Spinoza est un philosophe hollandais du XVIIe siècle. À le lire, une question se pose : a-t-il vécu il y a 400 ans ou aujourd’hui. Son époque semble parler à la nôtre.
En décembre, je formais des élus et du personnel de mairie, et j’étais sans cesse arrêté par des participants qui contredisaient ce que je leur disais des textes réglementaires, et notamment de notre Code Général des Collectivités Territoriales (CGCT). Tout ce que j’entendais se résume à "c’est scandaleux, comment peut-on faire ça…".
Les participants m’ont rassuré et inquiété à la fois. J’ai été rassuré car certains ont adopté l’air de notre époque en contestant tout et en ayant peu de connaissances du problème et peu de solutions à proposer. J’affirme cela avec d’autant plus de certitudes qu’ils ont eux-mêmes déclaré en début de formation qu’ils s’étaient inscrits car ils ne connaissaient rien à la réglementation funéraire et à la gestion des cimetières.
Par ailleurs, je me suis inquiété de l’attitude très "journalistique" de certains participants qui m’accusaient de manquer de cœur, de sensibilité, de ne pas comprendre ceux qui pouvaient être heurtés par mes "positions" sur le fonctionnement funéraire. Une élue m’a même dit qu’il fallait être sans cœur pour envisager de réaliser des exhumations dans le cimetière communal. La pratique était barbare et elle la refuserait tant qu’elle serait maire.
"Mes positions" sur le sujet motiveraient donc ce que je dis… ?
Au participant qui évoquait "mes positions", je lui ai demandé s’il croyait que j’étais ici pour dire ce que je pensais de la réglementation funéraire, ou bien s’il croyait que j’étais ici pour leur rapporter les informations et modes opératoires contenus dans le CGCT ? J’ai terminé en disant : "Si votre choix se porte sur la première option, je vous fais grâce de ma présence immédiatement. J’ai poursuivi en disant : "En effet, vous pourrez toujours trouver facilement au coin de la rue quelqu’un qui viendra vider son sac et dire tout le mal possible du fonctionnement du pays."
Ma question jeta un froid dans l’audience. Mais peu importe, car j’avais simplement rétabli une certaine dose de bon sens dans notre assemblée et rappelé la raison pour laquelle j’avais été demandé. Une participante m’a dit en partant que j’avais bien fait d’intervenir, car l’essentiel était oublié : la prise en compte de connaissances réglementaires voulues par le Parlement, et non la création de polémiques sur ces mêmes connaissances réglementaires.
Une certaine réalité s’est présentée à moi à travers cet épisode : quand on ne sait pas, le plus simple est d’attaquer la morale de notre interlocuteur (ou du moins celle qu’on lui prête), au lieu d’attaquer la solution élaborée pour répondre à un problème, et cela, au regard de la réglementation. Il est vrai que cette dernière solution demande l’étude du problème, la connaissance de l’état d’esprit des personnes présentes, ce qui motive les décisions, et enfin la connaissance du cadre réglementaire. Cette analyse de la réalité et de ce qui est possible permet de commencer à comprendre le problème. J’en conviens, cette manière demande plus de travail que de lancer continuellement "vous êtes odieux, comment pouvez-vous traiter les gens ainsi", "dans ma commune, on ne verra jamais ça…".
Comme je le rapportais dans un de mes articles du printemps dernier, établir les faits et recourir à la réglementation font peut-être partie de l’arsenal municipal pour lutter contre l’irruption de la violence. En effet, une pensée claire et argumentée est toujours un facteur d’apaisement. Merci Spinoza…
Yves Messier
Intervenant auprès des collectivités et des entreprises
Résonance n° 224 - Février 2026
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