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Dans les allées des cimetières, le numérique a trouvé une utilité naturelle. Les collectivités locales en font un outil de services pour faciliter le parcours des professionnels et des usagers des lieux. Les villes y voient aussi la possibilité de mettre en évidence le patrimoine local.

une borne interactive fmtBorne intéractive
(photo www.ouest-france.fr).

 

Marseille, Dunkerque, Monaco, Brest, Chambéry, Saint-Gratien (Val-d’Oise), Saint-André-de-la-Roche (Alpes-Maritimes)… La liste des communes qui s’équipent de bornes interactives à l’entrée de leurs cimetières s’allonge au fil des mois. Fini, les visiteurs errant dans les rangées. Il suffit désormais de pianoter sur l’écran, d’entrer le nom du défunt recherché, et s’affichent alors un plan et le chemin pour se rendre sur sa sépulture. Fleuristes, spécialistes de l’entretien des tombes et employés des pompes funèbres s’en réjouiront eux aussi.

Géolocalisation et informations pratiques

Un service plutôt utile quand, à Monaco, l’enclos est très étalé, et sur plusieurs niveaux. Ou, comme à Marseille, lorsque le cimetière Saint-Pierre couvre une superficie de 60 hectares. Le travail des employés municipaux s’en trouve allégé. Selon les communes et les modèles proposés, tous sécurisés et conçus pour résister aux intempéries, d’autres informations peuvent s’inscrire. Comme des numéros utiles, des éléments de biographie des personnes inhumées, voire la possibilité de déposer un message de condoléances. À Saint-Gratien (3 268 tombes), on rapporte avoir déjà vu auparavant des visiteurs venus de loin repartir sans jamais trouver la sépulture recherchée.

Une carte de géolocalisation a également intégré récemment le site Internet de Brest Métropole (Brest.fr), rendant cette même prestation. Deux années de travail de cartographie ont été nécessaires. On pouvait déjà trouver sur ce site breton de nombreux renseignements (vente de monuments, achat et entretien des concessions).

À Marseille, où cinq bornes équipent déjà les cimetières de Mazargues, du Canet et de Saint-Pierre, la mairie a été plus loin. Elle a lancé, à l’occasion de cette Toussaint, une application permettant aux habitants, depuis chez eux, de localiser la tombe d’un proche parmi les 160 000 réparties dans les 21 cimetières municipaux. Y sont également précisés le règlement des lieux, les adresses, les horaires d’ouverture ainsi que les tarifs des concessions. Désormais, en un clic, il devient facile de retrouver la sépulture de plus de 177 000 défunts enregistrés depuis 1998. Le plan peut être imprimé. Sur son site, via une borne interactive au cimetière, sur smartphone et tablette, la ville de Montreuil (Seine-Saint-Denis) s’est également engagée dans la même voie.

Patrimoine funéraire mis en valeur

Dans la plupart des cas, ces appareils apportent aussi aux communes une plus-value touristique, en mettant en valeur le patrimoine funéraire : les défunts célèbres (anciens maires, artistes, scientifiques), les sépultures remarquables.
C’est notamment le cas à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne), qui a lancé dès 2013 l’opération "Flashe ta ville". Maire adjoint chargé du projet, Luc Damiani-Aboulkheir l’a évoqué lors du colloque du SIFUREP en octobre 2015. La technologie diffère légèrement, puisqu’elle utilise des QR Codes apposés sur des monuments remarquables de la ville, en lien avec le site Internet municipal. Ils renvoient à des explications, des textes, des images. La ville est ainsi émaillée de plusieurs parcours mémoriaux, avec une halte privilégiée au cimetière.
 
