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Retour d’un habitué dans les colonnes de "Résonance". Je reçois en effet Maxime Gillio pour la troisième fois. La première, ce fut à l'occasion de la sortie du "Cimetière des morts qui chantent", la seconde pour "l’Exquise Nouvelle" et aujourd'hui, c’est pour la sortie de son dernier polar en date, "Anvers et damnation".(1)

 

RES94p100aCette fois-ci, Maxime prend les commandes de "l’Embaumeur". Le temps d’un épisode, il dirige Luc Mandoline. Max a décidé de le faire voyager en Belgique dans les sphères de la prostitution et de la politique. Vaste programme :
Et si DSK avait été tué dans une chambre d’hôtel ? Et si cet hôtel se trouvait en Belgique et non à New York ? Et si ce n’était pas le FBI qui enquêtait, mais Luc Mandoline, alias l’Embaumeur, le thanatopracteur préféré de ces dames ? Et si les pages de ce roman dégoulinaient de sueur, de sang et d’humour noir, vous le liriez, vous ? Oui ? Alors qu’est-ce que vous attendez ?

 

Un extrait du livre :

 

"Le bistrot situé en face de la morgue était à son image: d’une autre ère. D’un temps où les estaminets sentaient bon l’Amsterdaamer et la Gauldo, le diabolo-mandarine et la Jupiler, le tabac brun et l’after-shave de supermarché. L’endroit était d’une propreté étincelante, comme si le vingt et unième siècle, Schengen et Maastricht ne s’y étaient jamais arrêtés pour se jeter une dernière Rodenbach avant la route.
Un baby-foot Stella aux poignées usées mais rutilantes, un flipper Vampirella, de la cretonne aux fenêtres, des fanions du club de foot du quartier, un vieux berger allemand derrière le comptoir, des cafés-filtre et des cacahuètes salées dans des ramequins en pyrex.
Mandoline et Sullivan rejoignirent les deux policiers assis dans un recoin du troquet, sur des banquettes en skaï bordeaux craquelé. Ils transportaient avec eux ces effluves obsédants de formol, l’odeur de la mort propre, presque présentable.
Van der Kuyp fit un geste à la patronne, une petite vieille aussi large que haute, au chignon gris impeccable, un vieux châle vert posé sur les épaules. En un rien de temps, quatre chopes mousseuses leur furent servies. Mandoline et Sullivan les vidèrent d’un trait et demandèrent aussitôt à ce qu’on rhabille le gamin. Puis Luc se décida à aborder le sujet.
- OK, les mecs. Votre gazier est recousu, traité, formolé, maquillé, pomponné. À moins qu’on le rouvre à nouveau, l’absence…"
Oui, je sais, c’est extrêmement odieux de couper un passage de livre comme ça, mais que voulez-vous, il me faut bien vous donner envie de le lire, non ?

 

Rencontre avec Maxime :

 

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Maxime Gillio.
Crédit photo : Benjamin Berdeaux.

 

Sébastien Mousse : Salut Maxime, je ne te présente pas "Résonance", c’est la troisième fois, je me demande si les lecteurs ne vont pas se rendre compte que l’on est amis…Te voici donc aux manettes d’un Embaumeur, première question : Tu as aimé ce personnage, le travailler, te l'accaparer durant une aventure ?

 

Maxime Gillio : Bonjour Sébastien. On se connaît, non ? Bien sûr que j'ai aimé diriger Luc et Sullivan. D'autant que je suis ton projet depuis sa création, que j'ai lu les quatre premiers tomes écrits par mes illustres collègues. Et puis je sais la passion qui t'habite, et l'esprit que tu désires insuffler à cette série. Avant même d'écrire la première ligne, j'avais l'impression de connaître Luc depuis des années.
En outre, c'est drôle de voir ce que les autres en ont fait, apporter mes propres révélations sur les personnages, contribuer à épaissir leur vécu, histoire de faire s'arracher les cheveux au directeur de collection chargé de veiller à la cohérence de la série dans sa longueur... Et puis ton Embaumeur, c'était l'occasion pour moi de me frotter à un genre, le roman populaire, de gare (dans le bon sens du terme) avec un cahier des charges intéressant : format plutôt court, action, sexe et castagne. Ça me branchait. Cela dit, j'avoue que la rencontre fut brève, et que l'envie me titille de le retrouver pour une seconde aventure, dans un tout autre registre. Mais ça ne dépend pas que de moi... (Sifflote)

 

Sébastien Mousse : Cela fait plusieurs fois(2) que tu côtoies les métiers du funéraire dans tes œuvres, une vocation manquée ou un attrait morbide ?


Maxime Gillio : Attrait morbide, bien sûr ! Tu connais un polardeux que les choses de la mort n'attirent pas, toi ? Cela dit, je parlerais plutôt de curiosité que d'attrait. Et puis quand on y pense, les thanatos sont peut-être les seuls, avec les médecins, les journalistes et les curés, à connaître l'envers du décor, la face sombre et cachée de la réalité. Pour un écrivain, c'est un personnage au potentiel inestimable que tu as créé.

 

Sébastien Mousse : "Anvers et Damnation" flirte presque avec ce que l’on appelle l’uchronie(3). N’est-ce point un exercice de style dangereux ? Où il faut faire attention à chaque phrase à ne pas tomber, que le lecteur ne transpose pas un personnage fictif sur un personnage réel ?

 

Maxime Gillio : Oui, enfin bon, le coup du candidat socialiste qui se fait buter dans une chambre d'hôtel par une prostituée black, entre nous, c'est surtout un argument de quatrième de couve. C'est le point de départ de l'enquête, mais pas plus. Paradoxalement, la résolution de l'intrigue, ce qui sous-tend ce crime, c'est une histoire vraie, une pratique existante, alors que c'est ce qui peut paraître le plus extravagant dans le bouquin.

