La formation des secrétaires de mairie contiendrait-elle un antidote à la violence qui frappe certaines communes depuis quelques années ? La violence apparaît souvent là où l’équilibre n’existe plus et où le doute mine le citoyen. Excédé il passe à l’acte. Existe-t-il un moyen d’éviter cet engrenage ? La lutte à la violence est une affaire d’engrenage, de frustration et de colère. Comment ne pas mettre le feu aux poudres ? Voici la question que je pose dans cet article.
Quelle pourrait donc être cet antidote ?
Ce qui suit est le récit de mon expérience de formateur et de directeur d’organisme de formation funéraire qui forme depuis 35 ans des adultes. Le monde change et les participants à mes formations aussi. Les comportements particuliers sont souvent en relation avec les collectivités dans lesquelles ils se développent. Pourquoi en serait-il autrement ?
La lutte contre la violence ne sera jamais parfaite. Elle ne prendra jamais fin non plus. Toutes les techniques et toutes les astuces enseignées ne vont jamais réduire à zéro les risques de violence. Mais les techniques enseignées actuellement sont-elles à la portée de tous ? Il faut avoir les moyens physique et émotifs de tenir un siège. Selon moi, la première chose à maîtriser est la capacité à ne pas susciter les comportements qui provoquent la violence.
En effet, face à la violence, il est possible d’agir. Une technique est à la portée de tous et elle se résume par les mots suivants : la connaissance, l’équité et la constance. Je m’explique…
La connaissance
Il est admis que l’histoire d’Adam et Ève relève de faits anciens mais cette affaire porte un enseignement. L’arbre de la connaissance du bien et du mal, comme il est qualifié en hébreu, pose une question : détenir la connaissance suscite quel type de comportements chez un individu ? L’utilisera-t-il pour répandre le bien ou susciter la douleur ? Tout est affaire de choix.
Le plus simple : appliquer conjointement le CGCT et un éventuel règlement de cimetière. Pour aider à prévenir ou régler les problèmes, comprendre la philosophie suivie par l’état pour l’élaboration de la réglementation. Le traitement des citoyens sera indifférencié et neutralisera un effet accélérateur de violence : le sentiment d’injustice et le doute sur l’impartialité de l’administration communal.
L’équité
Ce mot en français vient du latin aequitas, "égalité, esprit de justice", dérivé de aequus, qui signifie "égal". La violence naît souvent du sentiment qui laisse croire qu’une demande ne suscite pas le même traitement si elle est formulée par celui-ci ou celui-là. Ce sentiment serait-il infondé ? Il vit pourtant dans l’esprit de la personne qui l’éprouve.
La commune a-t-elle intérêt à encourager le citoyen à poursuivre sa croisade dans ce chemin tortueux et malsain de la victimisation ? Sûrement pas, mais rappelons-nous que la commune ne dispose d’aucun moyen sinon de ne pas susciter ce sentiment. L’équité veut favoriser l’égalité et, par conséquent, la paix ou, à tout le moins, des rapports apaisés.
La constance
Ce joli mot de notre langue nous vient du latin constantia, dont l’idée comprend les concepts de "permanence", de "fermeté de caractère" et de "constance". La constance est donc de la permanence dans les réponses apportées aux citoyens. Ce qui peut changer est le moyen d’arriver à la réponse mais la réponse reste inchangée. La réponse sera conditionnée par les limites de la commune ou les impératifs de la réglementation. Le règlement de cimetière servira de gardien à cette "constance".
La fermeté dont il est aussi question est centrale. En effet, combien de fois voulons-nous accommoder quelqu’un. Cependant, nous créons un précédent délétère pour l’image de la commune. Si Jean obtient un passe-droit, pourquoi Paul ne le réclamerait-il pas ? Une règle s’applique, et nous la maintenons.
La constance est un moyen de rester soi-même dans toutes les circonstances du travail en mairie, et ainsi de faire comprendre sur la durée que la réponse sera la même pour tous et que personne ne sera désavantagé.
De nombreuses communes où je suis intervenu ont affirmé une chose : "la connaissance, l’équité et la constance dans les réponse" avaient facilité leur fonctionnement. Moins de conflits avaient pacifier les rapports humains. Mais ceci ne peut arriver que si l’on a bien compris notre rôle de service à la population et de service de la République. J’ai aussi rencontré des salariés dans certaines communes qui se posaient en redresseurs de "citoyens à éduquer".
Cette attitude menait la commune à la désolation, les citoyens manifestaient de la défiance et cet ensemble suscitait naturellement la violence, au propre comme au figuré. Je n’oublierai jamais une cheffe d’état civil qui se faisait agresser verbalement dans la rue par une personne excédée de se faire maltraiter à la mairie.
La connaissance, l’équité et la constance sont les promoteurs de la paix. Une loi pour tous, et tous sous la même loi.
Yves Messier
Intervenant auprès des collectivités et des entreprises
Résonance n° 225 - Mars 2026
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