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Nouvelle venue dans le monde du funéraire, Alèxe Duvaut débute une thèse en science politique à Sciences Po Bordeaux sous la direction des chercheurs Pascale Trompette et Andy Smith, respectivement au CNRS laboratoire PACTE et au Centre Émile Durkheim. Sa recherche porte sur les politiques publiques liées à la mort. Résonance lui ouvre ses pages pour qu’elle nous parle de son travail.

Résonance : Comment avez-vous été amenée à vous intéresser à la mort et au monde funéraire ?

Alèxe Duvaut : Par ma formation en science politique, je m’intéresse aux politiques publiques, c’est-à-dire à la production des lois et réglementations et aux actions diverses des pouvoirs publics nationaux et locaux. J’ai découvert que peu de chercheurs s’étaient intéressés aux politiques liées à la gestion de la mort. Les travaux ont jusqu’à présent plutôt porté sur des politiques précises, comme les soins palliatifs, ou l’euthanasie. Il existe également des travaux nombreux en anthropologie sur les rituels. Mais finalement assez peu de réflexions sur les politiques qui encadrent la mort.

Je suis bien entourée sur cette thèse avec Pascale Trompette, que vous connaissez et qui est spécialiste du marché du funéraire, et Andy Smith, politiste spécialiste de l’étude des politiques publiques. Cette recherche propose une approche assez globale afin de répondre aux questions : Comment la mort devient problématique, un problème qui mérite une intervention publique ? De quelle façon ces problèmes sont-ils traduits ou pas, en politiques ? Quels impacts ont ces politiques sur les professionnels confrontés à la mort ?

R : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur la façon dont vous abordez cette question des politiques ? Pourquoi cet angle ?

AD : Dans la société, la manière dont est prise en charge publiquement et politiquement la mort est assez méconnue alors que c’est un phénomène universel. Pourtant, l’histoire est riche d’interventions politiques sur le sujet de la mort, avec l’implication de multiples acteurs, du funéraire, publics, privés etc. La laïcité et l’égalité furent au centre des politiques publiques issues de la Révolution. Le débat sur la question du monopole qui se déploya dans les sphères publiques, professionnelles, et politiques à la fin du XXe siècle déboucha sur la loi sur la libération du marché funéraire.

Il est nécessaire de comprendre comment certaines questions émergent, qui s’en saisit, et qui oriente la définition des politiques. La recherche permettra donc d’avoir une idée de la participation des différents professionnels, groupes, consommateurs, à la décision politique. L’épidémie montre notamment la nécessité d’une meilleure compréhension de comment sont conçues les politiques publiques, et de leurs limites en période de crise au niveau des pratiques.

R : Concrètement, comment comptez-vous travailler ? Quels professionnels allez-vous rencontrer ?

AD : La gestion de la mort fait appel à de nombreux professionnels, du secteur funéraire d’abord, mais pas uniquement. En effet, de nombreux acteurs sont concernés, à la fois dans le privé et dans le public, et au sein de différents secteurs : le funéraire, la santé, les administrations, etc. Ils dépendent souvent les uns des autres dans leur travail. Pourtant on constate certaines "fractures", entre les mondes pré et post mortem notamment avec un manque de lien entre professionnels des secteurs de la santé et du funéraire, mais aussi parfois entre les professionnels des secteurs privé et public. Ces fractures montrent la nécessité d’étudier les politiques publiques de façon plus globale.

Dans ce cadre, et avec en tête une volonté d’inclusion, j’effectuerai des entretiens avec des professionnels qui interviennent tout au long de la chaîne mortuaire (funéraires, cimetières, mairies, EHPAD, hôpitaux, politiques, religieux). Recueillir la parole d’acteurs variés est vraiment au centre de ce travail. Je souhaite également aller sur le terrain et observer le travail des professionnels afin de comprendre leurs représentations et problématiques spécifiques.

Une comparaison sera menée entre les régions Nouvelle-Aquitaine et Rhône-Alpes dans cette optique. Et bien sûr, je rencontrerai les pouvoirs publics en charge de la régulation à différentes échelles : ministérielle, régionale, départementale. Ce travail de récolte de données permettra de comprendre les enjeux locaux et nationaux et leurs imbrications.

R : Vous ne vous intéressez donc pas seulement aux lois et aux réglementations, mais également à ceux qui sont confrontés au quotidien à la mort ?

AD : En effet, et c’est un aspect fondamental de ce travail de recherche. Le but n’est pas de considérer seulement le politique du haut vers le bas. L’histoire du funéraire montre bien comment les usages au niveau local peuvent être à l’origine de législations au niveau national. Le changement en matière de politiques publiques peut émerger du local. L’enjeu de ce travail de recherche est de comprendre ce qui se joue au niveau local, au niveau national et peut-être même au niveau international.

Il est également important de comprendre quels sont les leviers que peuvent activer les différents acteurs locaux et nationaux pour influencer, ou participer à la décision politique. Finalement, les législations ont directement un impact sur les professionnels, mais il est intéressant de déterminer si des aménagements sont possibles dans la pratique, c’est-à-dire s’il existe une certaine marge de manœuvre des professionnels face aux lois et réglementations.

R : Vous avez participé au salon FUNÉRAIRE PARIS, quelles sont vos premières impressions sur ce milieu ?

AD : Très positives. J’ai été très bien reçue et j’ai découvert une communauté assez hétéroclite, mais soudée autour d’une mission commune : permettre des funérailles dignes aux individus. La méconnaissance du grand public de ce secteur semble aussi grande que la connaissance et la réflexivité des professionnels sont profondes. Les premiers échanges que j’ai pu avoir étaient en effet particulièrement riches. Il semble donc important de collecter ces points de vue et regards singuliers qui permettraient assurément d’éclairer les décisions politiques et de comprendre la fabrique collective de l’action publique de la mort.
 
Steve La Richarderie

Résonance numéro spécial n°13 - Décembre 2021

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