En octobre dernier, le Syndicat Intercommunal Funéraire de la Région Parisienne (SIFUREP) organisait la 4e édition de son colloque funéraire sur le thème "Valoriser les cimetières, lieux de sociabilité ouverts sur la ville". Les débats et témoignages ont montré que les cimetières remplissent aujourd’hui une fonction sociale comme lieu de recueillement et représentent également un véritable enjeu urbain et environnemental.
Le mot de Carinne Juste, présidente du SIFUREP

"La 4e édition de notre colloque est le résultat d’un partenariat initié avec la Ville de Paris. Je tiens à remercier Mme Fabienne Giboudeaux, maire adjointe, chargée des espaces verts de la ville de Paris, pour cette collaboration qui constitue, comme elle l’a elle-même souligné, "une petite pierre à la construction de la politique métropolitaine". Les cimetières se trouvent désormais au cœur des projets urbains et méritent toute notre attention. Ce sont avant tout des lieux de recueillement et de rassemblement. Reflet de notre communauté, renfermant un héritage patrimonial, artistique et social, ils accueillent de nombreuses familles et visiteurs lors des obsèques ou des fêtes de la Toussaint. De nouveaux usages s’y développent (promenade, visites à thèmes, lieux touristiques) et de nouveaux équipements sont créés pour répondre aux évolutions de la société et aux demandes nouvelles de nos concitoyens (espaces de cérémonie, jardins du souvenir, columbariums...). De nouveaux modes de gestion y sont également mis en place pour favoriser la biodiversité. Ces espaces sont souvent dotés d’une flore d’une richesse inhabituelle en ville et d’une faune qui vient y trouver refuge, face à la pression urbaine. Nombreux ont été les exemples donnés lors du colloque pour aider les communes adhérentes du SIFUREP à gérer ces cohabitations nouvelles en garantissant un service public de qualité. Le colloque a permis un échange sur ces pratiques. Je remercie, à cet égard, M. Philippe Jacob, responsable du plan biodiversité de la ville de Paris, M. Pascal-Hervé Daniel, responsable du service des cimetières de la capitale, M. Marc Houdon, responsable des activités funéraires de la ville d’Angers, M. Bernard Cavalié, paysagiste à l’Atelier de l’Île, ainsi que M. Patrick Suiro, membre du CORIF, d’avoir alimenté nos réflexions. Je remercie également M. Frédéric Bertrand, architecte et urbaniste, de l’Atelier Parisien d’Urbanisme (APUR), qui nous a permis de regarder différemment nos territoires. La centrale d’achat que met en place le SIFUREP sera un outil précieux pour les communes qui souhaitent passer à l’action. Je remercie enfin Mme Danielle Tartakowsky et M. Régis Bertrand qui ont mis en lumière la fonction historique et sociale des cimetières. Comme l’a montré ce colloque, toutes les dimensions que revêtent nos établissements en font des lieux précieux pour notre patrimoine culturel et environnemental que le SIFUREP entend continuer à défendre à vos côtés."

Carinne Juste

Le mot de Fabienne Giboudeaux, maire-adjointe chargée des espaces verts à la Ville de Paris

"Co-organisé avec la ville de Paris, ce colloque entend apporter sa pierre à la construction de la politique métropolitaine. En effet, les cimetières doivent y contribuer largement car ils occupent une place importante dans nos villes et ils sont de plus en plus nombreux à être situés au cœur des projets urbains. La Ville de Paris met déjà en place cette politique métropolitaine dans les nombreux cimetières extra-muros.
Paris Métropole nous incite à poser un nouveau regard sur les cimetières et à nous interroger sur la mise en place de ces opérations d’aménagement afin de mieux répondre aux attentes et aux demandes de la population. Face à la densification urbaine autour de Paris, de quelle manière les transports publics vont-ils, par exemple, s’insérer dans ce tissu ?
On reconnaît aujourd’hui les services "écologiques" rendus par les cimetières en ce qui concerne aussi bien les questions climatiques, grâce aux îlots de fraîcheur qu’ils représentent, que les questions de biodiversité, de par leur patrimoine arboré très riche. Les Parisiens sont d’ailleurs sensibles à cette richesse. Les nouveaux usages des cimetières en tant que lieux de promenade nous interrogent également sur la place sociétale qu’ils occupent aujourd’hui. Nous avons besoin de l’éclairage des sociologues pour nous accompagner dans ces nouvelles politiques. Les cimetières ne doivent pas être des espaces publics oubliés.
J’espère que cette matinée aura contribué à créer de nouveaux projets, de concert avec les acteurs du SIFUREP, et qu’elle va nous permettre d’accomplir un travail en commun intéressant du point de vue sociétal et environnemental."

