Le rapport sénatorial, tout comme l’ensemble des documents récents traitant du même sujet, souligne l’intérêt de donner le choix aux familles entre la thanatopraxie et d’autres alternatives pour conserver en suffisamment bon état le défunt pendant la période des funérailles. Mais quelles sont ces alternatives ? Cet article détaille précisément les réponses techniques à cette question.

 

La table réfrigérante peine à réfrigérer l’ensemble du corps et répond essentiellement aux besoins d’une utilisation statique.
La rampe réfrigérante était efficace mais elle a disparu des achats d’équipements du fait qu’elle était trop souvent mal utilisée par le personnel des pompes funèbres.
La neige carbonique était très efficace à condition d’être correctement posée sur le corps et en quantité suffisante toutes les 24 h.
La glace carbonique souffrait d’évaporation importante lors du transport comme en stockage dans des bacs qui n’étaient pas toujours vraiment étanches.
Nos voisins méditerranéens utilisent des capots réfrigérants vitrés s’emboîtant sur le cercueil dans lequel est présenté le défunt. Oui, mais… la désinfection des matériels dans ce cas ?

Reste les solutions palliatives retardant, dans un premier temps, un démarrage trop rapide du processus de décomposition. Il y a les sachets de fluides frigorigènes sortis du congélateur, pour une action modérée sur le corps, et la nouveauté espagnole du "Biosac", deux solutions en attente de tests à grande échelle mais qui n’ont pas besoin d’agrément des autorités officielles puisqu’il n’y a pas de procédé invasif dans le corps, selon la définition légale des soins de conservation.

Jean-Pierre Sueur l’écrit et en convient volontiers : il y a un problème pratique qui se pose pour conserver les défunts dans de bonnes conditions au domicile et en milieu rural. Pour y remédier, il brandit deux solutions : ouvrir l’accès des chambres mortuaires du service de santé pour compléter le maillage territorial des chambres funéraires et retrouver la pratique des toilettes mortuaires.

Sans m’engager dans une discussion sur ces propositions, il me semble intéressant de pratiquer un tour d’horizon des techniques alternatives aux soins de conservation.
Écartons illico la conservation en cases réfrigérées puisqu’il s’agit dans le présent article d’envisager comment continuer à conserver des défunts en toutes conditions et tout endroit sans qu’il soit nécessaire de recourir à une chambre funéraire ou mortuaire.

Partons du principe d’une prise en charge du défunt dans son lit. Que peut pratiquer le professionnel pour garantir le domicile des effets d’une décomposition galopante ?
Il y a une solution présentée ces dernières années en Allemagne : placer le défunt dans une housse plastique conditionnée sous vide. On peut penser à plus poétique pour organiser la veillée de prières… Que faire dès lors ?

La table réfrigérante

Ce matériel doit son succès sur le marché funéraire au fait qu’elle associe une diffusion de froid par contact avec le corps et le placement du défunt sur une surface en inox aussi commode qu’une civière et ressemblant à un lit quand elle est équipée d’un habillage en tissu. Civière puisqu’il s’agit d’un mobilier obéissant aux critères de l’hygiène (inox, commodité de désinfection), lit car la table en a l’aspect et l’usage, permettant de reconstituer la présentation du défunt dans un contexte adapté au recueillement des proches. De plus, ce matériel est très silencieux. Mais la table réfrigérante n’est pas une panacée.

Tout d’abord son poids et son encombrement compliquent son utilisation mobile, notamment pour répondre aux besoins à domicile. Ensuite, c’est là tout le problème, l’action du froid descend et ne monte pas ou très peu. Du coup, seuls les premiers centimètres du corps au contact direct de la surface réfrigérée bénéficient de l’effet refroidissant. La partie haute du corps n’est que moindrement atteinte par le froid, ce qui pose le problème d’une contrariété limitée du processus de décomposition. Ainsi, un défunt corpulent et/ou présentant des problèmes favorisant sa décomposition ne sera pas conservé dans de bonnes conditions en étant simplement disposé sur une table réfrigérante.

Table refrigerante

En revanche, il est possible d’améliorer les performances de l’appareil en étendant une bâche plastifiée au-dessus du corps quand il n’est pas visité par les proches. Le froid émanant de la surface sur laquelle repose le défunt se trouve alors en partie piégé et enveloppe plus globalement le défunt en limitant de surcroit son contact avec l’air ambiant. Cette astuce augmente l’efficacité de la table réfrigérante tout en représentant un investissement quasi nul.

Notez qu’une table réfrigérée complétée d’une cloche en plexiglas a été présentée en salon funéraire dans les années précédentes sans que cela ait retenu l’intérêt des professionnels. Elle combinait froid appliqué en surface inox et froid ventilé déclenché par pression des parois de la cloche sur des tétons-interrupteurs.

