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Ouvrage de référence s’il en est… "Pratique de la thanatopraxie" en est rendu à sa 3e édition. Initialement coréalisé par Michel Durigon et feu Michel Guénanten, cette dernière édition, parue en mai dernier, a vu l’arrivé d’un 3e auteur/contributeur, en la personne de Nicolas Delestre. Historien de l’embaumement, spécialiste en techniques de préservation des corps et directeur du centre de formation en thanatopraxie et thanatoplastie AFITT, celui-ci, en plus d’avoir intégré l’histoire de cette discipline, allant de ses origines antiques jusqu’à la thanatopraxie moderne, n’aura pas manqué d’apporter moult précisions et autres mises à jour, ou encore, de rétablir certaines vérités… Rencontre !

Résonance : Nicolas, peut-on faire une brève rétrospective sur les deux premières éditions de cet ouvrage ?

Nicolas Delestre : Avec plaisir ! C'est en 2008 que Michel Durigon et Michel Guénanten développent le projet de l’ouvrage. Michel Durigon étant professeur de médecine légale à la faculté de médecine de Paris Île-de-France Ouest, anatomopathologiste, et chef du service d'anatomie pathologique-médecine légale à l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches (AP-HP) et Michel Guénanten , thanatopracteur diplômé, secrétaire général et responsable de l'enseignement de thanatopraxie à l'Institut Français de Thanatopraxie (IFT). Ils décident d'associer leurs compétences, mais aussi et surtout leurs connaissances et leurs expertises, pour produire la première édition de cet ouvrage qui, aujourd'hui, fait référence en matière de thanatopraxie. En 2011, désireux de transmettre son savoir, Michel Guénanten crée l’école AFITT et Michel Durigon le rejoindra pour enseigner la médecine légale, poste qu’il occupe encore aujourd’hui.

À l’origine, ils voulaient produire un manuel qui soit le plus exhaustif possible pour la formation des thanatopracteurs. Pour autant, ils étaient bien conscients qu’il leur serait impossible d’y introduire la législation funéraire… celle-ci étant en constante évolution, le risque aurait été que l’ouvrage soit obsolète peu de temps après sa publication.

De la même façon, s’agissant d’un premier tirage initialement à destination des praticiens en devenir, Michel Durigon et Michel Guénanten, au même titre que leur éditeur, n’avaient aucune idée de la durée de vie d’un tel ouvrage, ni même de l’ensemble du lectorat potentiel. De fait, ils avaient pris la décision collégiale de – si le succès était au rendez-vous – renouveler l’édition tous les trois ans environ. L’autre parti pris était d’y incorporer des matières dites stables, sujette à évolution, mais sans commune mesure avec la réglementation.

Voici, présenté en quelques mots, le socle du projet "Pratique de la thanatopraxie". Nous en sommes aujourd’hui à sa 3e édition… avec le succès que nous lui connaissons.

Pratique de la thanatopraxie 1Pratique de la thanatopraxie (3e édition)
ISBN : 978-2-294-77318-1

R : Avant d’entrer dans le vif du sujet, petit détail qui a toute son importance… le format a évolué au fil des parutions… ?

ND : Pour être exact, dès la première édition parue en 2009, format "Grand Livre" (17 x 24,5 cm) avec couverture cartonnée, Elsevier Masson, l’éditeur, s’est posé la question d’une version avec couverture souple.

Le format mi-poche (13 x 21 cm) fera son apparition à partir de la seconde édition, résultant des nombreux retours d’étudiants, de praticiens issus de la médecine légale ou de thanatopracteurs, pour ne citer qu’eux, désireux d’un format plus pratique qui permettrait de garder l’ouvrage sous la main en toutes circonstances.

R : Comme vous venez de le préciser, "Pratique de la thanatopraxie" en est à sa 3e édition… opus pour lequel vous intégrez le pôle d’écriture. Quelle y a été votre contribution ?

ND : Effectivement, c’est à la demande de Michel Durigon et de l’éditeur que j’ai participé à l’écriture de cette 3e édition. Mon rôle a tout d’abord été d’identifier, avec Michel Durigon, tous les éléments nécessitant correction ou devant être mis à jour, mais aussi et surtout le contenu manquant ou inadapté à la formation… l’objectif étant de rendre l’ouvrage le plus complet possible tout en restant accessible au plus grand nombre.

Ainsi, bien qu’il soit impossible d’atteindre l’exhaustivité parfaite, nous sommes parvenus à un résultat qui nous semblait suffisamment efficace et complet pour satisfaire les étudiants… mais aussi les thanatopracteurs en activité. Nous avons été aidé dans cette tache par, Marion Péchiné, Claire Boucher, le docteur Isabelle Fortel et Axel Trois-Poux.