Fabienne Giboudeaux

Les cimetières : ambassadeurs de la biodiversité en milieu urbain

Même en ville, la nature rend d’inestimables services à l’homme. Rassemblant près de 20 % de l’ensemble des arbres de la capitale, les cimetières constituent un élément incontournable en faveur de la biodiversité.

Comme le rappelle Philippe Jacob, responsable du plan biodiversité à la Ville de Paris, "les espaces verts répondent aux besoins de la population en atténuant la température, particularité bien appréciable en période de canicule et en assimilant, grâce à la présence des végétaux, une partie de la pollution, inhérente aux métropoles". Parmi les espaces verts, il faut englober les cimetières qui sont également des lieux de promenade pour la population urbaine.

Avec un peu plus de 30 000 arbres, les cimetières parisiens, intra et extra-muros, représentent environ 20 % de l’ensemble des arbres de Paris (hors bois), proportion comparable à celle des parcs et jardins de la capitale…
La nature en ville contribue, en outre, à la promotion de la biodiversité. C’est lors de la conférence des Nations Unies sur l’environnement et le développement, plus connue sous le nom de Sommet de Rio(1), qu’a été définie la diversité biologique. Il s’agit de la variabilité des organismes vivants qui constituent la vie sur terre, depuis le niveau des gènes (diversité génétique) et des espèces (diversité spécifique), jusqu’à celui des écosystèmes (diversité écologique). "Une nature vivante doit prendre en compte ces différentes notions qui donnent naissance au tissu de notre planète, quelques mètres au-dessous et au-dessus de la terre", souligne Philippe Jacob. Or, la biodiversité est aujourd’hui menacée par trois facteurs principaux.

"D’abord, les habitats naturels et semi-naturels s’amenuisent. Ensuite, la fragmentation de l’espace entraîne un morcellement des milieux et donc une baisse du nombre d’espèces et un affaiblissement génétique des populations. Enfin, la pression de l’homme laisse peu de chances aux espèces fragiles tandis que les espèces généralistes pullulent." Après Rio, un plan stratégique décennal a été adopté en oct. 2010 à Nagoya au Japon, suivi, deux mois plus tard, de la Convention des Nations Unies pour la diversité biologique. Lors de ce sommet, les États du monde entier ont souligné l’importance majeure de la biodiversité en ville. "Ils ont acté une plateforme intergouvernementale qui mobilise tous les scientifiques en faveur de la biodiversité." En France, cette démarche s’est traduite par la stratégie pour la diversité, votée pour les dix prochaines années, en mai 2011. Selon Philippe Jacob, dans ce cadre, les établissements funéraires offrent trois avantages bien spécifiques pour mener une politique fructueuse. "Ces espaces de pleine terre sont gérés par les communes et sont donc inaliénables. Ce sont aussi de véritables milieux de vie, assez proches de ceux d’une forêt comme Fontainebleau. Enfin, on peut y trouver des espèces relativement rares. Ainsi, les zones boisées, les pelouses, les massifs, les allées et les tombes abritent quelque 310 espèces animales et végétales autochtones ou naturalisées, c’est-à-dire d’origine exotique qui se sont adaptées, répertoriées par la Direction des Espaces verts et de l’Environnement et le Muséum National d’Histoire Naturelle. Parmi elles, figurent deux espèces régionales végétales protégées, l’orpin de Bologne (une plante de la famille des sedums sexangulare) et la renoncule à petites fleurs." En ce qui concerne la faune, le Centre Ornithologique d’Île-de-France, le CORIF, a recensé 25 espèces d’oiseaux nicheurs au cimetière du Père-Lachaise qui, avec ses 44 ha, est le plus grand espace vert parisien intra-muros. Au même endroit, pas moins de 264 espèces de coléoptères ont aussi été répertoriées.
Le développement de la biodiversité peut attirer des animaux responsables, parfois, de dégâts dans les cimetières. À Pantin, une fouine ayant la malheureuse habitude de détruire, durant la nuit, les plantations des jardiniers, a été attrapée puis déportée à l’extérieur de l’établissement. Cependant la présence des fouines n’est pas toujours indésirable. Dans d’autres cimetières, comme au Père-Lachaise, où les fouines sont très nombreuses, des détériorations semblables n’ont pas été constatées.

Une cohabitation harmonieuse avec... les renards

Face à la pression urbaine, les animaux viennent trouver refuge dans les cimetières. C’est le cas à Thiais où la réorganisation des friches environnantes a conduit 5 renards à s’y installer... Une information a alors été délivrée aux familles et notamment à la communauté asiatique, très présente sur le territoire, qui, traditionnellement, dépose des offrandes alimentaires sur les tombes à l’occasion de la fête des âmes errantes. L’arrivée des renards y a été très bien accueillie par tous et plus particulièrement par cette communauté pour qui les renards symbolisent la protection de l’âme des femmes défuntes.
 
