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La crémation n’est pas une pratique funéraire récente. Elle a été pratiquée par l’homme dès qu’il a maitrisé le feu. Pendant sa période nomade l’homme ne revenait jamais au même endroit. La crémation permettait de protéger la dépouille des prédateurs et aussi de s’attacher l’esprit du défunt dans le cadre de la migration du clan. La sédentarisation s’est accompagnée du développement de l’inhumation. Crémation et inhumation cohabitent depuis longtemps mais les religions monothéistes réprouvant toutes la crémation, cette pratique funéraire a considérablement faibli. Elle a même été interdite par une ordonnance de Charlemagne. Où en est-on aujourd’hui et à quelle évolution peut-on s’attendre ?

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Maurice Abitbol, directeur
d’Obsèques Prévoyance.

Crémation et religion

Le judaïsme, le christianisme et l’islam réprouvent la crémation car elle porte atteinte à l’intégrité du corps et ne permet pas à l’âme de trouver sa place dans l’Éden.
Dans notre pays, depuis l’origine, le christianisme a imposé l’inhumation comme pratique funéraire reconnue. En 1886, et en 1892, le pape condamne par décret la pratique - et les usagers - de la crémation. L’Église n’hésite pas à priver de rite ecclésiastique les personnes qui avaient recours à la crémation. En 1889 la crémation est légalisée en France mais pendant près d’un siècle elle ne se développe pas. En 1878 les protestants l’admettent sans restriction et ce n’est qu’en 1963 que l’Église l’autorise aux catholiques.  

Évolution rapide de la crémation en France

Depuis plusieurs années on constate une augmentation du nombre de crémations. Le pourcentage de crémations par rapport au nombre total des décès est passé de 0.4 % en 1965 à plus de 33 % actuellement. Avec le nombre de projets de crématoriums en cours de réalisation et la saturation des cimetières, il faut s’attendre à ce que cette tendance à la progression se poursuive. Certains prédisent que nous dépasserons rapidement les 50 %. C’est ce que confirme un sondage qui évalue à 50 % la proportion de Français qui font pour eux le choix de la crémation. C’est d’ailleurs un taux qui est déjà effectif dans les grands centres urbains.

Ce développement de la crémation se fait au détriment de l’inhumation. Le chiffre d’affaires généré par une crémation est inférieur à celui d’une inhumation. Globalement nous pouvons estimer que l’augmentation du nombre de décès dans les années à venir ne s’accompagnera pas d’une même augmentation du chiffre d’affaires car elle sera en grande partie absorbée par un transfert de l’inhumation vers la crémation.
Il y a en France 167 crématoriums, 75 % de ces établissements sont gérés en délégation de service public. En 2018 l’arrêté précisant les quantités maximales de polluants autorisées entrera en application et contraindra les établissements à moderniser leurs installations pour respecter les nouvelles normes. Le coût de la filtration représente le double du coût du four sans compter le coût de l’agrandissement des bâtiments souvent nécessaire. En conséquence il faut s’attendre à une augmentation des tarifs de crémation.

Les raisons du développement de la crémation

Le choix d’une pratique funéraire dépend en grande partie de la culture des personnes concernées, culture entendue au sens anthropologique du terme à savoir système de valeurs, conception du monde et des rapports aux autres, action sur le monde, en un mot tout ce qui concerne l’humain et son environnement.
Dès lors nous pouvons comprendre que les religions ont joué un rôle déterminant dans le choix de cette pratique. Dans un pays majoritairement catholique comme la France la crémation n’a commencé son accroissement que lorsque l’Église a levé son interdiction. Et ce avec un certain décalage le temps que le changement de position soit assimilé par le plus grand nombre. Il n’en reste pas moins que l’Église continue à privilégier l’enterrement et préfère l’inhumation de l’urne à la dispersion des cendres. Parallèlement la désaffection vis-à-vis des pratiques religieuses a été un facteur d’accélération du développement de cette pratique funéraire.

D’autres motivations interviennent dans ce choix

Tout d’abord une motivation philosophique défendue par le mouvement crématiste qui met en avant la liberté de choix de son mode d’obsèques, la laïcité c’est-à-dire le respect des convictions philosophiques, religieuses ou non du défunt, la dignité qui implique un comportement décent envers le défunt et ses proches. Certains invoquent une motivation écologique, la crémation étant réputée plus propre (destruction des germes) et moins polluante ce qui n’est pas sûr dans la mesure où elle s’effectue avec de l’énergie fossile.

D’autres soulignent l’aspect économique avec le souci d’éviter l’extension des cimetières et le coût de la crémation qui reste inférieur au coût de l’inhumation, ce qui ne se vérifie que si elle n’est pas suivie d’une inhumation de l’urne dans une sépulture existante ou à créer. Ce dernier argument risque aussi de ne pas tenir très longtemps avec l’application des normes de rejets des effluents qui nécessite des investissements importants. En conséquence il faut s’attendre à une augmentation des tarifs de crémation. Enfin l’action des mairies qui ont de plus en plus de difficultés à trouver des terrains pour l’extension de leurs cimetières notamment en zone urbaine et qui de ce fait souhaitent répondre mieux à la demande de leurs concitoyens en favorisant la création de crématoriums.
Nous pourrions encore citer des arguments pour ou contre cette pratique funéraire mais nous ne pouvons que constater qu’elle est de plus en plus utilisée par les Français.

