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Les nouvelles habitudes technologiques du monde des vivants ont fini par avoir un impact sur le monde des défunts, obligeant le monde du funéraire, en charge de la transition entre les deux, à se positionner face à de nouvelles offres. Dans un bouquet d’innovations florissantes, souvent portées par des jeunes entreprises aux discours parfois surprenants, comment distinguer l’évolution nécessaire de la simple mode ?


Les startups, championnes de l’innovation ?

Le terme "startup" devient particulièrement populaire à la fin des années 90, lors de la bulle Internet. Pourtant, ce mot existe depuis 1920 et décrit un modèle d’entreprise plutôt simple : une "startup" est une entreprise qui propose au moins une innovation de rupture dans son secteur d’activité. Cette innovation peut reposer sur le produit en lui-même (invention originale, nouveau matériau), ou sur la façon de vendre ou de facturer un service déjà existant (louer des voitures au lieu de les vendre, par exemple). Dans tous les cas, l’avenir d’une startup sera très brillant si elle a vu juste dans son innovation, ou un échec cuisant dans le cas contraire.

De nos jours, une startup est essentiellement une jeune entreprise qui utilise le numérique et le digital pour répondre à un besoin et bien souvent simplifier la vie de son client, qu’il soit professionnel ou particulier.
 
Sur un marché mature comme le funéraire, ce qui existe déjà, c’est par définition ce qui marche bien. En proposant une rupture face à l’existant, une startup est une entreprise qui prend un risque d’échec plus important que d’autres entreprises "classiques". À moins de vivre dans le déni, ceux qui dirigent, financent ou accompagnent une startup savent que l’issue la plus probable de leurs efforts est un plantage en beauté – et avancent en connaissance de cause.
 
Et, pourtant, un siècle plus tard, les startups sont encore là, et l’on en trouve dans des secteurs de plus en plus variés : comptabilité, hôtellerie, médecine… et funéraire. Cette longévité s’explique par le revers de la médaille du risque : quand une startup réussit, l’innovation d’hier devient partie intégrante du paysage. Prenons pour exemple Booking et Airbnb, deux startups fondées respectivement en 1996 et 2008, qui représentent aujourd’hui à elles seules plus de 90 % du marché mondial de la réservation saisonnière.

Ainsi, malgré les risques inhérents à la méthode des startups, l’histoire de ces 20 dernières années montre que leur efficacité n’est plus à prouver. Cependant, le succès de ce modèle a surtout du sens dans les secteurs à forte compétitivité technique et technologique. Le funéraire vit selon d’autres lois, d’autres méthodes, d’autres buts. Dans ce cas, la vraie question à se poser est sans doute : Et si le monde funéraire n’avait pas besoin de startups ? Et si les startups funéraires étaient même contre-productives ?

Le monde du funéraire a-t-il (vraiment) besoin des startups ?

Mourir ne date pas d’hier. Prendre soin des morts, non plus. Gageons que, même à ses débuts, Homo sapiens a eu quelques représentants de bon conseil pour certains rites : creusage de la tombe, ornement de la sépulture et transport du corps. Sans doute que la profession de conseiller funéraire est un des meilleurs candidats au plus vieux métier du monde…
 
Aujourd’hui, nos meilleures photos Instagram ou statuts Facebook ne changent rien à notre mortalité, et l’on expire probablement de la même façon qu’il y a 2 000 ans. Dans ce cas, innover ne met-il pas en péril des millénaires d’expertise funéraire, de respect du défunt, d’accompagnement au deuil ? L’intimité de la mort d’un proche n’a rien à faire des startups et de leurs innovations. À ce moment-là, seul compte la vie qui a quitté le corps de l’ami, du parent, du conjoint et faire ce que l’on peut avec ce que l’on a.
 
En réalité, innovation ou non, les acteurs du funéraire et leurs actions ne peuvent se comprendre qu’au travers de leur mission : accompagner et conseiller les vivants dans leur rapport au défunt, des banalités administratives au mieux-vivre du deuil.