Quand les cimetières deviennent des lieux de visite pour les amateurs d’oiseaux

Une fois par mois, 5 ou 6 personnes s’équipent de jumelles pour admirer, dans la plus grande discrétion, les nombreuses espèces d’oiseaux qui ont élu domicile au cimetière du Père-Lachaise. Ces visites sont organisées sous la houlette du Centre Ornithologique d’Île-de-France, le CORIF. Patrick Suiro, membre de l’association, explique que "en avril, on peut découvrir 25 espèces d’oiseaux, jusqu’à 35 en décembre, qui ont réinvesti le milieu grâce à la présence nouvelle des herbes sauvages...". Le CORIF sensibilise les Franciliens à la richesse naturaliste d’autres cimetières, comme ceux de Bagneux, de Thiais ou de Pantin. Une initiative que l’association est tout a fait disposée à reproduire dans d’autres établissements funéraires, si leurs gestionnaires en expriment le souhait.
CORIF, Île-de-France,
Tél. : 01 48 60 13 00,
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Déclinaison du plan biodiversité dans les cimetières

Le cimetière occupe une place de choix dans le plan pour la préservation et le renforcement de la biodiversité à Paris. Fruit d’une démarche participative, ce plan a été voté en novembre dernier au conseil municipal.

Pour la préparation de son plan, initié en 2010, à l’occasion de l’année internationale de la biodiversité, la ville de Paris a décidé de consulter citoyens, associations, scientifiques, élus et entreprises. "La municipalité a estimé qu’il fallait mettre de la synergie dans toutes ses actions, d’où cette dynamique participative", rappelle Philippe Jacob.

Dans ce cadre, des ateliers de terrain ont été mis en place. "Dès le début, la ville a voulu souligner le rôle majeur des cimetières" en retenant, parmi quatre sites pilotes, un établissement funéraire. Outre les canaux et alentour (19e arrondissement), le bois de Vincennes/Bercy-Charenton (12e arrondissement), les berges de la Seine dans le bois de Boulogne (16e arrondissement), le cimetière du Père-Lachaise et alentour (11e et 20e arrondissements) ont ainsi fait l’objet d’une étude particulière lors de ces ateliers. Au terme de cette étape, a été rédigé un Livre blanc dans lequel quatre-vingt-quinze actions ont été proposées. De ces suggestions, trente actions ont été retenues et répondent aux trois objectifs majeurs du plan.

"Le premier objectif consiste à renforcer les continuités écologiques", souligne Philippe Jacob. Il s’agit de fluidifier les liaisons entre les zones vitales pour la biodiversité (les bois), les zones tampons ou de développement et les corridors écologiques (la petite ceinture et, bien sûr, les cimetières) pour que les espèces animales et végétales circulent, s’alimentent et se reproduisent plus facilement. On parle aussi de trames vertes et bleues, outil d’aménagement défendu par le Grenelle de l’Environnement pour reconstituer un réseau écologique cohérent à l’échelle du territoire national. "Les grands cimetières intra et extra-muros, comme le Père-Lachaise, mais aussi ceux de Bagneux, Ivry, La Chapelle, Pantin, Saint-Ouen et Thiais, doivent être considérés comme un élément majeur de la trame verte", insiste Philippe Jacob. Pour cela, la première action du plan consiste à participer à l’élaboration du Schéma Régional de Cohérence Écologique d’Île-de-France(2), élaboré conjointement par l’État et la Région d’ici fin 2012 et qui vise, notamment, à identifier les trames vertes et bleues à l’échelle régionale.

Pour atteindre ce premier objectif, plusieurs expérimentations sont en cours dans les cimetières parisiens. Ainsi, à Pantin, les cheminements entre les sépultures ont été végétalisés "en conciliant les impératifs de sécurité et de confort des usagers et les objectifs de continuité écologique". Le SIFUREP va, en outre, lancer une étude sur les emprises mêmes des sépultures et leur gestion : matériaux, techniques de végétalisation, entretien, alternative au granit poli.