 

Sébastien Mousse : "Anvers et Damnation" se déroule en Belgique, on ressent dans les descriptions une véritable attache pour toi à ce pays, cette culture. Quand tu seras multimillionnaire, tu iras à donc à Néchin et non à Saransk ?(4) Ce pays t’attire vraiment ?

 

Maxime Gillio : Tu sais que j'ai déjà pensé à demander la double nationalité, par esprit de provocation ? J'ai une triple attache sentimentale avec ce pays que j'adore. Familiale (mes arrière-grands-parents maternels étaient belges), géographique (j'habite à 20 km de la frontière) et bien sûr culturelle. Avec toute l'affection que j'ai pour la Belgique, objectivement, par son histoire, ce pays est une aberration. Mais les Belges, en tout cas certains, ont su intégrer une histoire chaotique et des cultures différentes en un assemblage magnifique. Quel autre pays pouvait nous donner la belgitude et le surréalisme ? Jacques Brel, Simenon, Paul Delvaux, Franquin, Annie Cordy ou Frédéric François ? Je n'ai que vingt kilomètres à parcourir pour changer de monde. J'aime leS BelgiqueS, la poésie, la gastronomie, l'architecture flamande, l'héritage espagnol, l'autodérision, les estaminets, les places pavées, les gares de Delvaux, les communes de Bruxelles, manger une frite chez Eugène, Spirou, le bourgmestre de Furnes, les gaufres et les beignets de crevettes. Bon, faut reconnaître, leurs autoroutes sont à chier.
D'ailleurs, tu aurais pu signaler que j'ai déjà écrit un bon petit polar qui se passe en Belgique ("La fracture de Coxyde"). Tu sais bien que je ne sais pas faire ma pub, merde ! Cela dit, d'être frontalier permet de ne pas être confronté aux problèmes politiques récurrents de ce pays, et j'ai très peur des résultats aux prochaines élections nationales l'an prochain.

 

Sébastien Mousse : C’est d’ailleurs un auteur belge, et non des moindres, Paul Colize, qui préface ton livre, heureux ?

 

Maxime Gillio : Quand on pense qu'il y a quelques années, c'est lui qui me demandait un avant-propos... Bien sûr que je suis ravi ! On s'est rencontrés sur le tard, avec Paul, mais il y a quelque chose, hein ? On partage le même humour, on discute souvent "cuisine" entre nous, et si nous n'avons pas totalement le même style, la lecture de ses romans me fait réfléchir quant à ma propre pratique.
Mais je me demande si ce type est vraiment belge. Son accent est trop marqué, c'est un leurre.

 

Sébastien Mousse : Nous avions parlé ici, il y quelques mois de "l’Exquise Nouvelle", première du nom. Bientôt sort en librairie la troisième saison : "La saison Mix and Match", tu peux nous en dire deux mots, voire plus ?

 

Maxime Gillio : Pour être tout à fait franc, je n'ai rien fait pendant cette saison, à part ma contribution textuelle. Le concept et le mérite en reviennent à David Boidin et au trio d'eXquis babies qu'il a cornaqué (Armèle Malavallon, Frédéric Schweyer et David Charlier).
Pour cette ultime saison, des trios d'auteurs ont été constitués dans le plus grand secret. Un thème imposé, le Concierge Masqué. Le premier auteur imagine un début de nouvelle, le transmet à un second qui le continue, puis passe le relais à un troisième qui la termine. Détail amusant, aucun membre du trio ne connaissait l'identité des deux autres. C'était une surprise. C'est ainsi que j'ai découvert que j'avais écrit avec Arnaud Modat et surtout Didier Daeninckx, un de mes maîtres dans le milieu.
Cette année, c'est notre structure (les eXquisMen) qui se charge de la fabrication, de l'impression et de la commercialisation du recueil. Et les droits seront reversés à la recherche contre les pancréatites.

 

Sébastien Mousse : Il devait y avoir une seule saison, il y en a eu une seconde, puis une troisième, "L’Exquise Nouvelle" n° 4 c’est pour quand ?

 

Maxime Gillio : Aux dernières nouvelles, jamais ! Cette saison 3 doit être la dernière.

 

Sébastien Mousse : Et après la sortie de "Anvers et Damnation", qu’est-il prévu au programme ?

 

Maxime Gillio : Si tout va bien, 2014 me verra accomplir le grand écart littéraire, entre le retour d'une certaine héroïne qu'on me réclame depuis quelque temps, et l'écriture d'un roman plus personnel dans lequel je place beaucoup (trop ?) d'ambitions. Mais une chose est sûre, je n'écrirai plus de polar "traditionnel".

 

Sébastien Mousse : Maxime, je te remercie de cet entretien, et à bientôt !

 

Maxime Gillio : De rien, mais n'oublie pas de rapporer du pain ce soir.

 

Nota :
(1) Anvers et Damnation, Éditions l'Atelier Mosésu, tome 5 des aventures de l'Embaumeur.
(2) Voir Résonance N°
(3) L’uchronie est un genre littéraire qui repose sur le principe de la réécriture de l’Histoire à partir de la modification d’un événement du passé. "Uchronie" est un néologisme du XIXe siècle fondé sur le modèle d’utopie, avec un "u" négatif et "chronos" (temps) : étymologiquement, le mot désigne donc un "non-temps", un temps qui n’existe pas.
(4) Cf. exil de Gérard Depardieu.

 


Sébastien Mousse,Mousse-Sebastien
thanatopracteur et directeur littéraire.
(photo signée Benjamin Berdeaux)

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