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La pénurie, l’effet papillon ?

Nous vivons dans une société de l’abondance. La génération née à l’aube des années cinquante mesure l’écart flagrant qui existe entre les petites épiceries de quartier - ou du village de notre enfance - et les hypermarchés dont le gigantisme alimente notamment nos réfrigérateurs à l’impressionnant volume. Oui, nous avons changé d’ère, à tel point que les slogans des manifestations de mai 68 contre la société de consommation, même s’ils étaient prémonitoires, semblent bien faibles au constat de la réalité du XXIe siècle.

Mais, aujourd’hui, nous l’avons quitté pour entrer dans celle de l’hyperconsommation. Le résultat le plus visible est que nous épuisons le crédit annuel de la ressource planétaire en seulement quelques mois. En effet, selon le "Global Footprint Network", l’humanité a utilisé autant de ressources biologiques que ce que la Terre peut en générer en une année. Le 29 juillet est la date fatidique cette année et, à partir de ce jour, nous vivons "dans le rouge". Nous utilisons actuellement 74 % de plus que ce que les écosystèmes de la planète peuvent régénérer… Plus ça va, moins ça va.

Il ne faut pas chercher bien loin les responsabilités, et si certains vous disent que fermer le robinet de votre douche le temps de vous savonner ne va pas changer grand chose, sachez qu’ils sont dans l’erreur. Tous les gestes, toutes les postures en faveur d’une prise en compte des facteurs environnementaux sont nécessaires, indispensables, c’est une question de survie à très court terme. La pénurie guetterait-elle ? En 1972, le météorologue Edward Lorenz posait la question : "Le battement d’ailes d’un papillon au Brésil peut-il provoquer une tornade au Texas ?" qui donnera naissance au célèbre "effet papillon" dans la théorie du chaos. Nous devons bien l’admettre, la pénurie est le corolaire de l’abondance, si bien décrite par Platon dans "Phèdre". Lors d’un banquet en hommage à Aphrodite, une mortelle, Pénia, symbole de la pauvreté, profite de l’ébriété avancée de Poros, le dieu de l’abondance. De cette union ainsi consommée naît Éros, mi-homme mi-dieu, un daïmon. Celui-ci n’a rien, il est pauvre et laid, mais il n’a de cesse d’approcher le beau au plus près, sans jamais pouvoir s’en saisir vraiment. Éros est un intermédiaire précieux entre les hommes et les dieux. Ainsi, il fait parvenir au Ciel "les prières et les sacrifices des hommes," et rapporte à ces derniers "les ordres des dieux et la rémunération des sacrifices qu’ils leur ont offerts". Quelle belle allégorie de la consommation !

Mais, hélas, la pénurie n’est pas seulement réduite aux biens de consommation. L’éducation, la culture et bien d’autres domaines faisant appel à la créativité ou à la transmission souffrent d’une forme aiguë de manque aux conséquences les plus dévastatrices. Celui des idées est désormais la grande invitée à la table de l’humanité. Force est de constater que nous évoluons dans un univers standardisé où chaque événement est dupliqué et duplicable à l’infini. C’est ainsi qu’apparaissent des rituels pour tout et n’importe quoi. Qui décide de ça ? Personne n’est vraiment capable de l’affirmer. Cette anesthésie mentale est dangereuse à plus d’un titre, car elle nous prive de tout esprit critique. La pensée unique s’applique également aux domaines de la formation et de la transmission des savoirs. Par exemple, lorsque vous assistez à une cérémonie, l’assistance reçoit un scénario qui a été quelque peu codifié lors de la formation des personnels funéraires. Certes, c’est satisfaisant de prime abord, mais ce qui est transmis initialement ne doit pas être l’alpha et l’oméga du maître de cérémonie, mais seulement une clé que sa créativité, conjuguée aux exigences des familles, va permettre de rendre l’instant solennel qu’est celui du cérémonial unique. Il n’y a pas bien sûr de recettes toutes faites et le plus grand danger est de laisser la routine s’installer dans nos vies comme dans nos métiers. La facilité n’est pas la bienvenue. En laissant ce manque d’imagination prendre le pouvoir, nous créons un monde qui ne sera que le reflet amplifié de ces carences malsaines.

La banalité ne doit pas faire partie de notre profession, tout simplement parce que celle-ci n’est pas banale. Elle est unique, irremplaçable, essentielle, sensible. L’application de recettes toutes faites, souvent peu imaginatives et manquant de sens réel, ne peut qu’être préjudiciable, non seulement pour nos entreprises, mais également pour les familles qu’elles sont censées réconforter et servir. Peut-être est-il grand temps de se mettre autour d’une table et de jeter des ponts au profit d’une vision qui se fait rare… l’innovation durable.
 
Maud Batut
Rédactrice en chef

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