Le deuxième enjeu du plan vise à mieux intégrer la biodiversité dans le développement durable de Paris. "Les cimetières parisiens représentent un potentiel de végétalisation important, avec leurs 421 ha de superficie globale. Des aménagements doivent être mis en place pour gérer ces espaces en fonction de la biodiversité." Ainsi, le plan vise à réintroduire des espèces régionales dans la gamme des végétaux plantés, à ménager des espaces refuges sur l’ensemble du territoire parisien et aussi à adapter l’éclairage urbain à la biodiversité. De manière générale, les améliorations qui peuvent être apportées ne nécessitent pas de moyens considérables. "Les espaces offrent un énorme potentiel, rappelle Philippe Jacob. Il suffit d’installer quelques haies ou quelques massifs pour accroître la biodiversité..."
Là encore, des expérimentations sont menées dans les cimetières parisiens. À titre d’exemple, des espaces refuges d’évolution naturelle (nichoirs à oiseaux, gîtes à abeilles et guêpes solitaires, abris à hérissons...) ont été créés au cimetière du Père-Lachaise puis se sont propagés dans plusieurs cimetières. D’autres initiatives sont au programme, comme la limitation et le contrôle de la circulation automobile, la poursuite de la perméabilisation des sols, la diversification des haies végétales ou encore la diminution de l’emploi des désherbants... Entre 1998 et 2011, l’utilisation des produits phytosanitaires (désherbants, mais aussi anti-germinatifs, engrais...) a déjà été réduite de 87 % dans les cimetières parisiens, notamment grâce à l’implication des personnels formés aux nouvelles techniques d’entretien.
Enfin, le troisième enjeu du plan consiste à développer et à fédérer la connaissance et à porter ensuite les messages auprès du public. "Toutes ces démarches doivent être accompagnées d’actions de sensibilisation et de participation à un certain nombre de protocoles." Un observatoire de la biodiversité a été mis en place. Un inventaire des chauves-souris, habituées des cimetières, a par exemple été réalisé avec le concours du Muséum National d’Histoire Naturelle. Dans ce domaine encore, les personnels sont appelés à jouer un rôle majeur d’information auprès des visiteurs.

Penser à communiquer

"Il n’y a eu aucune réaction négative du public. Quand vous avez du vert sur l’ensemble des carrés, la transformation est tout à fait acceptée...". Cependant, Marc Houdon, responsable des activités funéraires de la ville d’Angers, insiste sur la nécessité d’accompagner de telles politiques de communication vis-à-vis des usagers. "Il faut expliquer que les herbes spontanées ne sont pas un défaut d’entretien mais le symbole de sols sains sans produit toxique."

Pascal-Hervé Daniel, responsable du service des cimetières de la ville de Paris, note qu’il faudrait aussi expliquer aux usagers comment entretenir leurs sépultures sans utiliser de produits toxiques.

Des zones de biodiversité dans les cimetières parisiens

Sans attendre l’application du plan, la ville de Paris a décidé, dès 2012, de créer dans tous ses cimetières des zones de biodiversité, c’est-à-dire des espaces où l’intervention humaine est réduite au maximum. Ainsi, aux cimetières d’Ivry et du Père-Lachaise, une prairie est laissée à son état naturel. Au cimetière de Bagneux, ce sont les trottoirs qui sont recouverts d’herbe.
En collaboration avec l’Agence de l’Écologie Urbaine, l’évolution de la biodiversité est étudiée dans ces zones. Déjà, des pousses naturelles de fleurs rares comme les orchidées apparaissent, notamment au cimetière de Thiais.

Le coquelicot est de retour

Grâce aux efforts de diminution des produits phytosanitaires, le coquelicot réapparaît dans les cimetières parisiens.
Un nouveau domicile pour les moyens ducs

La présence en nombre des arbres attire naturellement les oiseaux dans les cimetières. Ainsi, un hibou moyen duc a élu domicile à Thiais.

 
Cimetière d’Angers : vers le zérophyto à pas mesurés !

La ville d’Angers, déclare Marc Houdon, s’est engagée sur l’ensemble de son territoire (parcs, jardins, trottoirs, terrains de sports mais aussi cimetières) à baisser progressivement les traitements phytosanitaires, nuisibles à la biodiversité. L’objectif étant à terme, de ne plus en utiliser. "À l’occasion de l’extension du cimetière, une partie paysagère a été créée où aucun traitement n’est effectué. Pour ne pas gêner le public, nous avons installé des dalles alvéolées qui rendent les lieux plus accessibles aux fauteuils roulants et aux piétons", explique encore Marc Houdon. L’expérience a débuté il y a deux ans. Un nouveau chantier d’enherbage est en cours. Dans les parties anciennes du cimetière, où le recours au phytosanitaire a diminué de moitié, les techniciens de la ville d’Angers ont installé des tapis de sedum, une petite plante vivace qui s’accommode bien des terrains secs et rocailleux et qui limite la poussée des mauvaises herbes. Sur les bords des carrés, des massifs de vivaces simples ont été plantés, nécessitant moins d’entretien.

