Les décorations de Noël, le tube de l’été, le beaujolais nouveau, le marronnier journalistique sur le prix des obsèques à la Toussaint, le grand prix du jury du festival de Cannes, et le nouveau Franck Thilliez !

 

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Franck Thilliez

© Didier Cohen

Tous les ans, début octobre, le "pape" du polar français rend sa copie, les serials lecteurs sont au rendez-vous, et pas qu’eux, car Franck ratisse large, pas que dans l’amateur pur et dur de polar, de thriller, non, c’est un des grands livres de l’année à chaque fois. Cette fois-ci, Franck nous emmène doucement dans un huis clos avec de la neige tout autour, oui, comme dans "La Forêt des ombres", mais la ressemblance s’arrête là. Franck a délaissé le Nord, tout comme Franck Sharko et Lucie Henebelle ses deux héros récurrents, pour nous faire pénétrer dans un véritable thriller psychologique à énigmes.

Deux jeunes férus de jeux en réseau vont réussir à accéder à l’une des chasses au trésor les plus recherchées des "gamers" : "Paranoïa". Un jeu secret, dont on ne sait rien, si ce n’est la règle n° 1 : "Quoi qu’il arrive, rien de ce que vous allez vivre n’est la réalité. Il s’agit d’un jeu."

Une fois les premières épreuves de sélection passées, nos deux joueurs vont se retrouver dans un espace un peu différent de ce qu’ils ont pour aire de jeux habituellement, un gigantesque bâtiment isolé et désaffecté en pleine montagne appelé "Complexe psychiatrique de Swanessong". Et c’est surtout en ce lieu que les participants vont découvrir la règle n° 2 : "L’un d’entre vous va mourir."

Pour Ilan, personnage central de ce roman, qui ne se remet pas du décès de ses parents, la frontière entre le jeu et la réalité va être de plus en plus dure à discerner… C’est alors que la paranoïa va réellement commencer.

Franck connaît son boulot d’écrivain, c’est un orfèvre en la matière, chaque détail du décor est ciselé, vous les avez en vous, ces décors fabuleux, vous êtes comme plongés au cœur du décor. Je revoyais des photos de l’excellent photographe belge Sylvain Margaine(1), spécialiste de l’Urban Explorer(2), ces morgues, ces hôpitaux, ces asiles abandonnés, mais avec encore tout le matériel médical en place…

De plus, l’auteur va nous emmener dans les arcanes de la psychiatrie, un chemin de piste à travers les méandres du cerveau humain et de l’imagination. Une fois de plus, le maître du thriller français a blufflé son public. Une intrigue, des cadavres, un lieu, une atmosphère, la folie, tous les ingrédients sont réunis pour faire de ce livre un succès.


La quatrième de couverture :


Accepteriez-vous de mourir... dans un jeu ? Ilan et Chloé sont spécialistes des chasses au trésor. Longtemps, ils ont rêvé de participer à la partie ultime. Celle de ce jeu mystérieux dont on ne connaît pas les règles, seulement le nom : "Paranoïa". Le jour venu, ils reçoivent enfin la règle n° 1 : "Quoi qu'il arrive, rien de ce que vous allez vivre n'est la réalité". Il s'agit d'un jeu. Suivie, quelques heures plus tard, de la règle n° 2 : "L'un d'entre vous va mourir". Quand les joueurs trouvent un premier cadavre, quand Ilan découvre des informations liées à la disparition toujours inexpliquée de ses parents, la distinction entre le jeu et la réalité est de plus en plus difficile à établir. "Paranoïa" peut alors réellement commencer...

 

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Un extrait :


"Pensez-vous que l'esprit est capable de se guérir de lui-même ? De se purger de sa propre pourriture sans intervention extérieure, sans médicament, sans médecin ? Vous savez, un peu comme ces blessures que l'on se fait aux genoux quand on est enfant, et qui, même sans mercurochrome, finissent par disparaître d'elles-mêmes."


Rencontre avec l’auteur :

 

Sébastien Mousse : C’est avec plaisir que je te reçois, Franck, tu as été ma première interview ici, il y a déjà quelque temps, pour "La Forêt des ombres", tu es aussi le "parrain" de l’"Embaumeur". Tiens d’ailleurs, bouclons la boucle avant de parler de puzzle, on reverra un jour David Miller(3) ?

