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Je ne crois que ce que je vois ?

Nous connaissons tous la célèbre phrase attribuée à Saint-Thomas d’Aquin : "Je ne crois que ce que je vois." À l’heure des événements tragiques d’Ukraine où le combat des images se veut aussi farouche que les combats des armées en présence, la guerre de l’information oppose les belligérants, mais également les pays de l’Union européenne. Il y a quelques jours, nous avons découvert une vidéo montrant, avec un réalisme saisissant, la ville de Paris bombardée par des missiles.

Cette séquence avait pour but de convaincre que ce conflit pourrait très bien trouver une extension sur le territoire de l’UE… avec ce message adressé aux millions de Saint-Thomas européens que nous sommes. Croire ou ne pas croire la véracité des images est un authentique sujet. Cette réflexion nous appelle bien sûr à d’autres considérations. L’afflux des réfugiés ukrainiens pose d’évidents problèmes matériels en termes d’accueil, mais pas que… La douleur du deuil est présente dans les âmes des populations sur les routes de l’exil. Deuil de sa maison, de sa patrie, de ses proches restés pour combattre, des victimes du conflit, blessés ou défunts… L’affliction de l’arrachement s’imprime durablement dans les consciences.

Nous devons admettre que notre vision du monde peut être altérée par nos croyances ou par ce que nous voulons croire. Le climat de sidération, consécutif aux premières heures du conflit, a vite été supplanté par une posture manichéenne réactive à l’agression de ce qui est qualifié "d’empire du mal". La propagande de tous bords altère donc significativement notre raisonnement, aussi restons concentrés sur ce qui nous semble essentiel : aider les populations en exil à trouver refuge et sécurité sur notre territoire, mais également apporter le soutien psychologique indispensable à toutes et tous qui resteront marqués à vie par cette tragédie.

Concernant ceux qui ont perdu un membre de leur famille dans les combats, qui n’ont pu se recueillir sur une sépulture et acter la séparation, nous sommes bien placés pour savoir que cette fracture émotionnelle subie est une bombe à retardement dont les effets se manifesteront à court ou moyen terme. Alors, que faire ? Libérer la parole est indispensable, trouver les justes canaux de communication avec une langue étrangère peu pratiquée en France est l’un des défis à relever, mais nous avons la capacité de mettre en œuvre les moyens matériels et humains, chacun à notre mesure, pour apporter le réconfort nécessaire à ces femmes et enfants, personnes âgées, qui trouveront asile sur notre sol. Ce conflit peut augurer d’un bouleversement mondial de grande échelle et de long terme. La solidarité affichée dès les premières heures ne doit donc pas s’émousser avec le temps, mais bien être une prise de conscience universelle solidaire, pragmatique et sincère.

Ces événements doivent nous rappeler que nous sommes vulnérables en tous points. Ne faisons donc pas le deuil de nos consciences et inscrivons-nous sans attendre dans cet élan généreux et sensible d’aide et de soutien solidaire, matériel et surtout moral, auprès de celles et ceux qui souffrent et qui doivent supporter l’absence de leurs proches mobilisés dans la défense de leur patrie et dont beaucoup ne reviendront pas. Ne pas savoir, ne pas voir, ne pas pouvoir effectuer cette ultime séparation est une douleur envahissante, persistante et durable qui impacte les générations, porteuse potentielle de haine, de celle qui sème les germes des futurs conflits. Seule la parole libère, seule l’écoute et le partage peuvent tenter de soigner ces plaies béantes… C’est pourquoi notre action est essentielle.

De nombreux mouvements spontanés de notre profession répondent déjà aux besoins les plus urgents. À nous d’entretenir la flamme de la solidarité humaine, sans distinction de culture, de religion, d’origine. "La différence nous enrichit", souligne Saint-Exupéry, voici une opportunité de démontrer qui nous sommes réellement. Nous nous devons de pas laisser passer ce rendez-vous d’humanité et de solidarité.
 
Steve La Richarderie
Rédacteur en chef

Instances fédérales nationales et internationales :

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