Lauréat du "Prix de l'innovation", catégorie urbanisme, au SMCL 2011, Manuel Turrillot, dirigeant de la société "In Terra", a bien voulu s'entretenir avec nous et nous présenter son concept qui, en plus d'offrir sérénité, harmonie et homogénéité au cimetière, révèle un véritable cheminement de pensée, voire une réelle philosophie quant à l'égalité de tous face à la mort et à la prise en considération de chacun.

 

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Manuel Turrillot, dirigeant de "In Terra"

Résonance : Monsieur Turrillot, vous êtes à l'origine d'un concept relatif à l'esthétique et à l'aménagement des cimetières et sites cinéraires, et, qui plus est, votre concept a été récompensé du "Prix de l'innovation", catégorie urbanisme, au SMCL 2011. Pouvez-vous nous le présenter ?

Manuel Turrillot : Le concept de "minitombe cinéraire", primé au SMCL 2011, permet l’inhumation en pleine terre d’un défunt en cendres. C’est le corollaire de l’inhumation en pleine terre d’un défunt en cercueil mais adaptée à la crémation. Dans les deux cas, il y a un souhait de retour à la nature avec une osmose dans le milieu environnant.
 
Ce souhait se retrouve dans la dispersion, mais, contrairement à cette dernière, une minitombe permet de marquer d’une plaque tombale sécurisée à l’endroit précis de l’enfouissement, et donc de bénéficier d’un lieu de sépulture, lieu essentiel pour l’exercice de la mémoire.
 
On constatera que ce concept n’est pas révolutionnaire quant à son principe, puisque c’est une transposition de la classique tombe en pleine terre. Cependant, c’est le seul concept de sépulture cinéraire qui offre cette analogie. Il tient compte du respect des règles du CGCT et particulièrement offre la garantie d’une exhumation complète que l’on ne peut trouver avec une urne dégradable enterrée.

L’intérêt pour une famille réside dans cette philosophie simple qui consiste à déposer les cendres en terre et à marquer l’emplacement. Accessoirement, le coût de sépulture est d’autant réduit que la mise en œuvre est simplissime et que la taille de la concession du terrain et celle du monument sont elles-mêmes réduites. À noter que la minitombe est familiale et peut accueillir jusqu’à quatre défunts en "urnes-linceuls".
 
Pour le maire, il y a un faisceau d’intérêts. L’intérêt social est de permettre à tout ayant droit passé par la crémation d’avoir aisément accès à une sépulture en pleine terre au cimetière. Et si la mairie propose des concessions pré-équipées, elle simplifie la tâche des familles dans un moment douloureux et à moindre coût. L’intérêt urbanistique réside dans l’économie de terrain lorsque des concessions de taille adaptée (25 x 50 cm) sont créées et proposées, pré-équipées ou non. L’intérêt est également paysager dans le sens où ce type de sépulture s’intègre très bien dans un espace vert qui permet d’agrémenter et d’arborer des cimetières souvent très minéraux.

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Urne PVC laiton-granit.

R : Comment est constituée la tombe ?

MT : La minitombe est constituée d’un insert métallique cylindrique et ajouré qui est introduit et ancré dans le sol avec un pré-trou fait à la tarière. Les cendres de chaque défunt y sont déposées dans des "urnes-linceuls", textile tissé et cousu en fil de verre, et l’ensemble est couvert d’une plaque tombale d’au moins 20 x 25 cm, sécurisée par un clipsage à l’insert.


R : Comment l’idée vous est-elle venue, qu’est-ce qui vous a motivé ?

MT : Au décès de mon frère, je me suis posé la question de mon devenir après mon décès. Ayant deux enfants adoptés sans filiation biologique connue, j’ai dû abandonner l’idée antérieure d’une dispersion, sentant qu’un lieu de sépulture leur serait nécessaire. Étant architecte, l’idée du columbarium me rebutait, le simple enfouissement de mes cendres avec une plaque tombale posée au sol m’a semblé une solution intéressante. Restait à trouver la forme pratique pour satisfaire à la fois mon souhait, les règles du cimetière et les contraintes pratiques.

R : Outre sa proposition purement technique qui n’est pas pour déplaire, ce concept déborde, d’une certaine façon, sur l’appréhension sociologique voire philosophique de la sépulture. Comment en êtes-vous venu à repenser ces aspects ?

MT : En 2011, j’ai fonctionné à l’intuition pour concevoir le concept. Au fur et à mesure de mon immersion dans le domaine funéraire, dans les problématiques de cimetières, dans les souhaits des familles, j’ai été surpris de constater que ce concept répondait de façon cohérente aux attentes des différents acteurs : les mairies et les familles.
 
La sépulture est un élément essentiel du travail de deuil, un point physique de focalisation mémorielle qui permet de représenter le disparu, "celui qui ne paraît plus" mais dont les liens avec les vivants perdureront tant que ces derniers se souviendront de lui. Au-delà de ce temps, la sépulture pourra disparaître. Une simple photo suffirait-elle pour remplir ce rôle ? Je ne pense pas : l’idée de la sépulture permet de marquer le fait que le défunt n’est plus, et ainsi d’accepter petit à petit sa disparition.

Sociologiquement parlant, la dispersion en pleine nature me gêne si elle ne répond pas à une attente purement philosophique. Elle est trop souvent choisie par facilité immédiate en évitant les démarches et les coûts d’une sépulture en cimetière. Le principe de la minitombe tente d’offrir une alternative accessible à tous, avec un faible coût et surtout une marque de sépulture, tout en étant dans l’esprit d’un retour à la nature du défunt.

