Votre panier

Panier vide

Alors que les écoles sont pourtant supposées fournir à leurs élèves un maître de stage et les accompagner jusqu'à leur évaluation, il devient plus compliqué d'année en année, pour les stagiaires, de trouver un thanatopracteur qui accepte d'assurer leur formation pratique. Ces derniers sont de plus en plus réticents à accueillir des stagiaires et exigent parfois une rémunération.

 

Nous ne sommes pas en surnombre aujourd'hui et pourtant il est parfois très difficile pour un employeur de trouver un thanatopracteur. En effet, nous sommes très mal répartis sur le territoire. Depuis la mise en place du numerus clausus en 2010, les jeunes diplômés devraient tous être absorbés par le marché du travail. Malheureusement, au lieu d'aller pourvoir les postes vacants, ils décident bien souvent de s'installer à leur propre compte dans des secteurs déjà saturés. Cela crée un déséquilibre qui est préjudiciable à l'ensemble de la profession, mais le comportement des stagiaires n'est pas non plus étranger à tous ces problèmes.

 

Comment remédier à cela ?

 

Les "anciens" ont leur idée sur la question...

 

Pour Sébastien Boukhalo, thanatopracteur depuis 17 ans : "La formation d'un stagiaire n'est pas une mission de tout repos. En effet, c'est une lourde responsabilité. Choisir un élève qui habite dans sa propre région peut être à double tranchant. Beaucoup de thanatopracteurs s'y refusent et pour ceux qui acceptent, cela reste tout à leur honneur.

 

 

Sébatien Boukhalo.

 

Pendant la formation pratique, le maître de stage et le stagiaire vont vivre constamment ensemble tous les jours, dans la voiture, dans les funérariums... Et si le courant passe bien, une fusion professionnelle va s’opérer et cela peut déboucher sur une amitié loyale et sincère. Le maître de stage aide souvent son stagiaire à trouver un poste, quand il ne l'embauche pas. Malheureusement, parfois cela se passe différemment. Le stagiaire fraîchement diplômé se sent pousser des ailes et croit pouvoir réussir en deux semaines ce que son maître de stage a accompli en dix ans. Bien sûr, la concurrence est libre mais néanmoins, il faut avoir du respect, de la reconnaissance et de l’humilité vis-à-vis de celui qui a donné de son temps souvent gratuitement et accordé son amitié et sa confiance.

 

Un beau matin, l'ancien stagiaire va démarcher sans scrupules la clientèle de son maître de stage. Heureusement, il y a quand même une relation de confiance entre un thanatopracteur et ses clients.

Loin de moi l'idée de dénigrer les jeunes qui veulent exercer ce noble métier, mais j'ai envie de leur dire: Rappelez-vous que si un thanatopracteur vous prend en stage, c'est qu'il a envie de vous faire profiter de son expérience et de préparer la relève de demain. Si tout se passe bien, il fera son possible pour vous amener jusqu'au diplôme dans les meilleures conditions. Sachez vous en souvenir.

 

José Ruel, thanatopracteur depuis 20 ans est plus radical : "Du côté des stagiaires, il y a un manque de sélection approfondie des écoles. On devrait mieux vérifier leur conviction, leur motivation, leur réelle capacité. Il faudrait leur imposer au moins un an d'expérience dans le domaine funéraire. Ils donnent souvent l'impression de prendre notre métier comme un reclassement ou une autre issue... Ce sont de futurs concurrents sans aucune expérience du métier et encore moins de la gestion propre d'une entreprise. On devrait leur interdire de s'installer avant trois ans de travail sans interruption.

 

Du côté des formateurs, il y a souvent un problème de connaissance pratique académique. Ils manquent souvent d'expérience et il n'existe aucune formation à la pédagogie. D'après moi, un formateur devrait se trouver à l'opposé d'un stagiaire, au minimum hors département et limitrophe, n'avoir aucune affiliation sérieuse avec les écoles et un minimum de rémunération, parce qu'il faut du temps et plus de consommable. Le problème est qu'il n'y a aucune charte et pas de vérification sur les compétences réelles des deux parties.

 

En conclusion : il manque l'essentiel dans notre profession, la discrétion, l'humilité et la modestie. Certains ne savent pas transmettre leur savoir et d'autres ne le souhaitent pas. De toute façon il faut former, mais pas à n'importe quel prix.

