Président de la Société Nouvelle de Crémation (SNC), Denis Dabrigeon veut interpeller la réflexion des élus et de toute personne intéressée par la création d’un crématorium car la configuration future des pratiques funéraires dépend des décisions d’équipements qui se prennent actuellement. Les élus doivent se pencher en profondeur sur le sujet pour en comprendre tous les enjeux au centre desquels se situent finalement l’intérêt sensible des endeuillés.
Derrière le crématorium se cachent des réalités fondamentales pour le lien social...

 

Le contexte du marché funéraire a considérablement changé. À 37 % actuellement des modes d’obsèques en métropole française, la pratique crématiste s’est petit à petit imposée dans les esprits et deviendra très probablement majoritaire à court terme. Accompagnant cette évolution, le parc des crématoriums s’est agrandi pour flirter les 200 sites fonctionnant en ce début d’année 2019.

En charge de décider à l’échelle locale l’organisation du service public de crémation, les collectivités territoriales sont placées devant la nécessité d’opérer des choix dont le premier revient à définir si, oui ou non, il faut créer un nouveau crématorium dans le bassin de population concerné. Dans l’affirmative, la collectivité territoriale compétente sur le projet doit choisir tout d’abord si elle veut gérer directement ou non l’établissement en régie ou si elle opte pour un gestion déléguée en investissant elle-même (affermage) ou confiant le tout, investissement et gestion, à un partenaire privé.

Le fil rouge qui s’offre alors aux élus en charge d’un secteur équipé ou envisageant de s’équiper consiste à définir une qualité du service public apporté à l’usager. Les moyens permettant d’atteindre la qualité recherchée et ensuite de la pérenniser déterminent logiquement la solution retenue par la collectivité territoriale qui crée son service public local.

L’étude préalable de marché, présidant les choix en la matière, doit être réaliste, comme pour toute activité. Sur ce point, une simple logique gestionnaire doit prévaloir sur des considérations purement politiques. Sinon, la qualité légitimement attendue du service risque de ne pas être au rendez-vous à plus ou moins long terme.

La conception initiale du service de crémation est ainsi déterminante à propos du niveau de services à l’usager. Les négociations préalables à l’attribution d’un contrat de gestion déléguée de crématorium comprendront bien sûr des analyses de coût d’exploitation pour déterminer le niveau de facturation aux familles. Mais pas que cela. Il faut essentiellement mesurer le niveau de services rendus, notamment en temps d’ouverture par semaine et en nombre d’opérations possibles par jour.

La nécessité d’une analyse préalable aussi complète que possible

La réflexion de la collectivité territoriale sera d’autant plus positive qu’elle prendra en compte une multitude de paramètres :
- quelle performance architecturale en termes de fonctionnalités intérieures et d’insertion du bâtiment dans son environnement ?
- quelles attentes pour l’usager local et pour la population concernée par l’implantation ?
- quelle intégration du nouveau crématorium dans l’organisation régionale du marché funéraire (concurrence d’autres sites, neutralité du crématorium dans la concurrence entre pompes funèbres, partenariats utiles avec les communes environnantes et avec les établissements de soins) ;
- quelle synergie avec la dynamique propre à la collectivité territoriale (superficie et fonctionnalités du cimetière, et lien éventuel avec le site cinéraire adossé au crématorium, apports financiers par taxes et redevances, quelles charges induites par l’existence et le fonctionnement du crématorium (opérations d’entretien, liens avec l’état civil) ?

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Les besoins de l’usager

Un crématorium cumule deux qualités qui doivent être convergentes. Outre le fait d’être un établissement doté d’une haute technologie, c’est un espace public où s’organisent des rites qui panachent des moments d’intimité et d’autres en partage, à caractère confessionnel ou laïc. Une proposition de loi datant de décembre 2015, adoptée par les députés mais pas finalisée, prévoyait l’institution d’un enterrement républicain, comme se pratiquent dans le même esprit des baptêmes.