Étude SIFUREP/APUR : une cartographie en faveur des cimetières de la région parisienne

Les études menées par le SIFUREP et l’Atelier Parisien d’Urbanisme (APUR) auprès des communes du syndicat fournissent des éléments inédits sur la présence de la nature dans les cimetières. Des éléments à prendre en compte dans les outils d’aménagement du territoire et dans les politiques de développement de la biodiversité.

Grâce aux outils informatiques et cartographiques, le travail effectué par le SIFUREP et l’APUR en 2010, sur les 109 cimetières communaux ou intercommunaux du SIFUREP, apporte des informations inédites sur la contribution des établissements funéraires à la trame verte. Frédéric Bertrand, architecte, urbaniste, Atelier Parisien d’Urbanisme, prône leur intégration dans les documents de planification de Paris et de la région parisienne. "Désormais, nous connaissons les strates de végétation dans et à proximité des cimetières, la nature plus ou moins perméable des sols, les écarts de température et les effets possibles sur les phénomènes d’îlots de chaleur urbains, les avantages et inconvénients des différents types de clôtures. De telles informations permettent de regarder différemment nos territoires, de définir des principes d’aménagement favorables au développement de la nature en ville."

À partir de ces études, des fiches thématiques ont été établies, mettant en lumière la diversité des lieux. "Ainsi, nous voyons que les cimetières de Bobigny et de Romainville se trouvent en situation inverse. Celui de Bobigny, très bien planté, apporte une vraie source de fraîcheur dans un environnement très minéral tandis qu’à Romainville, le cimetière représente une enclave chaude dans une corniche boisée. Pour le cimetière du Père-Lachaise, le phénomène de rafraîchissement se fait sentir à l’intérieur mais aussi à 100 m de profondeur à l’extérieur du cimetière. La situation est contrastée entre la partie ancienne, où les arbres sont très présents, et les territoires d’extensions, situés à l’Est et à l’Ouest, qui sont moins arborés et donc moins frais en période caniculaire."

Comment expliquer les différences de température entre les cimetières ?

Comme le montrent les cartes de température estivale, l’effet de fraîcheur est moins prononcé au cimetière de Montparnasse qu’au Père-Lachaise. Ce phénomène est dû au nombre important de surfaces imperméables dans le premier établissement (59 % de la surface de l’emprise contre 40 % au Père-Lachaise) et à la plus faible part d’arbres de plus de 10 m (40 % contre 62 %).

Ces renseignements constituent un outil précieux pour les gestionnaires des cimetières désireux d’aménager leurs établissements pour y favoriser la biodiversité et le développement durable. "Au XXe siècle, les grands cimetières extra-muros ont été construits sur une trame très rationnelle de carrés...", a rappelé Pascal-Hervé Daniel. "À l’occasion des travaux de voirie qui doivent être menés, il va falloir proposer des plans de réaménagement qui répondront à la nouvelle utilité sociétale des cimetières. Ils permettront de gagner, en moyenne, une allée sur deux pour les piétons et de limiter ainsi l’accès aux véhicules. Dans des cimetières comme ceux de Bagneux et Pantin, des allées de promenade paysagères pourront être créées sur des dizaines de kilomètres..."

Noisy-le-Grand et Magny-le-Hongre : des exemples d’intégration du cimetière dans le tissu urbain

Le cimetière de Noisy-le-Grand a fait l’objet d’extension et à Magny-le-Hongre, près de Marne-la-Vallée, c’est un nouveau cimetière qui a été construit. Dès le démarrage, l’aménagement paysager a été pris en compte et la conception des cimetières a été confiée à l’Atelier de l’Île. Dans les deux cas, les terrains concernés se situaient en pente et l’espace a, pour cette raison, été organisé en terrasses bordées de haies. "Nous avons essayé de mettre en place un dispositif limitant la partie minérale des sépultures en installant un paysage beaucoup plus végétal", a expliqué Bernard Cavalié, paysagiste, Atelier de l’Île. À Noisy-le-Grand, l’axe qui descend vers la Marne a été "mis en scène" autour d’une source d’eau créant ainsi une diversité paysagère et un cheminement attractif. L’idée était déjà d’en faire un cimetière qui serve de traversée dans la ville avec un cheminement piétonnier.

À Magny-le-Hongre, les sépultures sont limitées à des dalles horizontales et le mur a été équipé de structures métalliques permettant d’y faire pousser des plantes grimpantes qui masquent ainsi la clôture. Le mur a quand même été traité à l’ancienne avec des incrustations de pierres. "Ces aménagements datent d’une dizaine d’années, on ne parlait pas encore biodiversité" fait remarquer Bernard Cavalié. Le paysagiste se réjouit que dans le cadre de la requalification en cours dans les quartiers nord de la ville d’Asnières, la ville ait accepté que le cimetière soit intégré à la réflexion. Une porte devrait être percée pour ouvrir une allée piétonne reliant deux quartiers.

