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Au cœur de la déconstruction, la parole funéraire comme ultime humanisme

À l’heure où nos petites et moyennes communes voient se déliter, parfois avec résignation, leur tissu économique de proximité, le secteur funéraire demeure l’un des derniers remparts d’une "humanité" incarnée et responsable. Les vitrines se ferment, les centres-bourgs se vident, remplacés par le ballet incessant des camions de livraison, tandis qu’un commerce désincarné prospère dans l’anonymat numérique. Dans ce paysage en mutation accélérée, les professionnels funéraires, eux, continuent d’assumer une mission à la fois économique, sociale et profondément éthique, en offrant aux élus locaux comme aux familles un ancrage, une présence et une écoute auxquels nulle plateforme en ligne ne saurait se substituer.

Parce que la mort reste, par essence, une réalité locale, concrète, incarnée, le funéraire ne peut se dématérialiser sans dommage pour le lien social. Là où disparaissent écoles, boulangeries ou cafés, les opérateurs funéraires demeurent, veillant sur les cimetières, animant les crématoriums, accompagnant les familles dans l’épreuve du deuil, et apportant aux maires et aux intercommunalités une expertise précieuse en matière d’hygiène, de dignité et de sécurité publiques.

Dans cet environnement mouvant, la profession funéraire a fait le choix d’une ouverture accrue et structurée envers les pouvoirs publics. Fédérations et syndicats participent activement aux travaux du Conseil National des Opérations Funéraires (CNOF), portent la voix du terrain dans les concertations réglementaires et s’emploient à promouvoir un funéraire éthique, responsable et soucieux de l’intérêt général. Cette volonté d’échange s’inscrit dans une perspective de co-construction : il ne s’agit plus seulement de "répondre" à la norme, mais de contribuer à la penser, pour concilier protection des familles, soutenabilité économique et adaptation aux attentes nouvelles de la société.

Dans ce contexte, je tiens tout particulièrement à saluer la mémoire d’Anne Tourres, dont la disparition récente laisse un vide immense au sein de la profession. Son nom restera indissociable de l’essor de la filière industrielle funéraire, de sa structuration et de sa représentation, notamment grâce à la CSNAF, dont elle a été secrétaire générale durant de nombreuses années. Animatrice infatigable, artisane discrète mais déterminée du rayonnement de la profession, elle aura joué également un rôle central, en 1987, dans la création de FUNÉRAIRE PARIS, premier grand rendez-vous professionnel funéraire, apportant ainsi à tout un secteur une visibilité, une cohésion et une ambition nouvelles.

Femme de caractère, exigeante, parfois jugée intransigeante sur les principes, elle incarnait précisément ce que le funéraire a de plus précieux : la fidélité à la parole donnée, le sens du collectif, la conviction que l’on ne transige pas avec la dignité des morts ni avec la sérénité des vivants. Mais derrière cette rigueur, ceux qui l’ont côtoyée gardent le souvenir d’une personnalité attentive, curieuse, chaleureuse, toujours prête à encourager les initiatives lorsqu’elles s’inscrivaient dans l’intérêt général de la profession.

Aussi, gardons à l’esprit que l’homme doit toujours être considéré comme une fin et jamais seulement comme un moyen. Cette exigence philosophique, souvent invoquée par Kant dans l’abstrait, trouve dans le funéraire sa traduction la plus concrète : accompagner la mort, c’est reconnaître en chaque défunt une singularité irréductible, et en chaque famille un sujet de droit, de douleur et d’espérance. En poursuivant le dialogue avec les pouvoirs publics, en revendiquant des normes claires et une éthique forte, la profession funéraire ne défend pas seulement ses intérêts : elle défend une certaine idée de la cité, où même au cœur de la "déconstruction" ambiante subsiste un espace de respect, de parole vraie et de responsabilité partagée. À nous, collectivement, de faire vivre cet héritage.
 
Steve La Richarderie
Rédacteur en chef

Instances fédérales nationales et internationales :

FNF - Fédération Nationale du Funéraire FFPF - Fédération Française des Pompes Funèbres UPPFP - Union du Pôle Funéraire Public CSNAF - Chambre Syndicale Nationale de l'Art Funéraire UGCF - Union des Gestionnaires de Crématoriums Français FFC - Fédération Française de Crémation EFFS - European Federation or Funeral Services FIAT-IFTA - Fédération Internationale des Associations de Thanatoloques - International Federation of Thanatologists Associations