Perspectives

L’augmentation de la part de la crémation dans le nombre total des décès en France n’est pas homogène selon les régions. Elle est influencée par l’implantation des crématoriums. Le recours croissant des Français à la crémation et l’insuffisance du nombre de crématoriums avec une implantation géographique qui ne correspond pas toujours aux besoins des familles rendent nécessaire, selon un collectif de sénateurs, l’instauration d’un schéma régional des crématoriums. Le législateur envisage de mettre en place un schéma directeur d’implantation pour équilibrer l’équipement sur le territoire.

Dans un pays qui a fait le choix d’une économie libérale il nous paraît contradictoire de vouloir toujours tout réglementer. La législation depuis 2001 confie aux communes l’exclusivité de la création et de la gestion des crématoriums. Elles peuvent l’exercer en gestion directe ou en délégation de service public. Que la gestion des crématoriums reste un service public ne nous paraît pas choquant qu’ils soient gérés par le public ou par délégation par le privé à condition que l’accès pour tous soit préservé. Les municipalités sont-elles considérées comme mineures et incapables de juger de l’opportunité de créer un crématorium ? Et ce d’autant plus qu’il faut une autorisation préfectorale. Les préfets ne sont-ils pas à même de juger de cette opportunité ?

Par ailleurs nous sommes bien obligés de constater que dans certains cas de gestion privée, c’est un moyen de capter la clientèle en matière de services funéraires. Nous ne connaissons pas de cas de gestion privée de crématorium en délégation de service public qui ne s’accompagne pas de position dominante sur le terrain des services funéraires. La direction de la concurrence et des prix a fait ce constat et a énuméré les moyens utilisés pour s’imposer notamment par le choix des meilleurs créneaux horaires, pour ne citer qu’un exemple. La délégation de service public doit s’accompagner d’un contrôle sévère du respect de la concurrence sur le plan des services funéraires sinon la liberté de choix de son opérateur funéraire est un leurre. Le respect de la concurrence est à nos yeux plus important que l’adoption d’un plan d’implantation pour les crématoriums.
La création d’un crématorium dépend de trois législations :

- le Code Général des Collectivités Territoriales (CGCT) pour la réglementation en matière de services funéraires,
- le Code de l’urbanisme pour l’attribution du permis de construire,
- le Code de l’environnement pour le respect d’un certain nombre de règles environnementales sans compter la réglementation en matière de santé publique.

Très bien si l’objectif est de préserver l’intérêt général. Mais nous pouvons citer nombre de cas où cette multiplication de règles aboutit à bloquer des projets au travers d’une contestation du permis de construire, puis l’obtention d’un avis défavorable de l’enquête publique, puis d’une action au tribunal administratif pour contester l’arrêt du préfet autorisant la construction du crématorium malgré l’obtention du permis de construire et l’avis favorable de la Commission départementale de l’environnement. Nous connaissons même un cas où le permis n’a pas été contesté mais où l’arrêté préfectoral a fait l’objet d’un recours au tribunal administratif qui a mis plus de trois ans à se prononcer favorablement au projet en rejetant les arguments des riverains contestataires mais où la lourdeur administrative a entraîné la caducité du permis. Donc obligation d’introduire un nouveau permis avec la possibilité cette fois d’être contesté s’il est accordé. Plus de dix ans de démarches et procédures avant la création éventuelle du crématorium. Espérons qu’il s’agit de cas extrêmement minoritaires et que l’attitude de certains qui souhaitent toujours les inconvénients pour les autres mais pas pour eux ne soient pas facilitée par un dédale interminable de réglementations.
Enfin notons que le prix d’une crémation varie en France de 400 à 800 €. Sachant que les études montrent que la distance de 25 à 30 km est dissuasive pour le recours à la crémation il faudra à l’avenir penser plus à créer des petits crématoriums de proximité d’une capacité maximum de 1 000 crémations par an plutôt que de grosses entités de plus de 2 000 crémations par an et donc la disposition de trois fours pour faire face à la demande. Ces grosses entités sont certainement utiles dans les grands centres urbains, mais si l’on veut permettre à tous la liberté de choix de la crémation il faut envisager pour les zones non urbaines la multiplication d’installations plus modestes de proximité.

En conclusion

Les Français ont de plus en plus recours à la crémation comme pratique funéraire. Les professionnels du service funéraire doivent en tenir compte et s’adapter. Veillons à ce que ce développement ne se fasse pas au détriment de la concurrence et de la liberté de choix de son opérateur funéraire. Espérons aussi, si c’est possible dans le pays champion de la réglementation en tout genre, que la réglementation soit allégée sans pour autant sacrifier l’intérêt général à ne pas confondre avec des intérêts particuliers et locaux. Est-il acceptable que quelques dizaines de riverains déterminés empêchent un projet destiné à répondre aux besoins de 250 000 à 300 000 habitants ? Il ne s’agit de nier ni les intérêts des uns ni ceux des autres mais il faudrait faire preuve d’imagination pour trouver des procédures de dialogue et de conciliation qui permettent que des décisions rapides soient prises dans un sens ou dans l’autre et mettre fin à la guerre de tranchée.

Maurice Abitbol
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Résonance hors-série #1 - Spécial Crémation - Août 2015

 

Instances fédérales nationales et internationales :

CPFM - Confédération des Professionnels du Funéraire et de la Marbrerie FFPF - Fédération Française des Pompes Funèbres UPPFP - Union du Pôle Funéraire Public CSNAF - Chambre Syndicale Nationale de l'Art Funéraire UGCF - Union des Gestionnaires de Crématoriums Français FFC - Fédération Française de Crémation EFFS - European Federation or Funeral Services FIAT-IFTA - Fédération Internationale des Associations de Thanatoloques - International Federation of Thanatologists Associations