Quand l’ombre d’un astre en vient à masquer la lumière des actes
À l’heure où l’éclipse solaire a capté les regards, où les vagues de canicule se sont succédées comme autant d’alertes assourdies, et où la trêve estivale nous a encore offert son lot de commentaires au regard du train de vie des puissants, d’autres réalités, bien plus graves et plus décisives, se sont jouées loin des projecteurs. En Gironde et dans les Landes, des femmes et des hommes ont mené, parfois au péril de leur santé, une bataille d’une intensité rare contre des incendies ravageant des milliers d’hectares, menaçant des habitations, déplaçant des populations entières et éprouvant jusqu’à l’épuisement les sapeurs-pompiers engagés sur le front des flammes.
Cette lutte, admirable par sa ténacité, n’a pourtant pas toujours trouvé dans le flot médiatique l’écho qu’elle méritait. Trop souvent, l’actualité se laisse aspirer par le spectaculaire, le fugace, le rentable : un phénomène céleste se transforme en événement-spectacle, tandis que la persévérance silencieuse de celles et ceux qui protègent, secourent et reconstruisent demeure reléguée à l’arrière-plan. Or, il est des gestes qui disent plus sur une société que bien des gros titres.
La même exigence d’humanité s’est révélée, avec éclat, dans un autre registre : celui de la solidarité des professionnels funéraires français envers ses homologues vénézuéliens. Lorsque la détresse impose l’urgence, quand les moyens manquent et que la dignité des défunts est remise en cause, au même titre que la sérénité des familles, le secteur funéraire sait faire front commun, s’organiser et agir. Cette réponse collective, fondée sur la coopération, la rigueur logistique et le sens du devoir, rappelle que notre profession n’est jamais plus noble que lorsqu’elle place l’humain au-dessus des frontières, des intérêts et des convenances.
Il est temps de redonner leur juste place aux actes qui honorent véritablement la collectivité. Car les journaux bruissent vite des éclipses passagères, mais ce sont les mains qui éteignent l’incendie, secourent les vivants et accompagnent les morts qui dessinent, en profondeur, le visage d’une civilisation.
Steve La Richarderie
Rédacteur en chef