La rampe réfrigérante

Ce matériel associe un bloc-moteur compresseur et un capot creux contenant un fluide frigorigène, le tout relié par un câble contenant deux petits tuyaux par lesquels transite le fluide sous forme liquide et gazeuse. L’avantage technique de la rampe est de diffuser le froid par le dessus. La réfrigération pénètre ainsi toutes les parties du corps.

La mise en œuvre de ce matériel à domicile est possible car il est de dimension réduite, plus léger qu’une table réfrigérante. Il comporte intrinsèquement deux inconvénients :
le moteur-compresseur fait un bruit de fond, le même que celui d’un réfrigérateur,
le capot placé sur le défunt est visible, impactant ainsi la présentation du défunt.

Mais l’obstacle majeur à l’emploi de la rampe réfrigérante a été ce qu’il faut bien appeler sa mauvaise utilisation :
désinfection du matériel souvent négligée,
placement aberrant du capot, non pas directement au contact du corps mais en décalage (mains croisées sous le capot) avec, en conséquence, une production logique de givre sous le capot et une perte importante, si ce n’est totale, de l’action réfrigérante,
transport du matériel en tordant le câble, d’où une rupture des deux petits tuyaux à l’intérieur de celui-ci et perte de fluide réfrigérant par évaporation du gaz.

L’astuce trouvée par les fabricants de ce matériel consistait à envelopper chaque mini-tuyau par une gaine de frein à vélo. Trop tard néanmoins car la mauvaise pub des pannes a déclassé l’appareil sur le marché.

La neige carbonique

Sa production suppose la disposition de bouteilles de CO2 sur lesquelles l’opérateur fixe une casserolette à un détenteur de sortie de gaz. En ouvrant la vanne de la bouteille, le gaz s’échappe et se concentre dans la casserolette sous forme de neige compacte qu’il suffit de démouler ensuite. Le démoulage permet de récupérer des cylindres de neige de la taille de gros petits suisses qui sont emballés dans de la ouate et placés dans une petite valise de transport. Il faut 14 cylindres pour réfrigérer convenablement un défunt et 30 minutes environ de préparation pour en disposer emballés, prêts pour intervention.

L’avantage est le stockage : pas de perte de matière, contrôle assuré de la réserve de gaz, indépendance technique pour intervenir sans délai sur le défunt. Appliquée sur le défunt, la neige en petits cylindres peut être disposée assez discrètement. Néanmoins, ce procédé a eu mauvaise presse parmi les professionnels du fait que son emploi ne satisfaisait pas toujours les conditions de quantité (14 pains) et de récurrence (toutes les 24 h).

La glace carbonique

C’est l’équivalent de la neige carbonique mais à densité plus importante, avec pouvoir frigorigène très supérieur. Elle exige l’emploi d’une machine industrielle dont le coût d’acquisition flirte le million d’euros d’après les renseignements recueillis à ce sujet.

Avis aux investisseurs. Jadis, la glace arrivait par gros pains emballés dans du carton et stockés ainsi dans un bac dans l’attente d’être débitée en tranches avec une scie circulaire (ce qui a provoqué des accidents). Aujourd’hui, employée à de multiples usages sur l’ensemble du territoire national, la glace est livrée en tranches protégées sous plastique. La perte de matière en est d’autant réduite, tout comme sa préparation (elle existe aussi sous forme de galets).
La tranche offre l’avantage d’une action prolongée sur une durée de 48 heures. Elle réfrigère totalement le corps si l’opérateur dépose en certains points anatomiques au moins cinq tranches. Elle est plus coûteuse à l’achat que la neige carbonique et nécessite de régler la question de l’approvisionnement continu (ce qui est simple en France, leader de la production de CO2 en Europe).

Carboglace

Le capot réfrigérant et autres systèmes déposés dans ou sur le cercueil

Des capots s’adaptant au cercueil sont utilisés en Italie, notamment pour créer une ambiance réfrigérée. Le défunt est ainsi protégé comme en case réfrigérée tout en étant visible en présentation et hors de portée des insectes (accessoirement). Cette solution correspond aussi aux pratiques funéraires dans nos DOM-TOM.

Pourquoi pas si le matériel est désinfecté après chaque utilisation (sachant qu’il est délicat par sa complexité électronique). Les Italiens ont aussi essayé le principe de boudins de tissu gonflés d’air froid réfrigérant sur les côtés le défunt présenté dans son cercueil (procédé qui s’est avéré décevant). Ils ont également lancé le capot léger réfrigéré qui se place dans le cercueil et qui est rattaché à un compresseur, comme la rampe réfrigérante. Tout ceci reste à tester en France.

Sachets frigorigènes et Biosac

Ces solutions (encore hypothétiques à ce jour) seront décrites ultérieurement dans un article spécifique.

Oliver Géhin
Professionnel funéraire
Journaliste.

Résonance numéro spécial - Août 2019

Instances fédérales nationales et internationales :

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