S’il est une source de débat passionnante dans le funéraire, c’est bien celle du cercueil en carton. Dès son apparition, il enflamma les esprits à défaut de passer "à la flamme", et nombreux furent ceux qui s’opposèrent avec force à son introduction sur le marché et dans les fours. Quelques années passent et, à force de ténacité, Pascal Défossé – A.B.P.S. Partners, son promoteur en France et au Benelux – dispose désormais d’une gamme de produits en phase adulte, performants, technologiquement aboutis et compatibles d’un point de vue environnemental. À quelques heures de la publication du décret d’application cadrant la réalisation des cercueils, le moment est à l’entretien vérité. Confession et parler-vrai…

 

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Le cercueil en carton n’est pas à proprement parler une idée neuve, elle alimente les discussions des salons funéraires depuis une bonne vingtaine d’années. Si on distingue clairement le clan des "pour" et celui des "contre", il est temps de recentrer le débat à l’aube de 2019, une période qui ne ressemble en rien à la dernière année du siècle passé, une époque de pionniers pour l’apparition de ce qui pourrait bien bouleverser quelque peu le marché du funéraire.

Résonance : Pascal Défossé, où en sommes-nous avec le cercueil en carton ?

Pascal Défossé : Vous avez raison de souligner que les années furent profitables dans l’élaboration d’un produit qualitativement homogène, très respectueux des exigences normatives environnementales, mais surtout devenu, par l’air du temps, un produit qui ne fait plus peur et qui a su résister aux différentes pressions destinées à l’écarter du choix des familles. Nous avons produit de remarquables efforts en matière de recherche et de développement, remis en cause notre chaîne de fabrication et sa localisation, mais ce qui nous a animés tient dans notre volonté de nous inscrire dans une démarche environnementale respectueuse, ce qui suppose une vigilance accrue sur nos matériaux sourcés et leur traçabilité au long de notre process de réalisation. Le dialogue fut également au cœur de cette démarche. Argumenter, convaincre, rassurer… nous ne sommes pas le diable, seulement des fabricants reconnus, des innovateurs permanents et des gestionnaires responsables. Maintenant, tout le monde a bien compris.

R : Est-ce à dire qu’aujourd’hui vous disposez de produits totalement no-vateurs ?

PD : En toute humilité, notre offre est novatrice, elle est entrée dans sa phase adulte. La composition du carton a été totalement revue, nos matériaux recyclés soigneusement sélectionnés avec une incorporation de fibres cellulosiques beaucoup plus longues. Nos produits sont tracés, ce qui nous assure une qualité constante nous permettant désormais de passer les tests normatifs de manière récurrente et avec succès, notamment la norme AFNOR NF D80-001. Du point de vue de la technologie, nous ne redoutons pas la comparaison et la concurrence sauvage qui ne manquera pas de se manifester, notamment si, libre circulation des produits en Europe oblige, le décret d’application cadrant la réalisation des cercueils débouche sur une réglementation nationale moins contraignante que le dispositif actuel ? C’est pour cela que cette recherche et ce développement s’accompagnent désormais d’une stratégie de marque. Cette synthèse et le projet qu’elle porte ont pour nom "ALTERCO".
Cette entité correspond à la fusion commerciale d’ECOCERC et, en France, en Belgique et en Suisse, du leader international LifeArt. Deux compagnies reconnues comme ayant été des partenaires clefs qui, dès l’origine, ont permis à nos produits d’être présents sur le marché. Aujourd’hui, il est temps de dépasser le simple concept de "cercueil en carton", pour créer une référence sur ce segment.

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ALTERCO devient le synonyme de haute qualité et de personnalisation, mais également un référentiel qui ne souffre pas la comparaison de pales imitations qui dévalorisent notre filière. Notre volonté a toujours été de nous inscrire dans une dynamique respectueuse de nos clients opérateurs funéraires, groupements d’achat, gestionnaires de crématoriums… et ce, par la proposition de produits conformes et éprouvés, qualitativement fiables, économiquement supportables pour les familles, et n’altérant pas la dignité indispensable aux rituels de séparation.

R : Vous imprimez une dynamique certaine à cette nouvelle filière de cercueils et vous avez des projets ambitieux en termes de production. Comment concilier le facteur économique et la proximité ?

PD : Pour ALTERCO, le cercueil en carton n’est pas qu’un débat franco-français, loin s’en faut. De nombreux pays sur les cinq continents s’inscrivent dans ce mouvement positif. Asie, Pacifique, Europe centrale et Europe de l’Ouest, Amériques… nos produits sont diffusés et adaptés en fonction des spécificités et besoins des différents marchés.

Les cercueils LifeArt sont aujourd’hui produits en Australie, en Chine et depuis 2017 au Royaume Uni dans l’usine de Gloucester qui, pour l’instant, nous approvisionne. Notre nouvelle chaîne de production de cercueils ECOCERC se situe au Vietnam. Soucieux de profiter du renforcement récent des échanges économiques et d’accroître la réciprocité commerciale entre la France et ce pays d’Asie qui a fait partie de notre histoire, nous y avons tissé des relations de confiance avec des partenaires locaux, qui se sont adaptés à nos exigences qualitatives. Quel que soit le site de production, il nous est aujourd’hui possible de tracer la fourniture des matières premières, leur composition, les inscrire dans un cahier des charges particulièrement strict, et, à notre grande satisfaction, de pouvoir compter sur des industriels qui ont parfaitement compris les enjeux économiques et environnementaux, et qui partagent sincèrement notre philosophie.