"Le QR Code renvoie via une application à un monument aux morts virtuel, qui est plus complet que le monument réel. Grâce à la participation de la population, nous avons pu recenser plus de 550 Fontenaysiens morts au cours de la Première Guerre mondiale, alors que nous n’en avions identifié que 300 auparavant. Plutôt que de graver leur nom sur un monument, nous avons créé un mémoriel sur Internet, sur le site des archives de la ville." Une carte de France signale le lieu où est tombé le soldat. En cliquant, une fenêtre s’ouvre, et le souvenir d’un enfant de la commune apparaît, biographie et photos de famille à l’appui. Autant d’anonymes remis aujourd’hui dans la lumière. Ainsi, Paul-Étienne, 21 ans, tombé dans la Meuse, si fringant en patineur sur son cliché d’avant-guerre, ou encore Georges, l’instituteur, et François, souriant à 18 ans, fauché dans la Somme. "Nous sommes en train d’en faire autant pour les déportés. Viendront ensuite la douzaine de morts de la guerre d’Algérie."

Capture d’écran 2016 fmt6Page d'accueil du site www.culture.fr/Genealogie/Grand-memorial

De nombreux internautes nippons

Pour Fontenay, ce dispositif est l’occasion de raconter l’histoire locale aux habitants. Mais aussi de réhabiliter les morts, illustres ou non. Un soldat allemand et un zouave français morts en 1870, inhumés ici. Ou encore la sépulture de l’écrivain Hector Malot, décédé dans la commune en 1907. L’auteur de "Sans Famille", très populaire au Japon, attire sur le site Web municipal de nombreux internautes nippons. "Avec plus de 2 000 visiteurs uniques par mois", ce dispositif est consulté "par beaucoup plus de personnes que nous ne l’aurions imaginé", constatait Luc Damiani-Aboulkheir l’an dernier.

L’emploi de QR Codes a également été adopté à Mackenheim (Alsace) sur certaines stèles de son cimetière du XVIIe siècle. D’un simple flash depuis son smartphone, via une application livrée par une société de logiciels, renaissent ainsi des personnalités historiques locales. À Lavancourt (350 habitants, Franche-Comté), la mairie a installé l’an dernier sur le monument aux morts et quelques tombes d’anciens combattants ces codes à flasher depuis son téléphone portable, qui renvoient à des biographies, des photos. À toute une mémoire locale à transmettre à de nouvelles générations.
Dans le même état d’esprit, la start-up lilloise Fettle (spécialisée dans les visites touristiques numériques) propose depuis mai dernier une application gratuite permettant de visiter et de "faire parler" quelque 350 000 tombes de soldats dispersées sur le territoire. Imaginé pour le compte de l’association nationale "Le Souvenir français", ce petit logiciel "MemoiredHomme" entend, hors des grandes nécropoles de la Grande Guerre, explorer les petites histoires des cimetières communaux. Parce que, après le conflit, de nombreuses familles ont rapatrié leurs proches dans des concessions familiales, parfois aujourd’hui tombées dans l’oubli, ou en mauvais état, au risque de disparaître.

Jean-Pierre Elkabbach prête sa voix

Disponible sur l’App Store, l’application se donne une décennie pour couvrir l’ensemble de ces "Morts pour la France", textes, photos et vidéos à l’appui. Un premier test vient d’être initié dans le cimetière du Plessis-Belleville (Oise). Jean-Pierre Elkabbach prête sa voix aux informations distillées sur smartphone. Les promoteurs envisagent de s’intéresser aussi aux victimes d’autres conflits.

En ce centenaire de la guerre 14-18, ce long travail de mémoire et de souvenir funéraire se poursuit donc sur Internet et sur les réseaux sociaux. La capitale s’y est mise en lançant en février dernier son monument virtuel des 95 000 morts identifiés de la Grande Guerre, à partir des archives d’arrondissements (site : memorial14-18.paris.fr). En attendant une vaste stèle érigée en 2018 dans le quartier de l’Arsenal. L’État lui-même a apporté sa pierre en 2014, en inaugurant un site Iternet (www.culture.fr/Genealogie/Grand-memorial), qui devrait regrouper en 2018 les fiches militaires des 8,5 millions de soldats qui ont combattu il y a un siècle sous l’uniforme français.

Olivier Pelladeau

Résonance hors-série n°3 - Janvier 2017

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