est clair : réunir largement le 1er octobre à la Mutualité et porter ensemble les ambitions de notre profession.
Propos recueillis par
Steve La Richarderie
Résonance n° 228 - Juin 2026