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1 000 kilomètres d’autonomie, une recharge complète en moins de dix minutes et des batteries capables de fonctionner pendant plus de trente ans : ces performances, encore impensables il y a quelques années, commencent à être annoncées par plusieurs industriels du secteur automobile. Rencontre avec Jérôme Cao, dirigeant d’Atlantic Autos Concept.
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Une révolution imminente pour les véhicules funéraires ?

Alors que les tensions géopolitiques dans le golfe Persique et les débats sur la transition énergétique restent vifs, une nouvelle génération de batteries pourrait changer radicalement la perception du véhicule électrique. Ces technologies pourraient transformer durablement le secteur automobile… y compris celui des véhicules funéraires. Nous avons interrogé Jérôme Cao, dirigeant de la société Atlantic Autos Concept (AAC).

Nous sommes probablement à l’aube d’un changement aussi important que le passage du cheval à l’automobile

Résonance : Lors du dernier CES (Consumer Electronics Show) de Las Vegas, plusieurs annonces évoquent des véhicules électriques capables de parcourir plus de 1 000 km avec une recharge en moins de dix minutes. Est-ce crédible ?

Jérôme Cao : Oui, ces annonces sont sérieuses. Plusieurs constructeurs et équipementiers (Donut Lab, ProLogium…) travaillent déjà sur ces nouvelles générations de batteries. Si ces performances se confirment, nous allons assister à une rupture technologique majeure : des véhicules électriques capables d’offrir une autonomie comparable, voire supérieure, à celle des véhicules thermiques, tout en se rechargeant presque aussi rapidement qu’un plein de carburant.

R : Pourquoi cette évolution arrive-t-elle maintenant ?

JC : Nous sommes à un moment particulier de l’histoire énergétique. D’un côté, la pression climatique pousse à sortir progressivement des énergies fossiles. De l’autre, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient et la raréfaction progressive des ressources pétrolières font planer le risque de nouvelles crises énergétiques.

Dans ce contexte, l’arrivée de véhicules électriques très performants pourrait constituer une réponse technologique majeure. Certains parlent déjà d’une transformation comparable à celle qu’a représentée l’arrivée de l’automobile face à la traction animale.

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Les batteries solides pourraient changer complètement la donne

R : Qu’est-ce qui permettrait concrètement d’atteindre ces niveaux de performance ?

JC : La principale révolution s’appelle la batterie solide. Contrairement aux batteries lithium-ion actuelles, qui utilisent un électrolyte liquide, ces nouvelles batteries utilisent un électrolyte solide.

Cela apporte plusieurs avantages : une densité énergétique beaucoup plus élevée (environ 400 Wh/kg pour les batteries solides, contre 250 Wh/kg pour les batteries actuelles), une meilleure sécurité, et surtout des capacités de recharge beaucoup plus rapides.

R : Ces batteries sont-elles déjà prêtes ?

JC : Les premiers modèles industriels sont attendus autour de 2027. Plusieurs grands constructeurs automobiles et fabricants de batteries annoncent une production à l’horizon de la fin de la décennie, certains prototypes étant déjà en circulation.

R : On parle aussi de batteries au sodium. Est-ce une alternative crédible ?

JC : Oui, c’est une autre piste très intéressante. Les batteries au sodium utilisent des matériaux beaucoup plus abondants que le lithium. Elles sont potentiellement moins coûteuses et moins dépendantes de certaines ressources stratégiques.

Leur densité énergétique est aujourd’hui un peu plus faible que celle des batteries solides, mais les progrès sont rapides. À terme, il est possible que différentes technologies coexistent selon les usages.

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La France pourrait jouer un rôle important dans cette nouvelle filière

R : Où se situe la France dans cette course technologique ?

JC : La France commence à se positionner sérieusement. Plusieurs projets de gigafactories de batteries sont en cours ou déjà lancés sur le territoire, notamment le projet porté par Renault et Verkor pour une gigafactory en Auvergne-Rhône-Alpes. Certaines annonces portent également sur la production de batteries solides à moyen terme.

Parallèlement, les constructeurs français accélèrent leurs recherches. Renault travaille sur plusieurs plateformes électriques de nouvelle génération et sur l’amélioration de l’efficacité énergétique de ses véhicules, notamment en association avec Basquevolt et Stratus Materials.

R : Cela pourrait-il redonner un avantage à l’industrie européenne ?

JC : C’est un enjeu stratégique majeur. L’automobile représente une part importante de notre industrie et l’Europe dispose de peu de ressources pétrolières. Si l’Europe parvient à maîtriser ces technologies de batteries, elle pourra rester un acteur clé dans la mobilité de demain.

Pour les pompes funèbres, ces nouvelles batteries pourraient ouvrir des perspectives inédites

R : Quel impact ces évolutions pourraient-elles avoir sur le secteur funéraire ?

JC : Aujourd’hui, l’électrification des véhicules funéraires est parfois freinée par deux contraintes : l’autonomie encore limitée et le temps de recharge. Dans certaines régions rurales ou pour certaines organisations de service, ces paramètres restent déterminants. Avec 1 000 km d’autonomie et une recharge en quelques minutes, la situation changerait radicalement : les contraintes de l’électrique disparaîtraient presque totalement.

R : Concrètement, qu’est-ce que cela changerait pour les véhicules funéraires ?

JC : Cela permettrait de généraliser l’électrique, y compris pour les transports de corps longue distance. Mais cela pourrait aussi ouvrir la porte à de nouvelles applications.

Par exemple, des véhicules disposant d’importantes réserves d’énergie embarquée pourraient alimenter des équipements électriques lors de cérémonies extérieures, dans des cimetières ou dans des lieux dépourvus d’infrastructures pour des travaux. On peut également imaginer de nouveaux aménagements techniques dans les véhicules, avec des systèmes autonomes alimentés directement par la batterie principale, ou encore plus loin des véhicules de transport de robots pour des travaux extérieurs.

R : Pensez-vous que cette transition soit proche ?

JC : Les choses vont probablement aller très vite. L’histoire de l’automobile montre que certaines innovations mettent longtemps à apparaître… puis se diffusent extrêmement rapidement une fois la maturité technologique atteinte et certains lobbies affaiblis.

Pour les professionnels du funéraire, il est donc essentiel de suivre ces évolutions. Les véhicules électriques de nouvelle génération pourraient devenir, dans un avenir relativement proche, la norme plutôt que l’exception.
 
Propos recueillis par
Steve La Richarderie

Résonance n° 225 - Mars 2026

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