Corinne Loiodice,
présidente de l'Union

du Pôle Funéraire Public , directrice générale de la SEM PFI de la région grenobloise.
Présidente de l’UPFP-Union du Pôle Funéraire Public, mais également directrice générale de la SEM PFI de la région grenobloise, Corinne Loiodice est une figure marquante du funéraire depuis plus de trente ans. Elle peut témoigner de l’impact de la loi de 1993 sur le secteur funéraire et sur le quotidien des opérateurs tant sur le plan opérationnel que sur celui de l’éthique.

Partage de points de vue…

 

Résonance : Après vingt années passées, quel bilan peut-on tirer de la loi de 1993 ?

 

Corinne Loiodice : Ce texte marque une des étapes importantes qui jalonnent le domaine funéraire depuis plus d’un siècle. Certes, beaucoup de choses ont changé en 20 ans, mais ce qui a évolué le plus significativement ce sont surtout les attentes de nos concitoyens, et les nouvelles pratiques funéraires qui se sont développées.

 

La décennie 90-2000 fut celle de la libéralisation de nombreux secteurs. L’apparition de la concurrence dans certains domaines économiques ne s’est pas faite sans conséquences. Dans le secteur funéraire, après la loi de 1993, les collectivités se sont à l’évidence désengagées d’une mission de service public qui finalement ne devait pas leur tenir tant à cœur que cela. Seules sont restées impliquées celles qui étaient déjà engagées opérationnellement avec des services et des équipements funéraires. Celles-ci s’inscrivaient dans une culture de l’éthique du service public funéraire, lequel se réaffirme aujourd’hui avec puissance, en réponse aux besoins réels et aux exigences des populations.

 

R : Il y a quand même des évolutions au niveau du funé?

 

CL : Il y a un constat bien sûr au regard des conséquences du texte. Nous évoquions précédemment la concurrence par l’ouverture sur ce marché à toute entreprise ayant une habilitation préfectorale pour exercer. Je suis au regret de constater que nous avons d’une certaine façon ouvert la boîte de Pandore sans mettre vraiment en regard les outils et les moyens de contrôle, voire de sanction, afin que les familles puissent avoir la certitude de faire appel à des opérateurs loyaux et éthiquement

 

Une actualité récente, absolument indigne, nous conforte dans cette position. Les conditions d’obtention de l’habilitation sont déjà très souples, mais les moyens de suivi et de contrôle sont insuffisamment efficients, ce qui amène à laisser exercer des opérateurs qui n’ont ni la qualification professionnelle, ni la conscience de la mission de service public que pourtant ils doivent assurer. 

 

D’autre part, je n’emploierai pas le mot "évolution" mais plutôt celui de "changement". Je prendrai pour exemple les tarifs pratiqués. Le législateur pensait que le texte, par l’ouverture à la concurrence, aurait un effet régulateur sur les tarifs. Il n’en a rien été. Bien au contraire, les prix se sont envolés allègrement. Nous avons eu aussi l’épisode "prévoyance funéraire", brèche dans laquelle se sont engouffrées les bancassurances. Le mal étant fait, les dispositions législatives prises postérieurement n’ont pas eu la portée souhaitée, et les pratiques perdurent. 

 

Si regrets il doit y avoir, c’est surtout sur le choix qu’ont fait à l’époque les pouvoirs publics de céder aux différents lobbies du funéraire dans un contexte européen en quête de dérégulation, sans faire une analyse fondamentale des conséquences à terme d’un tel choix dans un domaine aussi sensible.

 

R : Quelles conséquences pour le funéraire public pouvez-vous en?

 

CL : Il faut se remémorer les années 90. Nous savions tous, depuis la loi de 1986 permettant la dérogation, que le monopole des communes n’en avait plus pour très longtemps. La possibilité de fournir déjà concurremment le service extérieur des pompes funèbres par la commune de décès, de mise en bière, d’inhumation ou de crémation, et la mise en place d’un agrément pour les entreprises constituaient des signaux dé

 

Certaines collectivités ont donc pris des dispositions pour répondre à cette nouvelle réglementation. C’est ainsi que sont apparues les premières sociétés d’économie mixte funéraires. Quitte à faire face aux impératifs de la concurrence, autant répondre avec des outils adaptés. Grenoble, Paris, Tours, Brest ouvrirent ainsi la voie et firent ensuite école dans de nombreux domaines.

 

Cette nouvelle donne a eu pour conséquence directe d’amener les opérateurs funéraires publics à agir, en redéfinissant les bases de leur pratique, en réaffirmant leurs valeurs éthiques, en innovant dans l’accompagnement des familles, en proposant des équipements contemporains et adaptés, ainsi qu’à être de véritables acteurs performants au service de la politique de leurs collectivités.

 

Là est le véritable progrès, et cette vision anticipatrice imprègne désormais l’ensemble des services funéraires publics, pompes funèbres, crématoriums et cimetières.