Le monde des vivants est traversé par des évolutions très concrètes qui changent le vécu d’un deuil ou d’une succession. Les cercles sociaux sont de plus en plus reliés aux réseaux sociaux, les familles sont de plus en plus disparates et éloignées, et les cryptomonnaies s’invitent dans les successions : tout cela a un impact indéniable sur la façon dont une famille vit le décès, le deuil ou le souvenir.

Et c’est précisément parce que les familles vivent dans un monde qui change, que les startups du funéraire ont leur place. Pas pour mettre le proverbial coup de pied dans la fourmilière, mais pour accompagner la mission nécessaire et millénaire des opérateurs funéraires, au service du défunt et de sa famille, dans un monde en transition technologique et sociale.

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Ce point commun surprenant entre Socrate et les startups du funéraire

L’innovation funéraire prend tout son sens seulement si elle est guidée par les valeurs et les missions partagées avec l’ensemble des acteurs du funéraire. C’est sans doute plus facile à dire qu’à faire, mais peut-être qu’un retour aux racines de la philosophie grecque nous aidera à découvrir un premier outil : les trois passoires de Socrate.

On raconte que, pour décider si ce que lui disaient ses amis était digne d’intérêt, Socrate filtrait les informations et les idées reçues avec une méthode simple :
la méthode des trois passoires.
La première passoire de Socrate, c’est la vérité : est-ce que ce que l’on me dit est vrai ou vérifié ? 
Si Socrate doutait de ce que on lui raconte, il appliquait la seconde passoire, celle de la bonté : est-ce que ce que l’on me dit est bon, ou positif ? 
Si une idée n’était ni vérifiée, ni positive (ce qui semblait déjà mal parti, convenons-en), Socrate laissait une dernière chance, en utilisant la passoire de l’utilité : est-ce que ce que l’on me dit est utile ?
Armé de ses trois passoires, Socrate aurait ainsi répondu à un homme qui venait lui colporter des ragots sur un ami : "Si ce que tu as à me raconter n’est ni vrai, ni bien, ni utile, alors pourquoi me le dire ?" 

Tout comme Socrate face aux rumeurs, observons les startups funéraires et leurs innovations au travers des passoires de la vérité, de la bonté et de l’utilité.
 
Derrière la passoire de la vérité, se cache le besoin pour les familles et les défunts de s’assurer que leurs volontés et leurs choix ne seront pas altérés, de maîtriser les messages et les biens qui seront transmis, et à qui. Ce domaine de la vérité est, entre autres, celui du testament ou des démarches administratives autour du décès. De nombreuses entreprises funéraires innovantes se sont dédiées à accompagner les familles dans leur recherche de vérité, comme Testamento, ou Tranquillite.fr.
 
Derrière la passoire de la bonté, on trouve le besoin pour les familles d’avoir les ressources nécessaires pour être écoutées et comprises. Cette bonté est déjà celle des conseillers funéraires, et peut être renforcée par des applications dédiées à l’accompagnement au deuil, comme Cybille, ou par des médias qui parlent de la mort à tous et sans tabous, comme HappyEnd. 
 
Derrière la passoire de l’utilité, il y a tout simplement l’attente de chaque opérateur funéraire de pouvoir faire son métier correctement et efficacement, sans perdre un temps déjà précieux. Être efficace dans sa gestion des obsèques ou dans l’organisation des cérémonies, c’est aussi avoir plus d’énergie à consacrer aux familles le jour J. Des plateformes de réservation d’obsèques comme life! ou des matériels de cérémonie innovants comme ceux de Néorite, cherchent à aller dans cette direction.
 
Pour conclure

On peut faire l’inventaire méticuleux de ce qui distingue le professionnel du funéraire, exerçant son métier avec rigueur et empathie depuis plus de 20 ans, du jeune entrepreneur aux idées aussi surprenantes que, parfois, naïves. Il n’y a aucun doute que l’on trouverait matière à des débats aussi longs qu’intéressants. Mais, en discutant avec les uns et les autres, on découvre que l’avenir est surtout fait de ce qu’ils ont en commun : leur mission, au service des familles ; leurs valeurs, entre exigence et bienveillance ; et leur état d’esprit, fait de résilience et d’optimisme face aux épreuves de la vie. 
 
Lilian Delaveau
Fondateur de life!

Résonance hors-série n° 14 - Août  2022

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