En matière de haies, d’allées et de divisions, de grandes disparités existent encore entre les réalisations qui favorisent la biodiversité et celles qui intègrent moins aisément les établissements dans leur environnement.

Les Fauvelles à Courbevoie : un réaménagement réussi

Des allées réduites de 4,50 m à 2,50 m pour y développer les plantations d’arbres, un entretien ne comportant aucun pesticide : les travaux menés au cimetière des Fauvelles à Courbevoie, le plus grand espace vert public de la ville, constituent une réussite en matière de développement durable et de biodiversité. Une réorganisation pensée, comme l’a souligné l’architecte et urbaniste, Frédéric Bertrand, dans le cadre du réaménagement général de la commune.

Paysage et patrimoine : une histoire funéraire...

Autre aspect à l’étude dans les cimetières : le patrimoine funéraire et la qualité de ses matériaux. Une richesse menacée aujourd’hui par l’uniformisation des sépultures.

Le cimetière, l’une des créations les plus extraordinaires de l’époque contemporaine, comme l’a rappelé Régis Bertrand, professeur émérite d’histoire moderne de l’université d’Aix-Marseille, a connu son âge d’or entre le second Empire et la Deuxième Guerre mondiale. "Avec le Père-Lachaise, le cimetière s’ouvre au public, les jardins funéraires se développent..." La présence de la nature invite à la méditation, symbolise le passage du temps, liant ainsi le minéral et le végétal. "L’artisanat funéraire y est stupéfiant, les tombes, gravées à la main, offrent une grande variété de formes et leurs modèles, diffusés par la gravure, franchissent l’Atlantique." Or, cet exemple fondateur, où cohabitent harmonieusement nature et architecture, est aujourd’hui menacé. "Les monuments sont devenus de plus en plus uniformes" constate Régis Bertrand. "Le paysage est en train d’évoluer" renchérit de son côté Frédéric Bertrand, architecte et urbaniste à l’APUR. "On assiste à une perte de la diversité des monuments mais aussi du végétal qui participe au sens du lieu. L’offre est préfabriquée et standardisée, avec un dispositif technique très logique où les caveaux sont bétonnés et les sols moins perméables."

Pour contrecarrer cette tendance, l’architecte de l’APUR préconise notamment une revalorisation du métier de marbrier et cite le modèle allemand dans ce domaine. Il faut réfléchir sur des principes de volumes extrêmement simples qui ne sont pas ceux que l’on connaît aujourd’hui. L’objectif consiste à préserver un héritage qui respecte à la fois le cimetière et son environnement. Autre modèle de cimetière dont on peut s’inspirer pour améliorer le paysage funéraire, celui de Zurich en Suisse. "L’organisation y est proche de celle de nos établissements, avec des sépultures en rangées, l’offre funéraire est faite d’unité et de simplicité et préserve en même temps la double tradition de la dimension collective et individuelle de la mort." En ce qui concerne les matériaux utilisés en France, Frédéric Bertrand s’interroge sur leur origine. "D’où vient la pierre ? À part le marbre de Carrare, rien ne justifie, du point de vue environnemental, qu’elle ne vienne pas de France... Il serait tout à fait possible de développer une économie locale en exploitant les matériaux issus des cimetières eux-mêmes."

Répondant aux critiques émises par les intervenants des tables rondes sur la pauvreté de l’art funéraire actuel, Philippe Caillarec, président des Établissements Rébillon, reconnaît une certaine "paresse dans la créativité...". Comme le souligne Michel Minard, conseiller du président des établissements OGF, "Certes l’expression du souvenir doit être diverse, mais la clientèle n’a plus les moyens d’y consacrer des budgets élevés". Dans ce contexte, l’équilibre entre le végétal et le minéral ne doit pas, pour autant, être rompu, alerte Philippe Caillarec. "Il ne faut pas tomber dans un excès inverse, où le végétal prédominerait, ce qui poserait des problèmes d’entretien considérable..." Plutôt qu’un "tout végétal", le président de Rébillon suggère une introduction graduée de la nature dans les cimetières. "Les gestionnaires pourraient profiter des reprises de sépultures qui se font souvent de manière désordonnée, pour planter quelques arbres plutôt que de se lancer dans des opérations très importantes et très onéreuses et qui peuvent engendrer de vrais désastres en cas de manque de personnel. Il ne faut pas devenir des intégristes du végétal !"