 

Sébastien Mousse, thanatopracteur depuis 20 ans également conclut : "Je n'ai pas grand-chose à dire, sinon que l’apprentissage type compagnonnage n'existe plus, qu'il n'y a plus de reconnaissance et que ça me fait de la peine".

 

 

Sébatien Mousse

 

Et les stagiaires, qu'en pensent-ils ?

 

Aurélie, en pleine préparation de son évaluation pratique explique: "Lorsque j'ai choisi l'établissement où j'ai réalisé ma théorie, j'avais fait le bilan de toutes les écoles qui la dispensaient et les écarts de prix m'avaient laissée pantoise. Ces tarifs étaient justifiés par la fourniture d'un maître de stage en cas de réussite au concours national théorique. Soit ! Le centre de formation où j'ai réalisé ma formation ne "fournissait" pas le maître de stage mais on nous avait laissés entendre qu'on nous aiderait dans nos recherches. Il était conseillé de commencer à chercher avant l'obtention du concours, même si je trouvais cela un peu étrange. Nous étions 249 inscrits au concours pour 55 places. Vu le nombre de thanatopracteurs en exercice, on se dit que ça doit être possible de trouver facilement.

 

J'ai eu de la chance. Celle de rencontrer une praticienne avec qui j'avais envie d'apprendre. Et quand j'ai obtenu mon concours, elle était disponible et m'a acceptée tout de suite pour la formation pratique. Elle m'a même envoyée chez des confrères pour élargir mes horizons. Que demander de plus ? Honnêtement je sais que c'est loin d'être aussi facile pour tous les stagiaires, et j'imagine à quel point cela doit être frustrant de ne pas avoir encore trouvé de maître de stage alors que 6 mois se sont déjà écoulés depuis le concours. Il est certain pour moi qu'après plusieurs mois de formation pratique, je n'envisagerai jamais de "trahir" les gens qui m'ont transmis leur savoir.

 

C'est une question morale et éthique. J'ai beaucoup de respect et d'admiration pour mes mentors. J'espère d'ailleurs encore pouvoir faire un peu de "compagnonnage" à leurs côtés. Je sais que lorsque je débuterai professionnellement, si j'ai des interrogations, ils seront là pour y répondre. Et notre métier n'est pas standardisé. Chaque cas est différent et on ne peut malheureusement pas tout avoir vu ou appris lors de la formation. Il y aura encore de l'apprentissage tout au long d'une carrière. Rome ne s'est pas construite en une journée..."

 

Lisa, en fin de formation pratique conclut : "Pour pouvoir trouver un maître de stage j'ai dû appeler beaucoup de pompes funèbres. Celui qui m'accompagne tous les jours dans mon stage pratique essaye de m'inculquer toutes les méthodes ainsi que tout le savoir-faire possible afin que je puisse me débrouiller quand je serai en face d'un cas dit difficile. Et je sais et comprend tout à fait que les stagiaires sont longs à former correctement.

 

Cela demande du temps et surtout de la patience. Certains stagiaires qui ont obtenu leur examen théorique ont vraiment beaucoup de mal à commencer leur stage pratique par manque de formateurs. Certains thanatopracteurs refusent de prendre des stagiaires pour éviter qu'ils ne deviennent des futurs concurrents, ce que je comprends parfaitement. Cependant, il y a des stagiaires qui se battent jusqu'au bout pour arriver à l'examen même si le début est dur, car il faut reprendre un rythme de travail et être concentré tout au long du stage pratique.

 

Comme le dit Sébastien Boukhalo : "une fusion professionnelle" va se produire au fur et à mesure du stage".

 

 

Claire Sarazin,

thanatopracteur.

Instances fédérales nationales et internationales :

CPFM - Confédération des Professionnels du Funéraire et de la Marbrerie FFPF - Fédération Française des Pompes Funèbres UPPFP - Union du Pôle Funéraire Public CSNAF - Chambre Syndicale Nationale de l'Art Funéraire UGCF - Union des Gestionnaires de Crématoriums Français FFC - Fédération Française de Crémation EFFS - European Federation or Funeral Services FIAT-IFTA - Fédération Internationale des Associations de Thanatoloques - International Federation of Thanatologists Associations