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En progression permanente depuis son arrivée en France dans les années soixante, la pratique de la thanatopraxie répond, bien qu’on la qualifie parfois à tort de "phénomène de mode", à un vrai besoin de la part des familles endeuillées. Elle a pourtant ses détracteurs, y compris dans le milieu funéraire. On remet parfois en question son utilité.

 

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Claire Sarazin, thanatopracteur.

Pourquoi prendre soin d’un cadavre ?

 

On dit parfois que "nous rendons leur dignité" aux défunts. Si on envisage les soins de conservation sous cet angle, il est difficile d’en saisir l’intérêt. En réalité, notre travail n’est d’aucune utilité à la personne décédée, d’une part parce que la mort pas plus que la maladie ne rendent "indigne", et d’autre part parce que l’irréversibilité de son état rend tout acte pratiqué sur elle inutile.

 

C’est pour les familles que nous travaillons

 

Pour certains encore, le coût de la prestation est trop élevé et il existe d’autres moyens beaucoup plus économiques, voire écologiques, de conserver les corps. Pour ce qui concerne le côté financier, cela est sans doute vrai, mais il n’existe à l’heure actuelle aucune alternative aux soins de conservation qui présente une efficacité comparable, en dehors du séjour en case négative, qui ne permet aucune présentation du corps. Les tables ou rampes réfrigérées sont des palliatifs qui n’offrent aucune garantie. Quant à la carboglace, elle a presque disparu dans notre pays.

 

Et quand bien même le défunt serait conservé, ce n’est pas, et loin s’en faut, tout ce qu’on attend de nous. Le plus important pour la famille est la présentation. Sauf exception, comme dans le cas de certains transports internationaux, le but de la thanatopraxie est de permettre aux proches de veiller sereinement un défunt, dans de bonnes conditions d’hygiène et de sécurité. Ce dernier doit avoir un visage paisible et avoir l’air de dormir.

 

Ces quelques jours qui précèdent l’inhumation ou la crémation, et durant lesquels la famille va se recueillir auprès de l’être cher et qui sont le temps des adieux, ont une importance qu’il ne faut pas minimiser. Il n’est pas question de prétendre atténuer la peine, mais simplement de ne pas lui ajouter le traumatisme causé par les transformations "post mortem" et ainsi faciliter le début du processus de deuil.

 

Ce n’est pas une vérité absolue, il y a des exceptions, mais veiller les morts fait partie de notre culture et nous avons besoin de voir le défunt et de lui dire au revoir. Dans certains cas, cela est impossible sans l’intervention d’un thanatopracteur.

 

Il arrive parfois que le corps soit tout à fait présentable avec une simple toilette, mais cela ne règle pas la question de l’hygiène et de la sécurité. Après la mort, le processus de thanatomorphose se met en place, et quelle que soit la rapidité à laquelle il va se dégrader, tout corps non traité est en cours de décomposition et les bactéries s’y multiplient, tant à l’intérieur que sur la peau.

 

La question écologique n’est pas à mettre de côté

 

À l’heure actuelle, la molécule que nous utilisons pour conserver les corps est le formaldéhyde ou formol sous sa forme aqueuse. Identifié par Hofmann en 1867, il entre dans la composition de nos fluides, et bien qu’il soit produit naturellement par le métabolisme de la plupart des organismes vivants dont le nôtre, sa manipulation n’est pas sans risque. Plus personne ne conteste le fait qu’il est cancérigène et les thanatopracteurs sont aujourd’hui tenus de porter un masque à cartouche pour se protéger.

 

D’autres problèmes sont parfois invoqués, comme des émanations toxiques lors des crémations, ce qui n’a pas été prouvé. Ce qui n’est pas contestable en revanche, c’est le rallongement des délais de rotation dans les cimetières. Heureusement, la recherche sur de nouveaux produits de conservation sans formol avance et un premier fluide vient d’être agréé. Il est évident que la thanatopraxie devra évoluer dans l’avenir pour se conformer aux exigences écologiques.


Le coût élevé des soins de conservation peut être un frein pour certaines pompes funèbres, qui préféreront se concentrer sur d’autres prestations. Pourtant, tout est une question d’équilibre. Les tarifs des thanatopracteurs n’ont cessé de baisser ces dernières années et les prix pourraient être réajustés. De plus, la présentation des défunts, tout comme les salons funéraires, sont l’image de l’entreprise.

 

Les thanatopracteurs sont au service des familles, mais pour autant, celles-ci sont-elles toujours satisfaites ? Non, car la thanatopraxie est une technique, et comme toute technique, elle a ses limites. Parfois, le résultat n’est pas à la hauteur des attentes. Soit les familles attendaient trop de notre intervention et elles sont déçues, soit le thanatopracteur, qui est bien entendu faillible, n’est pas arrivé au résultat escompté, soit encore l’état du corps n’a pas permis que le protocole soit correctement mis en œuvre. Il y a un pourcentage d’échecs et chacun d’entre nous y est confronté un jour ou l’autre, cela ne fait pas de nous des incapables ou des charlatans.

 

Nous connaissons bien le corps humain et nous utilisons des instruments qui peuvent faire penser à ceux d’un chirurgien ou d’un médecin légiste, mais nous ne sommes pas des médecins, nous ne sommes pas des magiciens non plus, seulement des techniciens qui exercent un des plus vieux métiers du monde, un métier utile.

 

Claire Sarazin

Instances fédérales nationales et internationales :

CPFM - Confédération des Professionnels du Funéraire et de la Marbrerie FFPF - Fédération Française des Pompes Funèbres UPPFP - Union du Pôle Funéraire Public CSNAF - Chambre Syndicale Nationale de l'Art Funéraire UGCF - Union des Gestionnaires de Crématoriums Français FFC - Fédération Française de Crémation EFFS - European Federation or Funeral Services FIAT-IFTA - Fédération Internationale des Associations de Thanatoloques - International Federation of Thanatologists Associations