Cette initiative parlementaire a eu le mérite de mettre en lumière une attente de plus en plus marquée envers la qualité des cérémonies du dernier hommage quand il n’y a pas de service religieux. L’élu local est donc bien inspiré quand il cherche à mesurer le caractère actuel des pratiques funéraires locales, et surtout quand il tente de prévoir leur évolution. Le crématorium, en effet, doté réglementairement d’une salle de cérémonie, peut offrir, en alternance d’un service crématiste, la disponibilité d’une salle de cérémonie pour y organiser de manière générale des funérailles civiles (il existe cependant une règle de disponibilité prioritaire de la salle en faveur des usagers normaux du crématorium).

Si, comme pour tout établissement recevant du public, les notions d’accueil, de fonctionnalité et de confort sont à prendre en compte, le crématorium doit aussi prévoir des aménagements intérieurs et extérieurs adaptés aux besoins psychologiques du moment. Là aussi, un projet doit répondre à l’ensemble de la demande, qui est en la matière assez paradoxale : d’une part, il y a un temps de sociabilité qui met en œuvre des expressions démonstratives et partagées (avant le départ du défunt vers le four), et, d’autre part, les proches entament une séquence psychologique de réflexion et de recueillement dès le début du déroulement de la crémation.

Ce n’est qu’après cette phase que, se fait jour le besoin d’un partage convivial. Le crématorium doit donc répondre à un besoin d’espace social, d’espace intime et d’espace convivial, complémentairement aux fonctionnalités habituelles (hall d’accueil et d’attente, bureau administratif, sanitaires, etc.).

Dignité humaine et ordre public

Si dans l’esprit le crématorium répond à des exigences spécifiques, il rejoint néanmoins des considérations extrêmement classiques, comme le paramètre du rapport qualité/prix/disponibilité.
Imaginons un coût total d’opération de 700 € pour l’usager. Si le délai d’attente pour procéder à la crémation implique un séjour prolongé en chambre funéraire et la pratique des soins de conservation, le coût réel pour la famille dépasse de très loin l’incidence de la facture du crématorium. En réalité, en plus des 700 € prévus en circonstances normales, il faut ajouter une moyenne nationale de 1 000 € de frais supplémentaires quand le délai d’attente pour procéder à la crémation dépasse les six jours ouvrés prévus par la réglementation.
À titre de précision accessoire, dans la situation de Clermont-Ferrand, où persiste depuis près de 3 ans un problème au crématorium, les pompes funèbres Dabrigeon modèrent autant que faire se peut les conséquences financières subies par les familles. Quand bien même l’origine du problème leur est totalement étranger.
Cette situation ayant tendance à se rencontrer de plus en plus sur le territoire national, de manière plus ou moins aiguë selon les régions, les élus locaux se doivent d’étudier très précisément les besoins dans un bassin de population déterminé, et de prendre en compte, le cas échéant, l’ensemble des contraintes qui s’exercent sur les familles. C’est ici une question relevant autant de la dignité humaine que de l’ordre public...

Créée en 2017, la Société Nouvelle de Crémation (SNC) a été choisie la même année pour gérer respectivement le premier crématorium du Cantal à Saint-Cernin et celui de Brissac/Loire-Aubance, en périphérie proche d’Angers.

En 2018, elle a aussi été choisie pour gérer en délégation le crématorium de Moulins-Yzeure.

Courant 2019, elle devrait encore confirmer sa dynamique. La filiale crématiste du groupe Dabrigeon a donc fait ses premières preuves en dehors du périmètre géographique d’intervention de la maison mère, spécialisée en pompes funèbres et marbrerie. Réunies par la holding Infini Développement, les sociétés du groupe interviennent en 2019 sur huit départements dans le Centre de la France et emploient 350 salariés.

 

Denis Dabrigeon

Résonance n°149 - Avril 2019

Instances fédérales nationales et internationales :

CPFM - Confédération des Professionnels du Funéraire et de la Marbrerie FFPF - Fédération Française des Pompes Funèbres UPPFP - Union du Pôle Funéraire Public CSNAF - Chambre Syndicale Nationale de l'Art Funéraire UGCF - Union des Gestionnaires de Crématoriums Français FFC - Fédération Française de Crémation EFFS - European Federation or Funeral Services FIAT-IFTA - Fédération Internationale des Associations de Thanatoloques - International Federation of Thanatologists Associations