Président du conseil d’administration de l’UDIFE, Bernard Laborde dirige une entreprise funéraire familiale implantée dans le Lot-et-Garonne. Engagé depuis plus de 25 ans dans la vie du réseau Le Choix Funéraire, il revient sur son parcours, la transformation en coopérative de l’UDIFE et les priorités qui guideront son développement. Il évoque également l’accompagnement proposé aux adhérents, la place croissante du digital et les réponses que les entreprises indépendantes peuvent apporter aux évolutions du secteur funéraire.
Résonance : Monsieur Laborde, pouvez-vous revenir sur votre parcours et nous préciser les responsabilités qui sont les vôtres à la présidence du conseil d’administration de l’UDIFE ?
Bernard Laborde : Je dirige une entreprise funéraire familiale implantée dans le Lot-et-Garonne. Elle compte aujourd’hui 12 agences et assure également, depuis quelques années, la Délégation de Service Public (DSP) du crématorium du Grand Villeneuvois. Je suis engagé dans la vie du réseau depuis 2000. J’ai d’abord été adhérent, puis administrateur, avant d’être élu président du conseil d’administration de l’UDIFE en 2025.
Mon rôle est d’assurer le lien entre les entrepreneurs adhérents et la direction générale. Je veille à la cohérence des orientations décidées collectivement et je suis un interlocuteur privilégié du directeur général, Julien Le Coustumer. Le conseil d’administration doit représenter les adhérents, écouter leurs attentes et s’assurer que les projets du réseau répondent à leurs réalités de terrain.
L’entreprise familiale est aujourd’hui pleinement engagée dans une transmission générationnelle. La nouvelle génération, portée par Sophie Laborde, prend progressivement la suite. Cette évolution est préparée, mais elle s’inscrit dans la continuité de ce qui a été construit depuis plusieurs décennies.
R : Pour les professionnels qui connaissent encore mal l’UDIFE, pouvez-vous rappeler ce qu’est ce réseau et quelle est sa vocation ?
BL : L’UDIFE est un réseau coopératif qui fédère des entreprises funéraires indépendantes réunies sous la marque Le Choix Funéraire. Notre vocation est simple : permettre à des professionnels attachés à leur indépendance de mutualiser des moyens et des compétences, sans perdre leur identité ni leur ancrage local. Cette mutualisation concerne notamment la communication, le digital, la formation, les achats ou encore certains services spécialisés.
Chaque adhérent reste propriétaire de son entreprise et conserve sa liberté de gestion. Il continue d’accompagner les familles selon sa propre culture, son histoire et sa connaissance du territoire. Le réseau lui apporte des outils, des ressources et un collectif. L’UDIFE n’a pas vocation à uniformiser les entreprises. Au contraire, nous considérons que leur diversité constitue une force. Une agence funéraire indépendante connaît son secteur, ses familles et ses partenaires. Elle possède une relation directe avec son environnement local. Notre rôle est de lui donner davantage de moyens pour exercer son métier dans de bonnes conditions.
R : Le modèle coopératif distingue-t-il réellement l’UDIFE des autres réseaux présents sur le marché funéraire ?
BL : Oui. Dans un réseau intégré ou franchisé, l’entreprise peut être soumise à des règles et à une organisation, décidées à un autre niveau. Dans notre modèle, les adhérents ne perdent ni leur nom, ni leur autonomie de gestion, ni leur relation directe avec les familles.
La gouvernance de l’UDIFE appartient aux adhérents eux-mêmes. Ce sont des dirigeants d’entreprises funéraires qui participent aux décisions et définissent collectivement les orientations du réseau. Nous sommes dans une logique d’entraide entre pairs, et non dans une relation de dépendance à l’égard d’une marque nationale.
La transformation de l’UDIFE en coopérative, en 2023, a marqué une étape importante. Le principe "un homme, une voix” rééquilibre la gouvernance. La capacité à décider ne dépend pas de la taille de l’entreprise ou de son poids économique. Chaque coopérateur participe à la vie collective selon les mêmes règles. Les intérêts des coopérateurs sont donc alignés. Ils sont à la fois associés, utilisateurs des services et acteurs de la stratégie. Cela renforce la cohérence du réseau et la dynamique commune.
R : Quelle est l’actualité de l’UDIFE au cours des derniers mois ?
BL : Plusieurs opérateurs funéraires ont rejoint le réseau ces derniers mois. Cela confirme une dynamique encourageante et montre que notre modèle répond aux attentes de professionnels qui souhaitent conserver leur indépendance tout en bénéficiant de moyens collectifs.
Nous avons également poursuivi le renforcement de l’accompagnement digital des adhérents. Des actions concrètes sont menées sur les sites Internet, la visibilité locale et la qualité des informations accessibles aux familles. Deux outils importants ont par ailleurs été présentés lors de notre convention de juin dernier, à Anglet. Leur lancement interviendra prochainement. Nous aurons l’occasion d’y revenir plus en détail, car je préfère présenter ces projets lorsqu’ils seront pleinement opérationnels.