L’équilibre du modèle funéraire français se trouve également menacé par "les intégristes du patrimoine" comme les nomme Régis Bertrand. Dans ce domaine, il convient de faire des choix, selon le professeur d’histoire moderne, et pour cela de bien connaître auparavant les œuvres qui composent le cimetière. "Les gestionnaires doivent se faire aider par des spécialistes, comme les généalogistes et les historiens de l’art. Dans une tombe "banale" peut se cacher la sépulture d’une personne connue, localement ou nationalement. Les statues des sépultures peuvent se révéler, par ailleurs, de simples copies... Cependant, toute tombe est émouvante par définition et constitue un document pour l’histoire de l’art." Se pose alors la question du devenir des sépultures lors de leur reprise. Comment conserver ce patrimoine funéraire ?

"Les chapelles sont onéreuses, beaucoup de familles ne peuvent plus les entretenir", souligne Pascal-Hervé Daniel. Les communes sont invitées à réfléchir à la façon de conserver, à moindre coût, ce patrimoine funéraire en l’affectant à un autre usage. Un test est mené dans ce sens au cimetière du Père-Lachaise sur trois chapelles funéraires, datant du XIXe siècle, dont la concession est échue. Après restauration, elles vont être transformées et aménagées en columbarium pouvant, pour chaque chapelle, accueillir huit cases. "Cette expérience répond aussi au besoin croissant d’espace pour la crémation qui est en train de se substituer au mode traditionnel des funérailles, conclut Pascal-Hervé Daniel, elle répond donc aux besoins de la ville et permet, en même temps, de conserver le patrimoine des chapelles."

Les cimetières comme lieux de rassemblements socioculturels dans la cité

Lieu de recueillement et d’accompagnement, désormais destination de promenade familiale, le cimetière revêt également une fonction sociale. Il devient ainsi le témoin d’un patrimoine identitaire et culturel.

Rassemblements publics, poses de plaques commémoratives, manifestations du souvenir : au milieu des tombes familiales et individuelles, le cimetière peut créer un espace collectif. Danielle Tartakowsky, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris VIII et spécialiste des mouvements de rue, s’est intéressée à ce sujet dans un livre consacré au cimetière du Père-Lachaise Nous irons chanter sur vos tombes. Elle prépare un article pour la revue d’histoire sociale, Le mouvement social, en collaboration avec Emmanuel Bellanger, auteur du livre La mort, une affaire publique, qui retrace les grandes étapes de l’histoire du SIFUREP.

Le Père-Lachaise a été particulièrement étudié par Danielle Tartakowsky, qui s’est attachée à "comprendre comment et pourquoi, dans certaines circonstances, des associations sont amenées à s’approprier le cimetière pour y célébrer des hommages, parfois politiques, pour recréer du collectif comme tel est le cas pour le mur des Fédérés ou à travers l’association pour la défense des monuments napoléoniens du Père-Lachaise". Le phénomène n’est pas propre à ce cimetière. D’autres établissements funéraires ont également leurs panthéons ouvriers, leurs lieux d’hommage aux disparus socialistes ou communistes, leurs monuments de la déportation, objets de nombreuses visites. "Nous avons affaire à des libres-penseurs, des exilés qui ont à retrouver du sens, à reconstruire une sacralité d’un autre genre." À l’étranger, des manifestations identiques se reproduisent, comme à Londres où est enterré Karl Marx, ou à Chicago autour des tombes des anarchistes pendus en 1886. "Il s’agit de saints laïcs, de martyrs, des héros qui créent des rassemblements pesant fortement dans l’organisation du cimetière et qui n’ont pas été prévus par ses règlements." Grâce à leurs épitaphes, ces monuments deviennent de véritables sources d’histoire. Les cimetières ont encore beaucoup à nous apprendre. "Nous en sommes au tout début du repérage de ce phénomène de construction sociale..."

 
Intégrer la route européenne des cimetières...


Une route européenne des cimetières voit le jour. L’idée émane de l’ASCE (Association of Significant Cemeteries in Europe) créée en 2001. Cette association, qui compte aujourd’hui 118 membres représentant 22 pays et 98 villes, œuvre pour le développement de la coopération en matière de conservation et de mise en valeur du patrimoine funéraire, encore trop méconnu. Conçu sur le modèle des différentes routes culturelles, comme celle de la soie ou encore les chemins de Compostelle, ce projet a été accueilli très favorablement par les institutions culturelles car le thème est, à la fois, universel et fédérateur, dans le respect des diverses traditions en matière funéraire. Au 15 sept. dernier, 18 pays, 44 villes et 54 cimetières ont adhéré au projet destiné à valoriser l’héritage culturel, historique et social des cimetières. Paris est la première ville française engagée dans ce projet. Strasbourg et Sète vont très bientôt lui emboîter le pas. Le SIFUREP pourrait intégrer l’association pour aider à la mise en valeur des cimetières des villes adhérentes qui le souhaitent.


