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Le Syndicat de l’Art Funéraire (SAF) et le réseau scientifique "Les Morts" ont placé la recherche au cœur de la première édition des "Prix de la Recherche sur les Rites et Pratiques Funéraires", remis lors de FUNÉRAIRE PARIS. En distinguant trois jeunes chercheuses, dont Louise Pichon-Collet, lauréate du Prix de mémoire de master 2, cette initiative met en lumière des travaux universitaires qui interrogent la place de la mort, des rites et des cimetières dans nos sociétés. Son mémoire, consacré au rôle du cimetière face aux enjeux de la densification urbaine, compare les approches de Nantes et de Malmö et ouvre des pistes concrètes sur la multifonctionnalité, la renaturation et l’intégration du cimetière dans les politiques urbaines contemporaines. Cette distinction confirme l’intérêt croissant du secteur funéraire pour les approches de recherche capables d’éclairer, avec méthode et recul, les mutations des pratiques et des espaces funéraires. Découvrez ci-après un résumé de son mémoire.


Face à la pression croissante exercée sur les espaces urbains par la densification urbaine, les villes sont confrontées à la nécessité de repenser l’organisation de leur territoire pour préserver un équilibre entre cadre de vie, production de logements, qualité des espaces publics et adaptation aux défis environnementaux. Dans cette optique, le cimetière, espace historiquement dédié à l’inhumation et au recueillement, apparaît comme un territoire d’opportunités jusqu’ici peu exploré.

Ce mémoire vise à comprendre dans quelle mesure les cimetières peuvent être intégrés aux stratégies de densification urbaine en adoptant une approche multifonctionnelle et écologique. À travers une étude comparative des approches de Nantes (France) et de Malmö (Suède), il s’agit d’analyser les potentialités de transformation de ces espaces, en tenant compte des cadres réglementaires, des perceptions sociales et des dynamiques territoriales propres à chaque contexte.

Méthodologie appliquée

La démarche adoptée repose sur une analyse qualitative combinant une revue de littérature non exhaustive, des entretiens semi-directifs avec des acteurs du milieu funéraire et de l'aménagement du territoire (urbanistes, élus, gestionnaires de cimetières, chercheurs) et des observations de terrain.

La revue de littérature fait apparaître que le cimetière est la matérialisation du rapport à la mort des sociétés. Il montre également qu’il peut être un espace particulièrement adapté à l’adaptation des villes à la densification urbaine. En Europe du Nord, il existe une recherche foisonnante illustrant un modèle de multifonctionnalité des cimetières inspirant.

Dans ce mémoire, afin d’étudier le potentiel des cimetières à répondre aux enjeux de la densification urbaine, il a ainsi été choisi d’étudier les politiques d’usages des cimetières en France et en Suède, et analysant les cimetières de Nantes et de Malmö. Ces deux villes possèdent des caractéristiques démographiques et sociales communes qui permettent une pertinence de l’analyse.

Quatre cimetières nantais et trois cimetières de Malmö ont été étudiés. Ils ont été choisis car ils représentent l’état général funéraire des métropoles des deux pays, sont intégrés aux espaces de vie urbaine et ont des pratiques alternatives déjà en place.

Résultats

L’étude faite à partir d’entretiens et d’observations permet d’affirmer les résultats suivants. D’abord, et avant d’envisager toute diversification d’usages du cimetière, il est essentiel de reconnaître et de comprendre son identité. Cela est un prérequis pour l’intégrer de façon raisonnée à une dynamique urbaine globale. Le cimetière a avant tout des fonctions de recueillement et de mise en sépulture, et celles-ci ne doivent pas être mises en danger ou de côté.

Les cimetières possèdent des contraintes spatiales et techniques qui peuvent complexifier la mise en place de leur multifonctionnalité, mais ils sont également des espaces flexibles et adaptables. Leurs fonctions principales sont en pleine évolution, notamment avec la hausse de la crémation et les pratiques de recueillement qui ont un impact sur la forme même des cimetières.

La forme des cimetières est ainsi amenée à évoluer, et on peut voir ici une opportunité de diversifier les usages et d’encourager la renaturation par cette réflexion funéraire globale.

Dès lors, comment adapter le développement de la multifonctionnalité et de la renaturation des cimetières ?