L’UDIFE est engagée dans une transformation digitale réelle. Elle ne consiste pas à ajouter des outils pour suivre une tendance. Elle doit améliorer le fonctionnement des agences et renforcer la qualité du service rendu aux familles. Le secteur funéraire évolue. Si les entreprises indépendantes ne se donnent pas les moyens d’accompagner ces changements, la concentration du marché continuera de progresser. Nous voulons participer à cette évolution avec confiance et détermination, tout en préservant ce qui fait la singularité de nos métiers.
R : Vous évoquez de nouveaux outils et une transformation digitale du réseau. Que recouvre concrètement cette évolution ?
BL : La transformation digitale de l’UDIFE doit d’abord servir les adhérents. Elle passe par la modernisation des méthodes de travail dans les agences et par l’accès à des outils adaptés à leurs besoins. Chaque dirigeant, quelle que soit la taille de son entreprise, constate qu’il est difficile de disposer seul de solutions comparables à celles dont bénéficient les grands groupes intégrés. Le rôle de l’UDIFE est de réduire cet écart. Le conseil d’administration doit, pour sa part, veiller à ce que les projets engagés restent cohérents avec les attentes du terrain.
Nous faisons actuellement des avancées importantes sur notre système d’achats. Nous travaillons également sur les outils de marbrerie destinés aux équipes qui accueillent et conseillent les familles dans les agences.
La digitalisation ne doit pas éloigner l’entreprise de l’humain. Elle doit libérer du temps, fiabiliser les informations et simplifier certaines tâches. La technologie n’a de valeur que si elle permet aux professionnels de mieux se consacrer à leur métier. L’évolution digitale doit donc être conçue par des professionnels, pour des professionnels, avec une exigence constante : conserver l’humain au centre de la démarche.
R : Quels sont aujourd’hui les principaux axes de développement de l’UDIFE ?
BL : Trois axes structurent notre développement.
Le premier est le renforcement du maillage territorial. Nous devons être présents au plus près des familles, dans les territoires où nos adhérents exercent. La proximité reste un élément déterminant de la relation funéraire.
Le deuxième concerne l’accompagnement digital des agences. Une entreprise peut proposer un service de qualité, mais elle doit encore être identifiée par les familles. La visibilité locale est devenue une condition importante de son développement.
Le troisième axe porte sur la mutualisation des outils et des services. Nous voulons permettre à chaque adhérent de consacrer son temps et son énergie à l’essentiel : l’accueil, l’écoute et l’accompagnement des familles.
La valeur ajoutée d’un dirigeant et de ses équipes ne réside pas dans l’exécution répétitive de tâches administratives chronophages ou dans la gestion de processus redondants. Ces obligations doivent être simplifiées autant que possible. La valeur de notre métier s’exprime dans la relation avec les familles, dans la capacité à comprendre leurs attentes et dans la construction d’un hommage qui corresponde réellement à la personne disparue. C’est là que les professionnels doivent pouvoir concentrer leurs compétences.
R : La visibilité en ligne est devenue essentielle pour les agences funéraires. Quelle place l’UDIFE accorde-t-elle à cet accompagnement digital ?
BL : C’est un axe central de notre stratégie. Avec l’appui de Digital F, notre agence marketing interne, nous accompagnons les structures adhérentes sur plusieurs dimensions : leur site Internet, leur référencement local, leur fiche Google Business Profile et, pour certaines d’entre elles, leurs campagnes Google Ads.
L’objectif est concret. Lorsqu’une famille recherche une agence funéraire proche de son domicile, elle doit pouvoir trouver rapidement des informations fiables, compréhensibles et à jour. Elle doit également pouvoir entrer facilement en contact avec l’agence, en particulier par téléphone.
La visibilité numérique ne remplace pas la relation humaine. Elle constitue le premier point de contact dans un nombre croissant de situations. Une famille peut effectuer une recherche à toute heure, comparer les informations disponibles et chercher à être rassurée avant de prendre contact. Nous devons donc veiller à la qualité du contenu, à la clarté des coordonnées et à la cohérence de la présentation de chaque agence. Le digital doit refléter la réalité du service proposé sur le terrain. Ce service est lui-même appelé à évoluer. Une nouvelle étape de sa transformation est actuellement en préparation. Nous communiquerons prochainement sur son contenu et sur les solutions qui seront proposées aux adhérents.
R : Au-delà du digital, comment l’UDIFE accompagne-t-elle les entreprises adhérentes dans leur quotidien ?
BL : L’accompagnement de l’UDIFE est très complet. Certains le qualifient d’accompagnement à 360 degrés. Nos animateurs régionaux, nos conseillers en assurance et nos spécialistes de la marbrerie se déplacent régulièrement dans les territoires. Ils forment les équipes aux outils, recueillent les avis des dirigeants et identifient leurs besoins. Ils jouent un rôle de relais entre les services support, basés en Bretagne, et les entreprises adhérentes. Cette proximité est essentielle. Un service support ne peut être efficace que s’il comprend les réalités vécues dans les agences.