Comme je l’ai dit précédemment, le socle de l’ouvrage, lors de sa première édition, se constituait de matière dont on savait qu’elles n’évolueraient que très peu, à l’image de la médecine légale ou encore l’anatomie. Pour autant, celles-ci ont tout de même demandé à être revues afin d’inclure les différentes évolutions, dans cette 3e édition. Une fois ce gros travail d’équarrissage effectué, une question s’est imposée à nous… que manque-t-il à ce manuel pour qu’il soit le plus complet possible ?

Ainsi, nous avons passé en revue toutes les remarques et autres critiques qui avaient pu être faites pour les deux premières éditions. Nous avons tout d’abord identifié deux gros manques très régulièrement réclamés par les lecteurs.

Le premier concerne l’histoire de l’embaumement, qui n’était, jusque-là, que survolé et qui, en plus, présentait quelques incohérences. Le second concerne des données et autres informations régulièrement demandées lors de l’examen national de thanatopraxie, telle la liste des fluides homologués pour la pratique des soins de conservation… C’est un exemple parmi d’autres. D’autre part, l’éditeur a également tenu à ce que l’on intègre tout ce qui avait trait à la crise sanitaire, celle-ci impliquant de nombreuses nouvelles prérogatives pour les praticiens.

Voilà, je crois que j’ai fait le tour pour ce qui était de ma contribution à cet ouvrage. Il y avait du travail, mais je l’ai fait avec plaisir et, comme beaucoup le savent déjà, l’histoire de l’embaumement, l’anatomie et les nombreuses techniques de préservation du corps humain faisant partie de mes sujets de prédilection, c’est avec implication et passion que j’ai porté ma pierre à l’édifice.

R : Nicolas, les nouvelles prérogatives liées à la Covid-19 et afférentes aux thanatopracteurs tiennent pour beaucoup de la réglementation. Je fais référence aux port des EPI (Équipements de Protection Individuelle) ou à la conformité des laboratoires et autres salles techniques... Ces sujets-là ont-ils été abordés ?

ND : Pour certains, comme le port des EPI notamment, bien entendu, car lié directement à la pratique de la thanatopraxie et relevant du praticien lui-même. En revanche, concernant la réglementation en tant que matière, comme nous l’avons fait pour les deux premières éditions, notre approche est restée superficielle... Et cela pour plusieurs raisons.

Tout d’abord, nous laisserons à César ce qui lui appartient. En effet, nombre d’auteurs sont bien mieux placés que nous pour aborder la réglementation funéraire, et, pour certains d’entre eux, des ouvrages sont en cours d’écriture. Étant impossible pour une personne de maîtriser l’ensemble des matières relatives à un secteur d’activité, il me semble qu’un travail collaboratif où, en l’occurrence, complémentaire, est bien plus profitable pour chacun, et surtout pour le lecteur. À mon sens, faire de "l’à-peu-près" se résumerait à du "one shot" en oubliant le respect dû aux personnes qui font l’acquisition de tel ou tel ouvrage.

Ensuite, notre objectif étant de produire un manuel qui puisse avoir une durée de vie de 3 ans, l’intégration d’une matière telle que la réglementation, au vu de son évolution permanente, serait purement contre-productif. Enfin, concernant certains points dits sensibles, par exemple la conformité des sites d’intervention, nous avons pris le parti de choisir une approche qui soit plus axée sur le praticien et son métier. Nous avons volontairement fait le choix d’un ouvrage fédérateur et pédagogique, où la polémique n’a aucunement sa place.

R : Rites, sciences humaines de la mort, étude du deuil… on s’éloigne un peu de la thanatopraxie, non ?

ND : C’est une question de point de vue. "Pratique de la thanatopraxie" est un manuel principalement dédié aux étudiants en thanatopraxie. Toutes ces matières sont susceptibles d’être abordées lors de l’examen. Sans compter qu’il s’agit bien là d’une culture générale liée directement à leur futur secteur d’activité… le "post mortem".

De même, pour les professionnels, le fait d’aborder toutes ces thématiques permet aux uns d’élargir leur champ de compétences et aux autres de veiller à ce que leurs connaissances soient bien à jour. Nous avons voulu un manuel qui soit le plus exhaustif possible, et le fait même de traiter ces nombreux sujets connexes à la thanatopraxie ne fait que confirmer ce choix et cet objectif.