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R : Votre concept est à destination des mairies, comment s’articule-t-il du point de vue financier ?

MT : La minitombe est principalement destinée aux mairies pour qu’elles aménagent des concessions cinéraires en pleine terre pré-équipées. Ce circuit est le plus intéressant pour les familles : pas de travaux préparatoires, pas d’entreprises à commanditer, pas d’intermédiaires qui font gonfler les prix. Pour la mairie, ce circuit est également intéressant : l’immobilisation de trésorerie est faible, puisqu’elle peut prévoir des tombes par séries de 5 ou 10, et ce, au fur et à mesure de la demande, du fait que la pose de nouvelles minitombes peut être réalisée sans dégrader un espace vert déjà existant. Ce qui n’est pas le cas des cavurnes, qui nécessitent des engins de creusement lourds. La pose de minitombes est exécutable par n’importe quel service d’espaces verts sans avoir à passer par une entreprise (à noter à ce sujet qu’une minitombe est un objet mobilier, et non pas une construction dont la pose par un service public pourrait être interprétée comme de la concurrence déloyale au secteur privé).

Par rapport aux cavurnes, le coût d’équipement est sensiblement égal, mais il y a un net avantage en termes de cout global/défunt – incluant l’entretien – du simple fait que les minitombes nécessitent deux fois moins de surface à installer et donc à entretenir pour une capacité d’accueil similaire.

R : Revenons sur l’aspect sociologique de votre projet… Sans pour autant représenter une révolution au sens propre du terme, toute remise en question d'un ordre établi demande réflexion de la part des instances administratives… Comment cela se passe-t-il ?

MT : Pour l’implantation d’une minitombe en concession, il n’y aucune remise en question des règles existantes : on est dans le cadre d’une concession en pleine terre classique : le contrat de concession est de même type, la distance minimum inter-sépultures est toujours de 30 cm, la plaque tombale est au choix de la famille dans les limites volumétriques définies au règlement du cimetière, comme pour une inhumation de cercueil. De même, certains modes opératoires, comme le creusement de la fosse et la mise en terre du défunt, sont exécutables par la famille, on l’avait un peu oublié pour les cercueils, on peut y repenser pour les urnes.

R : Y a-t-il eu un avant et un après SMCL 2011 ?

MT : Le concept de minitombe cinéraire a été rendu public et commercialisé à cette occasion. Nous avons enregistré un intérêt certain de la part des petites communes – agricoles, de fait –, laissant penser que le mariage de la modernité de la crémation avec l’ancestralité de l’inhumation en pleine terre était pertinent.

R : Pour les mairies qui seraient séduites par votre concept, où en est sa diffusion et comment peuvent-elles avoir de plus amples renseignements ?

MT : Des références commencent à émerger, mais le sujet n’est pas très affriolant pour les élus, les décisions longues à venir, et les réalisations pas toujours réussies. On constate que ce genre de projet est souvent porté par une personne, un élu ou un technicien, qui adhère au concept. Comme vous le disiez, les remises en question de l’ordre établi demandent réflexion…

Pour une information exhaustive et pratique – Comment concevoir un espace vert avec des concessions adaptées, comment concevoir chaque concession, quelle surface prévoir, quel budget prévoir ? –, nous invitons les mairies à consulter notre site dédié, et particulièrement la page "Documents à télécharger", qui leur permettra d’éditer des documents de travail et de réflexion.

R : Avez-vous prolongé votre réflexion vers d’autres axes ?

MT : Un premier travail a été fait sur la sémantique, le vocabulaire cinéraire et l’information des usagers à travers une collaboration avec le site ComprendreChoisir.com. Un exemple ? Arrêtons de parler de "destinée des cendres" (parle-t-on de "destinée du cadavre" pour un cercueil), préférons "destinée de l’urne" ou mieux "du défunt en urne", question de respect de la personne.

De même, il serait bien d’opposer "inhumation du cercueil" à "crémation du cercueil", au lieu d’opposer simplement "inhumation" et "crémation" comme on le voit partout, ce qui induit faussement l’idée qu’une urne ne peut être inhumée.
Un deuxième travail est engagé, avec une réflexion sur la problématique de la destinée des défunts en urnes, qui nous a amené à faire des propositions auprès du ministre de l’Intérieur pour repenser le cimetière. En particulier recréer un lieu – le jardin de tombes cinéraires – paysager, arboré et pérenne où les familles peuvent inhumer en pleine terre et à titre gratuit leurs urnes séparément avec un signe de sépulture. C’est la fonction première du cimetière à travers le terrain commun ; rappelons que le principe des concessions n’a qu’un caractère optionnel pour les maires.
 
Il s’agit d’ouvrir les esprits et des perspectives sur des pratiques cinéraires, possibles dans le cadre actuel de la loi et respectueuses des personnes, pour renouveler le cimetière.

 

Instances fédérales nationales et internationales :

CPFM - Confédération des Professionnels du Funéraire et de la Marbrerie FFPF - Fédération Française des Pompes Funèbres UPPFP - Union du Pôle Funéraire Public CSNAF - Chambre Syndicale Nationale de l'Art Funéraire UGCF - Union des Gestionnaires de Crématoriums Français FFC - Fédération Française de Crémation EFFS - European Federation or Funeral Services FIAT-IFTA - Fédération Internationale des Associations de Thanatoloques - International Federation of Thanatologists Associations