 

R : Ce sont aussi les années de création du Pôle Funéraire?

 

CL : Bien sûr, la création de l’UPFP s’inscrit dans une suite logique de cette libéralisation du secteur. Le Pôle Funéraire Public s’est construit en 1999 sur plusieurs postulats toujours en: faire valoir l’éthique du service funéraire public, mettre en commun l’expérience et les savoir-faire de ses adhérents, regrouper les moyens  et les actions pour une gestion optimisée des services, organiser la promotion et la représentativité des adhérents.

 

L’UPFP, (Union du Pôle Funéraire Public) répond en tous points à une attente partagée : ses fondateurs et ses membres sont animés de la volonté de constituer un Pôle Funéraire Public fort, afin de faire entendre sa voix auprès des pouvoirs publics et de la profession, tant au plan national qu’européen. C’est chose faite et la progression de l’UPFP démontre que ses valeurs ont un écho très favorable et grandissant auprès des collectivités.

 

L’engagement des collectivités locales et territoriales dans le domaine funéraire est la garantie du respect de l’intérêt des familles dans les moments difficiles du deuil, et le pôle funéraire public est aujourd’hui un acteur incontournable dans le domaine funéraire. 

 

Les responsables de services funéraires publics (pompes funèbres, crématoriums, cimetières) occupent une position privilégiée pour veiller au respect d’une vraie déontologie dans l’exercice de leur mission. Ils ont également fait la preuve de leur capacité à s’organiser au sein de sociétés d’économie mixte, de sociétés publiques locales, de régies ou d’établissements publics industriels et commerciaux et de services communaux, afin de répondre aux nouvelles exigences des familles en matière d’accueil, d’accompagnement et de création de nouveaux services et équipements.

 

Il y a fort à parier que les années à venir seront celles, plus réfléchies, d’une attention sociale particulière. Nous sommes dans une période de profonds bouleversements socio-économiques où les valeurs d’un service funéraire public, performant et pertinent, sont déjà une réponse privilégiée à ces remises en cause sociétales profondes.

 

 

R : L’UPFP tient son congrès en juin 2013, l’axe central de réflexion est les "vingt années de loi de 1993". Il y a donc matière à?

 

CL : Il y a toujours matière à discussion si nous souhaitons exercer dans les meilleures conditions possibles de dignité et de qualité pour les familles qui font appel à nos services. Une date anniversaire est souvent l’occasion de faire une analyse sur les atouts et les faiblesses d’un dispositif, et d’en tirer des actions d’amélioration potentielles, c’est devenu une marque de fabrique de l’UPFP.

Par ailleurs l’actualité récente que nous évoquions précédemment a créé une émotion légitime au sein de la profession tout entière. Au-delà des remous médiatiques que suscitent toujours les pratiques répréhensibles et condamnables, se pose légitimement la question des effets indésirables de la loi de 1993 depuis sa mise en place.

 

Comment avons-nous pu rendre possibles de tels agissements et de telles pratiques envers des familles endeuillées ? Pourquoi n’avons-nous pas pu les préserver, dans ces moments difficiles, de tels individus qui exercent en toute légitimité, puisqu’ils sont pourvus de l’habilitation préfectorale ?

 

L’UPFP fonctionne comme un laboratoire d’idées et d’expertise appliquées au funéraire. Nos ateliers thématiques permettent l’expression de chacun pour le plus grand profit de tous. Pour le funéraire public, le problème n’est plus la loi de 1993 qu’il a su intégrer, nos enjeux sont ailleurs. Ils sont dans nos quotidiens, lorsque nous accueillons dans nos équipements des familles en deuil. Notre volonté, notre responsabilité est d’être et de rester des opérateurs funéraires loyaux, dont le premier service rendu est l’éthique dans l’exercice de notre mission. Cette éthique nous la mettons au centre de nos préoccupations au sein de nos ateliers UPFP. 

 

Nous évoluons dans une société qui manifestement se crée de nouveaux repères et de nouveaux besoins. Une situation de crise économique nous frappe depuis quelques années et a engendré de nouvelles pratiques qui ne doivent pas cependant nous faire prendre des orientations hâtives, où le remède supposé serait pire que les maux qu’il est censé traiter.

 

Prenons pour exemple appliqué la programmation de l’implantation des crématoriums, ou la question récurrente de la laïcité et de l’universalité dans les cimetières... Autant de questionnements qui doivent avoir des réponses dimensionnées.

L’éthique et le bon sens ne se décrètent pas… 

 

R : Un congrès tous les quatre ans, n’est-ce pas?