Je ne vous cache pas que nous sommes à la croisée des chemins, dans le sens où, si le développement se caractérise selon nos prévisions dans l’Hexagone, nous serons conduits à réfléchir à la création d’une nouvelle entité de production, que nous aimerions implanter sur le territoire français. Cela ne remet pas en cause les qualités de nos partenaires actuels, bien au contraire, ils se concentreront sur d’autres développements de notre Groupe de façon plus locale pour eux, assurant ainsi un service de proximité sur la zone Pacifique. Mais nous n’en sommes pas encore là, il reste encore à convaincre et à lever quelques points traditionnels de résistance du "village gaulois", des points en diminution spectaculaire par rapport au début des années 2000… La Préhistoire.

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R : Aujourd’hui, la conscience environnementale s’invite dans nos sociétés de façon spectaculaire. Quel est votre apport concret dans cette nouvelle démarche ?

PD : La recherche du meilleur coût ne doit pas prendre le pas sur la qualité de conception et les matériaux employés. Il y a des choses non négociables notamment si l’on veut garantir la sécurité des personnels funéraires et des équipements. Il est un fait que nous avons dû imposer des règles strictes à nos fabricants. Concernant les cercueils ECOCERC, nous avons changé de sous-traitant pour ces raisons. Il a fallu concilier la garantie d’un prix unitaire avec la certitude que ce que nous avons commandé est bien produit selon nos exigences. De ce point de vue, nous n’avons plus de doute. Le formaldéhyde est étranger aux composants que nous mettons en œuvre sans que les isocyanates, particulièrement toxiques en combustion, aient été substitués au formaldéhyde comme on le constate aujourd’hui avec beaucoup de produits à base de déchets de bois présentés comme étant "sans formaldéhyde". Nous privilégions les colles végétales. Nos vernis, lorsqu’ils sont utilisés sont à l’eau.

En matière de rejets atmosphériques en crémation, nous enregistrons une émission de dioxyde d’azote au moins 60 % plus faible qu’avec des cercueils en bois compacté qui incorporent des résines de synthèse. Une étude récente menée par un cabinet spécialisé dans l’économie circulaire dont la vocation est en particulier d’analyser le cycle complet d’élaboration de produits issus de matériaux recyclés (en passant par l’exploitation des matières premières initiales, la fabrication des produits de première génération, leur recyclage, la valorisation des matériaux issus du recyclage et enfin la fabrication des nouveaux produits), démontre que d’un point de vue environnemental nos cercueils affichent un potentiel de réchauffement planétaire (PRP) en retrait de 70 % par rapport à la mesure opérée sur les cercueils fabriqués à partir de particules ou de poussières de bois recyclées chimiquement amalgamées.

Qu’ils soient totalement réalisés en carton, en Enviroboard (le carton imprimable des cercueils LifeArt) ou qu’ils soient composites, alliant carton et bois chez ECOCERC, nous traçons nos filières et les rendons vertueuses. Respecter l’environnement ne se limite pas à la réduction de tel ou tel rejet atmosphérique final. Comme vous pouvez le constater, il est passé de l’eau sous les ponts, et ce n’est pas fini.

R : Que faut-il maintenant pour que vous soyez un homme comblé ?

PD : Notre objectif est la mise en place d’un réseau national de distribution de proximité, performant et éthique. On nous a longtemps présentés comme les "opposants" à la filière bois. C’est de la désinformation, et exactement le contraire, nous sommes des partenaires attentifs. Notre proposition de cercueils composites, bois et carton, allie la tradition du bois aux caractéristiques mécaniques du carton, tout en s’inscrivant dans une filière de recyclage réfléchie telle qu’elle est pratiquée dans l’industrie du carton depuis de très longues décennies. Il est à noter que cette pratique est en forte croissance avec l’augmentation exponentielle de l’utilisation d’emballages et de suremballages pour les besoins du commerce en ligne.

Mais, lorsque l’on parle de carton, il ne s’agit pas de n’importe quel carton. Nous travaillons uniquement avec des matériaux de forte qualité ajoutée élaborés par de grands noms internationaux de l’industrie du carton. Pour y parvenir, nous dialoguons avec tout le monde et ne pratiquons pas l’exclusive. Ce vœu d’un réseau de proximité avec la garantie d’une couverture nationale efficiente n’est pas anodin. C’est prendre une sérieuse option sur un avenir qui s’écrit maintenant.

Le regard des familles a changé, il est à l’instar d’un monde qui pose de nouveaux repères, qui impose de nouvelles conduites. Notre démarche s’inscrit dans cette volonté nouvelle de satisfaire les impératifs économiques des uns et des autres, que nous connaissons parfaitement et que nous comprenons bien. Nous n’oublions pas que la transition écologique est une démarche incontournable à moyen et long terme mais qu’elle doit être solidaire, ce qui impose de répondre immédiatement aux besoins et aux contraintes des familles. ALTERCO est le fruit de ce constat, et nous souhaitons partager avec vous, tous les professionnels du funéraire, ce nouveau déploiement.

Jérôme Maniaque

Résonance numéro spécial - Décembre 2018

Instances fédérales nationales et internationales :

CPFM - Confédération des Professionnels du Funéraire et de la Marbrerie FFPF - Fédération Française des Pompes Funèbres UPPFP - Union du Pôle Funéraire Public CSNAF - Chambre Syndicale Nationale de l'Art Funéraire UGCF - Union des Gestionnaires de Crématoriums Français FFC - Fédération Française de Crémation EFFS - European Federation or Funeral Services FIAT-IFTA - Fédération Internationale des Associations de Thanatoloques - International Federation of Thanatologists Associations