Rencontre avec Sara et Alberto Leanza, les enfants du regretté Nino Leanza, disparu le 9 avril 2014 (deux ans déjà...), qui lui ont succédé à la tête de Conference Services, l’entreprise qui organise Tanexpo ainsi que d’autres évènements dans d’autres secteurs (cinéma, BTP, art sacré, etc.).

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Alberto Leanza
Alberto Leanza.

Seuls quelques jours nous séparent désormais de l’ouverture de Tanexpo. La belle aventure, qui a commencé il y a plus de trente ans, continue. Toute l’équipe est en pleine activité et prête à accueillir les visiteurs en provenance du monde entier. À la veille de cet événement, dont l’importance et l’impact dans la profession sont indiscutables, nous avons pu rencontrer Sara et Alberto Leanza, qui, mieux que quiconque, peuvent nous parler de l’exposition italienne, et qui, entre deux appels téléphoniques, ont bien accepté de répondre à nos questions.

Résonance : Comment se présente Tanexpo 2016 ?

Sara et Alberto Leanza : Dans les meilleures conditions. En effet, malgré la crise qui a frappé durement tous nos pays ces dernières années, les perspectives sont excellentes. Le nombre d’exposants est en augmentation, bien sûr, mais le point le plus important, est l’élargissement de l’offre en matière d’innovation et de qualité.

R : Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?

S&AL : Tout le monde, ou tout du moins une grosse partie de celui-ci, semble avoir compris que le moyen le plus approprié pour pérenniser l’entreprise réside dans une recherche pointue aboutissant sur une offre originale qui se caractérise par la qualité. En Italie, mais aussi dans d’autres pays, il y a des entreprises qui ne ménagent pas leurs efforts, y compris financiers, pour "créer", dans le sens le plus noble du terme.
On s’éloigne heureusement d’un modèle quasi "monopolistique" avec quelques acteurs majeurs qui se battent comme des chiffonniers à coups d’euros pour prendre la place d’autrui tout en étant peu motivés, justement à cause de leur position dominante, à faire du neuf.
Dans certains secteurs en particulier, cela a conduit à des situations qui ne promettent rien de bon pour le futur, car, à vouloir se battre uniquement sur les prix, on arrive au point que des pays qui sur ce plan sont très avantagés pointent désormais leur nez sur les marchés européens.

R : Pourriez-vous préciser ?

S&AL : Nous pensons aux cercueils. On ne compte plus le nombre d’entreprises qui proposent leur production à des prix très attractifs. Il est évident qu’à ce niveau la qualité ne peut pas suivre. Il est également clair que, dans ces conditions, l’arrivée de containers venant de pays lointains, la Chine pour ne pas la nommer, va s’intensifier pour atteindre des niveaux très élevés, ce qui est déjà le cas dans certains pays du pourtour méditerranéen, l’Espagne par exemple, où plus du 50 % des cercueils seraient importés d’Asie.
Nous avons récemment rencontré un producteur qui affirme pouvoir fournir des pièces à un tarif extrêmement bas. Heureusement, tous ces fabricants ne sont pas présents à Tanexpo, une manifestation qui possède, dans son "patrimoine génétique", le culte de la qualité.
En particulier, l’offre dans ce secteur se caractérise par la présence d’entreprises locales dont la renommée sur le plan artistique n’est plus à faire (pour des raisons évidentes, nous ne pouvons pas, ici, les mentionner), ainsi que par l’arrivée de "new entries" en provenance d’autres pays. Nous pensons en particulier au Portugal, qui présente des produits très intéressants, ainsi qu’à l’Ukraine, dont un des plus importants producteurs sera à Bologne, bien décidé à se battre plus sur la qualité, qui a un prix, que sur le nombre de pièces vendues.
Sans parler bien sûr du leader mondial (américain), qui, après un essai en 2012 (fruit d’un travail de conviction qui a duré plusieurs années), a finalement été séduit par Tanexpo et la quantité d’opportunités d’affaires que la manifestation lui a apportées.
Nous partageons totalement la philosophie de tous ces acteurs (comment pourrait-il, du reste, en être autrement), sans lesquels on tomberait, vite fait bien fait, dans la médiocrité la plus absolue.

R : Il n’y a pas que les cercueils…

S&AL : Bien évidemment ! Le même cas de figure, bien que dans des formes moins spectaculaires, se présente dans les autres catégories de produits. Qu’il s’agisse des capitons, des corbillards, des urnes, des fours de crémation, des bronzes, des produits d’hygiène ou des accessoires. Et j’en passe. Là encore, Tanexpo peut s’enorgueillir d’avoir parmi ses acteurs ce qui se fait de mieux dans le domaine.
Un exemple, les corbillards : de nouvelles transformations sur des marques de prestige se font de plus en plus fréquentes.
Tous les grands producteurs italiens seront présents, avec un vaste choix entre des modèles des plus originaux et séduisants. Pour la première fois, une entreprise leader des États-Unis sera à Bologne. C’est un signe.
Les mêmes observations sont valables pour les fours de crémation, qui représentent un marché à très haut potentiel.
Les choses changent très rapidement, et ces réalités pousse les entreprises à participer à Tanexpo non seulement du fait de leur confiance dans les opportunités du marché italien, mais aussi parce qu’elles comptent tirer des avantages substantiels du taux d’internationalisation très élevé de la manifestation pour s’imposer sur d’autres marchés tant en Europe qu’ailleurs. Sur ce point, nous sommes formels ! Aucune exposition funéraire au monde n’attire autant d’étrangers, qu’ils soient exposants ou visiteurs.
C’est le résultat d’une politique de longue haleine fortement voulue par notre père, au prix d’un investissement très conséquent en hommes et moyens financiers. Nous sommes pleinement convaincus du bien-fondé de cette démarche et nous avons la ferme intention de poursuivre sur la voie qu’il a tracée.