R : Revenons sur les éléments que vous jugiez manquants, incomplets et/ou imprécis… Pouvez-vous nous en dire plus ?

ND : Bien sûr, ne faire qu’évoquer la liste des fluides ou l’histoire de l’embaumement serait bien trop réducteur au regard du travail fourni. Prenons les fluides, par exemple. Ils sont au cœur de l’actualité au vu des échéances à venir concernant leur composition. Qui plus est, l’usage des produits TP22 réclame moult précautions. Ces premiers points ont déjà nécessité beaucoup d’attention au regard de la validité et de la cohérence des informations. De nombreux petits ajustements se sont avérés nécessaires, notamment en matière de réglementation, le retrait définitif des produits formolés devant intervenir en 2024.

De là, nous en arrivons tout naturellement sur l’homologation des produits et la liste des produits pouvant être utilisés à ce jour pour la pratique des soins de conservation. Pour faire court, le sujet étant récurrent à l’examen national et pour être le plus précis possible, nous nous sommes adressés directement au ministère de la Santé afin que nous soit transmise, pour reproduction, la liste officielle des produits homologués à l’instant T. Outre les produits autorisés actuellement disponibles sur le marché, celle-ci référence l’ensemble des fluides homologués jusqu’à ce jour avec leurs dates d’homologation. Cette liste est figée pour les produits existant ou ayant existé, et ne se verra modifiée qu’avec l’ajout de nouvelles homologations. De fait, nous avons souhaité apporter une information correcte et précise aux étudiants qui, pour beaucoup d’entre eux, outre un enrichissement de contenu, réclamaient une decomplexification et une fiabilisation de cette thématique.

Ensuite, nous affichions également un souci de précision et d’objectivité quant à l’histoire de l’embaument et de la thanatopraxie moderne. J’avoue avoir été surpris de constater que, pour sa période du XXe siècle, l’histoire de la thanatopraxie ne faisait état que de l’entreprise Hygeco, avec, en première ligne, Jacques Marette. Pour moi, il était inconcevable d’expliquer aux étudiants que la thanatopraxie au XXe siècle se résumait à cette seule entreprise… Non, ce serait éluder une partie de l’histoire. Il est notoire que d’autre praticiens ont eux aussi contribué au développement de la discipline en France… à commencer par Christian Raffault qui, en créant son entreprise en 1973, non seulement propose une alternative probante, mais accompagnera également nombre de générations de jeunes thanatopracteurs tout au long de leur cursus.

Nous pourrions également parler de Bernard J Lane, de Paul Clerc ou d’Huguette Amarger, qui, eux aussi, ont joué des rôles prépondérants dans l’histoire moderne de la thanatopraxie. Vous savez, j’ai fait de l’histoire de l’embaumement l’une de mes spécialités. C’est une discipline qui impose l’objectivité… Nier certains faits ou certains acteurs reviendrait à nier la réalité historique. Dès lors, mon travail et ma contribution à cet ouvrage n’auraient plus aucun sens.

Pour terminer, je vais évoquer le contenu que nous a imposé la crise sanitaire. Nous abordons la gestion de corps en situation de crise, le respect de gestes barrières ou de pratiques spécifiques, la nécessité du port des EPI et l’utilité de chaque protection, etc. En revanche, comme je l’ai dit plus tôt, l’absence d’une rubrique relative à la conformité des laboratoires et autres salles techniques est volontaire, et ce, pour plusieurs raisons.

En l’état actuel des choses, ce thème est sujet à polémique, et pour cause… Nombre de données restent encore très floues, et la nécessité de préciser le cadre réglementaire laisse à supposer que les choses devraient évoluer très prochainement. Les audits engagés en sont les signes avant-coureurs. D’autre part, aborder dans notre ouvrage un sujet tel que celui-ci pourrait faire qu’il soit abordé, dans le futur, lors de l’examen de thanatopraxie, et, là encore, le flou qui entoure certains aspect réglementaires pourrait être dangereux pour les étudiants.

Nous sommes bien conscients qu’il s’agit là d’un point névralgique dans la pratique de la thanatopraxie, aussi, nous projetons, sans doute, de l’aborder avec beaucoup de rigueur dans la 4e édition, une fois que les nombreuses zones d’ombre se seront éclaircies. Pour autant, il nous semblait, à Elsevier Masson, à feu Michel Guénanten, à Michel Durigon et à moi-même, que, pour la formation optimum d’un thanatopracteur, ce sujet ne constituait pas, pour l’heure, un incontournable. De plus, dans notre volonté de produire un manuel pédagogique, exhaustif et fédérateur, le potentiel mis en défaut de tel ou tel professionnel n’avait pas voix au chapitre… nous laissons ce rôle aux organismes de contrôle.