 

Franck Thilliez : C’est peu probable, David Miller vit sa vie de son côté, hors de mes livres. Il était destiné à n’être le personnage que d’un roman. Pourquoi ? Parce que David Miller a une vie simple et "normale" à l’origine, il vit une aventure "extraordinaire" dans la forêt, et à la fin du livre, il retrouve cette vie (méchamment modifiée tout de même). Cela est différent de Sharko/Henebelle, des policiers qui ont, certes, eux aussi une vie normale, mais qui sont impliqués dans l’enquête policière de par leur fonction.

 

SM : Ma première question sur "Puzzle" est en rapport avec le décor que tu as construit, tu connais l’œuvre de Sylvain Margaine dont j’ai parlé plus haut ? J’ai été impressionné par la description de certaines pièces.


FT : En effet, je me suis pas mal inspiré de ses visites dans les "Forbidden places", ces endroits abandonnés et interdits pour la plupart. L’HP de "Puzzle" n’existe pas physiquement dans les montagnes où se situe l’action du roman, mais il existe ailleurs. Je l’ai juste transporté là où je le voulais par la magie des mots.

 

SM : Comme d’habitude, le livre est extrêmement nourri de détails, de l’indispensable à l’infime, combien de temps passes-tu à faire des recherches, à te documenter pour un livre ?

 

FT : J’écris un livre par an, et la recherche d’idées/documentations prennent la moitié du temps, soit 6 mois. Mais au bout de ces 6 mois, lorsque je commence à écrire, je sais assez précisément où je vais.

 

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Morgue d'Anvers. (Photo Sylvain Margaine)

 

SM : Tu tisses ta trame, emmènes le lecteur avec toi tout au long des pages de ce livre, comme à ton habitude, pour le piéger à la fin. Auteur de thriller psychologique, c’est être un manipulateur ?

 

FT : Oui, bien sûr ! Il faut jouer avec son lecteur, l’induire en erreur, le tromper, mais ne pas lui mentir, c’est là toute la nuance. Une fin réussie, par exemple, est une fin que l’on pressent, sans la deviner exactement. Elle ne doit pas sortir d’un chapeau de magicien, elle doit être sous-jacente au récit. C’est pour cela que, parfois, les plus aguerris des lecteurs la devinent…

 

SM : La question bateau sur "Puzzle", voilà, j’ai un grand respect pour les livres, je ne déchire pas, je ne découpe pas, et j’ai été bien trop fainéant pour scanner et découper toutes les pièces de "Puzzle" en tête des 64 chapitres. J’ai bien une idée, mais on ne sait jamais. Cela forme vraiment un dessin si on assemble tout ? Le dessin ?

 

FT : Oui, le "Puzzle" reconstitué expose une scène finale du récit, sa solution, en quelque sorte. Évidemment, je ne dirai pas de quoi il retourne, il faut lire le livre avant. Le livre parle de jeu, j’ai trouvé amusant de pousser ce jeu en dehors de l’histoire, mais en restant dans le livre "physique"…

 

SM : Je ne saurais terminer cette courte entrevue sans dire la joie que j’ai à publier un nouvel ouvrage écrit par tes soins dans le prochain recueil des auteurs du noir(4), mais peut-on avoir un indice sur le sujet de ton prochain roman ?

 

FT : Retour de Sharko/Henebelle, plus en forme que jamais (et ils vont avoir besoin de force), et apparition d’un nouveau personnage, une gendarme du Nord, greffée du cœur, qui a une obsession : retrouver son donneur…

 

SM : Franck, je te remercie, une fois de plus, de ta sympathie et de ta gentillesse.

 

FT : Merci à toi et à la prochaine.


Sébastien Mousse,
thanatopracteur et directeur littéraire

 

Nota :
(1) www.forbidden-places.net
(2) On appelle UE, urbex, infiltration, urban exploration ou reality hacking en anglais c’est l’art de franchir des limites dessinées par d'autres. Enjamber une barrière, franchir une porte, ramper dans un tunnel, ouvrir une trappe. Toutes ces approches et les recherches qui conduisent à la partie utilitaire de la ville, souvent très esthétique, constituent l'exploration urbaine. Des endroits où vous n'êtes pas supposés aller. Vous quittez la partie toute tracée. Vous explorez.
(3) David Miller est thanatopracteur, il est le héros central de "La Forêt des ombres", voir Résonance N° 60.
(4) Irradié, sortie en mai 2014, droits d’auteurs reversés à Tchernobyl/Nord-Pas-de-Calais, association œuvrant pour les enfants de Tchernobyl, qui leur trouve des familles d’accueil en France pour un mois de vacances chaque année.

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