R : À propos, on a entendu parler, y compris lors du récent FUNÉRAIRE PARIS, d’une future manifestation aux États-Unis ?

S&AL : Après les expériences, dans l’ensemble positives, de Tanexpo World Brésil et Tanexpo World Russie, Conference Services a décidé, en partenariat avec une entreprise d’outre-mer, de donner naissance à un "evènt" majeur destiné à faire date dans le monde funéraire : Miami Funer 2017, du 7 au 10 mars 2017 en Floride. On aura l’occasion d’en reparler fréquemment dans les mois à venir.

R : Restons donc en Italie. Quelles sont les grandes tendances en perspective ?

S&AL : Beaucoup dépendent de la mise en œuvre d’une nouvelle loi régissant les activités funéraires. Actuellement, elle est examinée au Parlement au niveau des commissions. Il faut espérer qu’elle voie le jour avant la fin de la législature, pour éviter, ce qui s’est produit par le passé, de recommencer le tout à zéro. Depuis trop d’années toute la profession est en attente de nouvelles dispositions permettant une mise à jour, une modernisation de la réglementation conformes à ce qui s’est fait de plus avancé ailleurs, et notamment en France. Elle constitue un exemple à suivre, surtout par un pays proche avec lequel les passerelles culturelles, historiques et commerciales sont évidentes.
Cela dit, en Italie comme partout ailleurs (nous voyageons dans le monde entier pour promouvoir Tanexpo et avons la température en temps réel des différents marchés), un des éléments les plus évidents est sans doute l’explosion de la crémation. Nous tous connaissons les différentes raisons qui ont conduit à cette situation. Avec tout ce qui en découle au niveau des produits. Là encore, Tanexpo 2016 fournira aux professionnels une vaste gamme, allant des fours (tous les principaux acteurs seront présents), aux urnes (où les idées foisonnent), en passant par les produits de mémorisation (reliquaires, etc.) des défunts.

R : Qu’en est-il des entreprises françaises ?

S&AL : Leur présence est encore timide, même si des signes encourageants se font sentir qui expriment la volonté d’attaquer un marché sensiblement de la même taille que celui de l’Hexagone.
À coté des valeurs acquises, de nouvelles réalités s’imposent, fruit de l’esprit innovateur et de la volonté d’entreprendre qui caractérisent les nouvelles générations. Après tout, elles représentent le futur, et nous, qui faisons partie de cette nouvelle génération, voulons les aider à mettre en œuvre tous les moyens pour assurer leur succès, qui, manifestement, sera aussi le nôtre.
Nous souhaitons, bien évidemment, une participation encore plus forte de l’industrie funéraire transalpine, qui mérite une position plus importante sur le marché italien. Nous accroîtrons les efforts pour promouvoir Tanexpo en France. Et l’idée nous vient, pendant que nous en parlons, du pourquoi ne pas imaginer que quelqu’un dans votre pays (et pourquoi pas Résonance, après tout ? la balle est dans votre camp) puisse prendre l’initiative de créer, en 2018, une "île française", sur le modèle créé par Rudolf Kleewein et son île germanophone qui s’accroît d’une édition à l’autre avec des participants qui reviennent, signe incontestable du succès de sa démarche, et d’autres qui s’ajoutent au vu des excellentes performances commerciales des "pionniers".

R : Nous vous remercions pour votre disponibilité malgré toutes les obligations auxquelles vous devez faire face à quelques jours seulement de l’ouverture de Tanexpo 2016, et vous souhaitons un sincère : "In bòcca al lùpo !" (Dans la gueule du loup). On dit comme cela, n’est-ce pas ?

S&AL : Bien sûr, et la réponse qui complète cette formule pour souhaiter bonne chance est "Crépi il lùpo !" (Qu’il crève, le loup !). À bientôt dans la belle Bologne.

Steve La Richarderie

Instances fédérales nationales et internationales :

CPFM - Confédération des Professionnels du Funéraire et de la Marbrerie FFPF - Fédération Française des Pompes Funèbres UPPFP - Union du Pôle Funéraire Public CSNAF - Chambre Syndicale Nationale de l'Art Funéraire UGCF - Union des Gestionnaires de Crématoriums Français FFC - Fédération Française de Crémation EFFS - European Federation or Funeral Services FIAT-IFTA - Fédération Internationale des Associations de Thanatoloques - International Federation of Thanatologists Associations