 

CL :  Ce le serait si dans l’intervalle nous restions sans agir. Ce n’est pas le cas. Chaque année nos "Rencontres Nationales" se déroulent avec un succès jamais dé; nous organisons aussi de façon régulière, des journées thématiques. Ces nombreux rendez-vous sont l’occasion de partager les différentes synthèses de nos groupes de travail, mais également de recueillir le sentiment de nos élus, toujours plus nombreux à assister à ces événements et à s’y impliquer.

 

Cette année, nous sommes à La Rochelle, et après une première journée statutaire, consacrée à notre assemblée générale, les "États Généraux du Funéraire" seront le point d’orgue de nos débats. Nous aurons le plaisir d’accueillir Hervé Jouanneau, journaliste et chef de rubrique à la "Gazette des Communes" qui présentera et animera la journée. Damien Dutrieux, maître de conférence associé à l’Université de Lille II, spécialiste en droit funéraire, nous apportera son expertise reconnue sur les sujets récurrents et d’actualité du funéraire.

 

La loi de 1993 fait l’objet d’un chapitre particulier et, cette année, les représentants des principales organisations professionnelles et du ministère de l’Intérieur apporteront leurs expériences et expertises. Ce partage de vues sera riche d’enseignements sur le ressenti ainsi que les orientations des professionnels du funéraire dans le contexte de cette loi.

 

Nous aborderons également d’autres sujets qui sont au centre des préoccupations des opérateurs funéraires publics, notamment la programmation de l’implantation des crématoriums qui fait beaucoup réagir au constat des créations d’équipements ces dernières années. Le ministère de l’Intérieur ainsi que les associations représentatives des maires et villes de France, des élus de l’UPFP et de la FFC (Fédération Française de Crémation), seront les témoins de ce volet de grand intérêt.

 

Enfin, l’après-midi de ces États Généraux sera consacrée aux cimetières. Outre le rôle traditionnel du cimetière, les approches, environnementale, patrimoniale et urbanistique, retiennent l’attention des collectivités, et depuis quelques années, nous assistons à une véritable évolution silencieuse. Le cabinet APUR, (l’Agence d'Ecologie Urbaine), la CAPEB et M. Frédéric Thomas, président de la SEM PFI de l’agglomération tourangelle nous apporteront leur concours à la compréhension de cette remarquable évolution structurelle.

 

Comme vous pouvez le constater, nos journées sont denses et nos plateaux d’intervenants de haut niveau constituent des bases solides de dialogue et d’initiative pour nos ateliers pour les mois à venir.

 

R : En conclusion, en tant qu’opérateur funéraire public, regrettez-vous la promulgation de la loi de?

 

CL :  Je ne m’inscris pas dans le regret, mais a contrario plutôt dans la perspective et surtout la prospective de la profession. En qualité de présidente de l’UPFP, je recueille les avis de tous et ensemble nous définissons une orientation. "L’effet papillon" veut qu’une action suscite une réaction, exerce une

 

Concernant les conséquences de la loi de 1993, elles sont bien sûr nombreuses et variées, mais il ne sert à rien de regretter. Concentrons-nous plutôt sur l’évolution de la législation et de la réglementation, dont d’ailleurs le funéraire a déjà fait l’objet avec la dernière loi de 2008 et le train de mesures réglementaires qui l’a accompagnée…

 

Ce qui s’avère intéressant et qui est une grande qualité de l’UPFP, réside dans la capacité que nous avons à nous redéfinir de façon contextuelle et à rester une force de proposition pertinente, afin de faire évoluer les textes. C’est ce que nous continuons à faire dans les domaines sensibles de la formation et de la qualification de nos personnels et dirigeants funéraires, l’habilitation et les moyens de contrôle efficients de celle-ci, la simplification administrative qui doit elle aussi garder son sens et sa pertinence, tout ce qui a trait à la pratique d’un exercice funéraire digne et éthique fait l’objet d’une réflexion approfondie de nos adhérents opérateurs publics.

 

Nous serons toujours présents sur ces questions qui doivent avoir des réponses dimensionnées tenant compte des réalités sociologiques de notre présent, mais surtout porteuses d’anticipations lucides et de réflexions sereines. Nos "Journées Thématiques", nos "Rencontres Nationales", nos "Congrès" sont autant de manifestations de ce que nous sommes, un laboratoire de compétence et d’éthique au service de l’intérêt général et du bien commun, un cercle de pensée, une force de proposition et de représentation des intérêts des familles en deuil.

 

Chaque jour, notre pratique l’affirme ! 

Instances fédérales nationales et internationales :

CPFM - Confédération des Professionnels du Funéraire et de la Marbrerie FFPF - Fédération Française des Pompes Funèbres UPPFP - Union du Pôle Funéraire Public CSNAF - Chambre Syndicale Nationale de l'Art Funéraire UGCF - Union des Gestionnaires de Crématoriums Français FFC - Fédération Française de Crémation EFFS - European Federation or Funeral Services FIAT-IFTA - Fédération Internationale des Associations de Thanatoloques - International Federation of Thanatologists Associations