" L’essentiel...

- Les espaces verts présents dans les cimetières atténuent la température en assimilant grâce aux végétaux, une partie de la pollution ;
- les cimetières sont de véritables milieux de vie participant au développement de la biodiversité. Ils regorgent d’espèces faunistiques et floristiques rares ou protégées. Ils participent donc à la reconstruction d’un réseau écologique cohérent sur le territoire national ;
- des expérimentations sont menées dans plusieurs cimetières intra et extra-muros afin de renforcer davantage les trames vertes et bleues : réintroduction d’espèces végétales régionales rares ou protégées (coquelicot, orchidées, renoncule à petites fleurs...) création d’espaces refuges d’évolution naturelle pour animaux (oiseaux comme le hibou "moyen duc", chauves-souris, renards...) ;
- toutes les démarches favorisant le développement de la biodiversité doivent être accompagnées d’actions de sensibilisation et d’information auprès des visiteurs ;
- le cimetière occupe également une fonction sociale et historique. En plus d’être un lieu de promenade il devient le témoin d’un patrimoine identitaire architectural et culturel à travers, notamment, les cérémonies commémoratives.

... en chiffres " :

- Avec plus de 30 000 arbres, les cimetières parisiens, intra et extra-muros, représentent environ 20 % de l’ensemble des arbres de Paris (hors bois) ;
- les zones boisées, les pelouses, les massifs, les allées et les tombes abritent quelque 310 espèces animales et végétales autochtones ou naturalisées ;
- entre 1998 et 2011, l’utilisation des produits phytosanitaires a déjà été réduite de 87 % dans les cimetières parisiens ;
- les cimetières parisiens représentent un potentiel de végétalisation important : plus de 421 ha de superficie globale et 25 km de murs de clôture, 100 km de voiries et de trottoirs et plus de 150 bâtiments de tous ordres.
 
 
SIFUREP : Une centrale d’achat pour répondre aux besoins des collectivités adhérentes

Le SIFUREP crée une centrale d’achat à destination des communes adhérentes afin de les aider à aménager et entretenir leurs cimetières. Cette centrale assurera la passation et la signature des marchés de services, fournitures et travaux pour le compte des collectivités membres.

Les marchés concernent :
1. Les besoins :
- en équipements mobiliers, et notamment en équipements funéraires ;
- en fourniture de plantes, d’arbres et d’arbustes et prestations associées.

2. L’entretien des cimetières :
- prestations d’entretien des espaces verts.

3. La gestion des cimetières :
- prestations et travaux de reprise de concession ;
- logiciels de gestion de cimetière ;
- acquisition de cercueils et de reliquaires.

4. La centrale d’achat organisera également des voyages d’études sur les questions funéraires et l’aménagement des cimetières. Par ailleurs, à travers cette centrale, le SIFUREP peut également intervenir sur demandes spécifiques de certains adhérents, en matière d’aménagement de cimetières au titre des prestations suivantes :
- assistance à maîtrise d’ouvrage ;
- maîtrise d’œuvre, contrôle technique, de SPS et tout autre marché de prestations intellectuelles liées aux travaux ;
- travaux.
Pour tous renseignements concernant la centrale d’achat du SIFUREP, vous pouvez contacter Mathieu LEGRAND, responsable du développement. Tél. 06.17.81.80.56, e-mail : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
(1) - Le sommet de Rio s’est tenu à Rio de Janeiro du 3 au 14 juin 1992 sous l’égide de l’Organisation des Nations unies. Le sommet de la Terre s’est conclu par la signature de la Déclaration de Rio.
(2) - Schéma Régional de Cohérence Écologique (SRCE) : nouveau schéma d’aménagement du territoire et de protection de certaines ressources naturelles (biodiversité, réseau écologique, habitats naturels). Le SRCE est prévu dans les Lois Grenelle I et II.

Instances fédérales nationales et internationales :

CPFM - Confédération des Professionnels du Funéraire et de la Marbrerie FFPF - Fédération Française des Pompes Funèbres UPPFP - Union du Pôle Funéraire Public CSNAF - Chambre Syndicale Nationale de l'Art Funéraire UGCF - Union des Gestionnaires de Crématoriums Français FFC - Fédération Française de Crémation EFFS - European Federation or Funeral Services FIAT-IFTA - Fédération Internationale des Associations de Thanatoloques - International Federation of Thanatologists Associations