Nous disposons également d’un service d’accompagnement et d’analyse financière. Il peut soutenir la croissance des entreprises adhérentes, notamment à travers UDIFE Ambitions, notre structure financière participative.
Nous aidons ainsi des opérateurs à financer ou à sécuriser leur développement. Les situations sont différentes : création, reprise, agrandissement, investissement ou transmission. Les réponses doivent donc rester ouvertes et adaptées à chaque projet.
L’UDIFE possède aussi un cabinet de courtage d’assurance. Il répond aux besoins professionnels et personnels de nos adhérents. Nous avons par ailleurs développé un outil indépendant et multi-assureurs, qui a été primé au salon FUNÉRAIRE PARIS 2023. À ma connaissance, cette solution reste encore unique dans notre environnement.
Nous pouvons également citer CENTRALE F, notre centrale d’achats et de référencement. Elle connaît actuellement des évolutions importantes, dont les effets seront présentés prochainement. Pour un opérateur funéraire qui souhaite préserver son indépendance, l’UDIFE propose donc une offre complète et sécurisée. Elle associe des services, des outils et un collectif structuré, tout en restant fondée sur des valeurs humanistes.
R : Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels le secteur funéraire est confronté aujourd’hui ?
BL : Les familles attendent davantage de personnalisation. Elles souhaitent aussi disposer plus tôt d’informations sur les démarches, les possibilités d’organisation et les coûts. Une partie de ces recherches se fait désormais directement sur Internet.
Nous devons répondre à cette évolution sans réduire l’accompagnement funéraire à une simple consultation numérique. L’information en ligne doit être claire et accessible, mais elle doit conduire vers un échange avec un professionnel.
Le secteur connaît également une concurrence croissante de la part de grands groupes qui disposent de moyens importants. Notre réponse consiste à renforcer la visibilité et l’efficacité de nos agences, sans renoncer à ce qui fait leur force : la proximité, l’écoute et la relation humaine. Nous ne sommes pas des industriels qui "règlent” des obsèques. Nous sommes des artisans du funéraire, organisés en coopérative pour disposer de moyens collectifs plus puissants.
Chaque famille doit pouvoir être accompagnée selon son histoire, ses convictions, ses souhaits et ses contraintes. Nous construisons avec elle un hommage qui ne ressemble à aucun autre. La taille d’un réseau ne garantit pas la qualité de cette relation. Elle peut toutefois fournir aux entreprises indépendantes les outils nécessaires pour continuer à l’exercer dans de bonnes conditions.
R : Quelles sont les priorités de l’UDIFE pour la rentrée et les mois à venir ?
BL : Le lancement de notre nouvelle centrale d’achats et celui de notre configurateur de marbrerie constituent les priorités immédiates de la rentrée. Ces deux projets répondent à une même exigence : simplifier le quotidien des opérateurs funéraires et de leurs équipes. Les outils doivent être simples à utiliser, fiables et réellement utiles dans la pratique. D’autres chantiers sont déjà engagés. Nous travaillons notamment à l’amplification du service "Le Village", une plateforme consacrée aux services liés aux obsèques. Nous préparons également une offre d’accompagnement pour les formalités administratives après obsèques.
Un plan de communication global est par ailleurs en préparation. Il devra mieux valoriser la marque, les entreprises adhérentes et les services proposés par le réseau.
Certains ont pu qualifier l’UDIFE de "belle endormie” du funéraire. Je peux vous assurer, au nom de l’ensemble du conseil d’administration, que le réveil a bien sonné. Sous l’impulsion du directeur général, les projets sont nombreux et leur mise en œuvre est désormais bien engagée. Notre responsabilité est de maintenir le rythme, de rester proches des adhérents et de vérifier que chaque initiative apporte une réponse concrète à leurs besoins.
R : Pour conclure, quel message souhaitez-vous adresser aux professionnels du secteur et aux lecteurs de Résonance ?
BL : Je veux d’abord remercier l’ensemble de nos adhérents pour leur engagement quotidien auprès des familles. Leur travail exige de la disponibilité, de la rigueur et beaucoup d’humanité. Aux confrères indépendants qui nous lisent, je dirais qu’il est possible de rejoindre un réseau sans renoncer à son indépendance ni à son identité locale. C’est précisément le sens de l’UDIFE. Nous voulons avancer ensemble, tout en restant proches des familles et des territoires dans lesquels nous exerçons.
Être soi-même n’interdit pas d’ajouter un "nous”. Encore faut-il que ce collectif respecte les entreprises qui le composent et qu’il reste fidèle à leur réalité. La coopérative est, à mes yeux, la forme la plus cohérente pour y parvenir. Elle permet de mutualiser des moyens, de partager des décisions et de préserver l’autonomie de chacun.
L’indépendance ne signifie pas nécessairement avancer seul. Elle peut aussi prendre appui sur un collectif, à condition que celui-ci soit construit sur la confiance, la responsabilité et des valeurs communes. C’est cette conviction qui guide aujourd’hui l’action de l’UDIFE.
Résonance n° 230 - Août 2026
Propos recueillis
par Steve La Richarderie