À Nantes, la municipalité adopte une politique volontariste qui se traduit par l’organisation d’événements culturels, la création de parcours patrimoniaux, l’aménagement d’espaces de promenade et de ressourcement, ainsi que le développement d’activités annexes comme un potager éducatif et solidaire pour les enfants des écoles environnantes. Parallèlement, les cimetières deviennent des espaces de renaturation en ville, contribuant à la création d’îlots de fraîcheur et d’abris pour la biodiversité. À long terme, cette transformation génèrera des économies d’énergie et de coûts pour la collectivité.

Cependant, elle suscite des réactions négatives parmi certains habitants, qui perçoivent notamment la végétalisation comme un manque de respect envers les défunts. Il est donc essentiel d’accompagner ces changements avec précaution.

À Malmö, la démarche est différente. Plutôt que d’imposer une nouvelle politique, la ville se concentre sur l’officialisation et la régulation des pratiques spontanées, ancrées dans l’histoire et la culture locale. En matière de renaturation, il ne s’agit pas d’une transformation en profondeur, mais plutôt d’une gestion adaptée, les cimetières étant déjà largement végétalisés.

Dans la mise en œuvre de l’évolution des cimetières, il est essentiel de prendre en compte la grande complexité de leurs systèmes de gouvernance, qui peuvent grandement influencer les prises de décision.

À Nantes, la gestion des cimetières repose sur un modèle de "spiritualité municipale" (McClymont, 2015). Comme partout en France, les cimetières sont administrés par les communes, et à Nantes, deux services municipaux sont particulièrement impliqués : la Direction de la Relation aux Usagers et la Direction Nature et Jardins. Bien que ces services collaborent, leurs objectifs ne coïncident pas toujours, ce qui peut compliquer certaines décisions, notamment en matière de végétalisation et d’occupation de l’espace. Cependant, l’intégration des cimetières dans des politiques locales plus globales, comme le programme des Oasis de Biodiversité de Nantes Métropole, facilite leur évolution.

À Malmö, la gouvernance suit un modèle différent. En effet, l’Église suédoise (protestante) est responsable de la majorité des cimetières, gérant aussi bien leur entretien que les inhumations, indépendamment de la religion des défunts. Si cette centralisation simplifie certains aspects, elle complique la collaboration avec la municipalité. En effet, la commune de Malmö ne considère pas pleinement les cimetières comme des espaces verts municipaux et ne les intègre pas véritablement dans ses stratégies urbaines, bien qu’ils jouent un rôle écologique et social majeur.

Dans les deux modèles et les deux sociétés, une implication adaptée des citoyens et des acteurs locaux est en tout cas essentielle pour réussir la multifonctionnalité et la renaturation des cimetières.

- À Nantes, la participation citoyenne est significative, notamment grâce à un dialogue citoyen instauré sur les obsèques civiles, qui a abouti à une feuille de route ambitieuse suivie par la municipalité.
- À Malmö, bien que cela soit moins développé, la transparence administrative permet aux habitants de s’investir dans les décisions, même si des améliorations restent possibles.
Préconisations

Afin d’accompagner la transition des cimetières urbains vers des espaces mieux intégrés à la ville, plusieurs leviers peuvent être activés, à toutes les échelles. D’abord, la création d’un cadre d’accompagnement clair des politiques de diversification des usages et de renaturation des cimetières est nécessaire. De plus, il faudrait développer un système d’échanges et d’évaluation des politiques publiques liées aux usages des cimetières, afin de mieux analyser et connaître les résultats des actions menées.

Par ailleurs, sans visibilisation du sujet de la mort dans la société, les évolutions des cimetières seront lentes et inefficaces. Un dialogue pluridisciplinaire et multi-acteurs est donc souhaitable pour ramener la question de la mort dans les débats, au-delà des sujets actuels sur la fin de vie. Enfin, un travail sur le cadre juridique du cimetière pourrait être fait afin de faciliter certaines évolutions.
Le cimetière urbain, loin d’être un simple espace de mémoire, peut devenir un acteur clé des politiques de densification et d’adaptation climatique des villes. Son intégration dans la réflexion urbaine nécessite une évolution progressive des mentalités, une adaptation des cadres réglementaires et une prise en compte des spécificités locales. Ces évolutions sont possibles, à condition de construire un consensus autour des usages et de concilier respect des fonctions premières et ouverture à de nouvelles pratiques.

Mots-clés : cimetière, cimetière urbain, densification urbaine, multifonctionnalité, biodiversité, îlots de fraîcheur, acceptabilité sociale, renaturation, France, Nantes, Suède, Malmö, spiritualité municipale.
 
Louise Pichon-Collet

Résonance n° 226 - Avril 2026

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