R : Merci pour ces quelques précisions. Toujours concernant l’histoire de l’embaument, votre approche tend à casser un aspect que l’on pourrait qualifier de mystique, et replacer cette discipline dans son contexte scientifique originel… n’est-ce pas ?

ND : Absolument ! On entend tout et n’importe quoi au sujet de la thanatopraxie. Tout ce qui touchait à son histoire, il y a encore quelques années, relevait purement et simplement du mythe ou de la croyance collective, car personne ne s’était réellement penché sur la question. Je m’y suis attelé par passion et par curiosité. Cela a été un travail long et fastidieux, ne serait-ce que rechercher, collecter, vérifier et valider les informations, les dates, les praticiens, les techniques, et j’en passe… Sans compter que certains mythes on la vie dure. Prenez l’histoire du docteur Baudriant, qui aurait embaumé Gambetta à l’aide du formol.

La réalité historique est tout autre… Léon Gambetta n’a jamais été embaumé au formol, mais avec un fluide à base de chlorure de zinc, le docteur Baudriant n’a jamais existé, et il s’agirait en réalité de l’embaumeur Baudiau qui, dans les faits, n’aurait pas vraiment participé aux soins, ceux-ci ayant en réalité été réalisés par Talrich. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Pendant des années, l’histoire de l’embaumement s’est appuyée, non pas sur des archives fiables, mais sur de la documentation secondaire telle que des coupures de presse pour le moins imprécises, voire des rumeurs. Il n’était plus alors question de retranscriptions, mais… d’interprétations. C’était là tout le problème.

Outre mon côté passionné et ma volonté d’être, d’un point de vue historique, le plus objectif possible quant à la thanatopraxie, je dois vous avouer une part de militantisme vis-à-vis de celle-ci. Je voulais replacer cette discipline dans son contexte. Elle fait partie d’un tissu économique, social, historique, européen très fort. Contrairement aux idées reçues, ne devient pas thanatopracteur qui veut. Un bon praticien doit s’inspirer de ses prédécesseurs et de l’histoire de sa profession, mais aussi et surtout, il adhère à une éthique, pour lui, pour ses prescripteurs et "in fine", pour les familles.

Comme vous l’avez certainement compris, ma contribution à cet ouvrage, notamment pour ce qui est de l’aspect historique de l’embaumement, vise à redonner ses lettres de noblesse à un métier souvent décrié et/ou décrédibilisé à tort. Au travers de cette démarche, j’enjoins les étudiant à se respecter, à respecter leurs pairs, mais aussi et surtout à respecter leur future profession. Idem pour les actifs.

Cette attitude et cette reconnaissance sont cruciales pour la thanatopraxie de demain.

R : Mais encore…

ND : Nous entamons là un tout autre débat, extérieur à la promotion du "Pratique de la thanatopraxie" et qui pourtant lui est directement lié. Sans trop m’étendre, nous savons tous que la thanatopraxie est confrontée à de multiples problèmes, à commencer par le nombre de ses praticiens en activité. Pas que nous manquions de professionnels, mais 700 thanatopracteurs, ce n’est pas suffisant pour peser dans la balance lors des discussions de branche. Ça l’est encore moins quand les représentants de cette discipline ont toutes les difficultés du monde à se fédérer pour parler d’une seule et même voix ou tout simplement pour se défendre.

En cause, certainement cette génération pionnière qui a tant fait pour ce métier en matière de développement, de démocratisation, de techniques ou de produits, mais qui l’aura également énormément desservie dans son positionnement officiel et institutionnel de part des conflits d’ego hors normes. La plupart de ces pionniers était des "self made man"… on ne peut décemment pas leur en tenir rigueur au vu du chemin parcouru. En revanche, c’est aux jeunes pousses de renouveler leur profession et de lui offrir la vitrine qui lui revient.

Toilettes, soins de conservation ou encore thanatoplastie sont autant de compétences qui font partie intégrante de la thanatopraxie, et toutes sont là pour aider les familles dans le processus de deuil.

J’ai l’intuition que nous partageons cette même conviction… l’avenir, le renouvellement et la pérennisation d’un métier quel qu’il soit trouvent son terreau dans la connaissance et la formation de ses futurs acteurs. C’est exactement l’objectif que nous souhaitons atteindre avec la 3e édition de cet ouvrage.
Merci pour ce moment.
 
Steve La Richarderie

Résonance n° 171 - Juin 2021

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