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Marin Ledun est un auteur qui se fait discret, on ne le voit pas en une des journaux, sans cesse sur les médias sociaux, non, l’homme s’exhibe peu, et pourtant… Et pourtant, l’un de ses romans, “Les Visages écrasés“, vient d’être adapté au cinéma, sous le titre de “Carole Matthieu“, avec dans le rôle principal Isabelle Adjani, excusez du peu.

L’histoire d’une femme médecin du travail dans une entreprise aux techniques managériales écrasantes, Carole Matthieu, tente en vain d’alerter sa hiérarchie des conséquences de telles pratiques sur les employés. Lorsque l’un d’eux la supplie de l’aider à en finir, Carole réalise que c’est peut-être son seul moyen de forcer les dirigeants à revoir leurs méthodes. Mais je ne vais pas parler de ce livre qui est sorti il y a déjà quelque temps, ni de ce film que je n’ai pas encore vu. Non, Marin vient de sortir un nouveau roman, “En douce“, aux éditions Ombres noires.

"En douce", c’est l’histoire d’une femme, l’histoire d’Émilie

Une jeune infirmière dont la vie a été brisée lors d’un accident de la route. Amputée d’une jambe, elle sombre dans la déprime, s’enlise dans le marasme de ses idées noires, à la limite de la folie. Elle quitte son boulot, part se retirer dans un chenil, elle va vivre au milieu des chiens et des pins dans un bungalow sous un soleil étouffant. Là, au milieu des landes, elle va partir à la recherche de celui qui l’a percutée, celui qui a brisé sa vie. 

Émilie est unijambiste, mais elle ne manque pas de charme, elle va même découvrir le côté acrotomophile de certains hommes, ceux qui fantasment sur son moignon. Mais surtout, elle va retrouver Simon Diez, le séduire, le séquestrer et lui tirer une balle dans la jambe. Il va être ainsi à sa merci, il va devoir l’écouter, que elle lui conte le calvaire qu’est devenue sa vie à cause de lui. Sauf qu’Émilie ne se retrouve pas vraiment face à Simon, mais plus face à elle-même… À son passé, à son présent, et surtout à son manque d’avenir.

Le passé alterne avec le présent, on comprend le processus de la descente aux enfers d’Émilie, ce qui l’a menée ici, au milieu de nulle part, dans cette fournaise au milieu des merdes de chiens. Pas de fioriture, de description inutile, Marin réduit le décor, ce qui reste, c’est l’essentiel. Des décors qui donnent une atmosphère et des personnages complexes, ciselés au burin. Émilie n’est pas brisée que physiquement, il y a cette histoire d’amour, qui est plus une mise en abîme qu’autre chose. Émilie avait sa vie avant l’accident, il y a dorénavant l’après-accident.

Mais Simon non plus n’a pas vraiment une belle vie, il est pris dans les rouages de la société de consommation. Lui aussi tente de survivre, enfermé dans cette solitude qu’il tente de briser. Marin Ledun nous offre ici un magnifique roman noir sociétal. Sociétal parce qu’Émilie, c’est aussi une vie brisée par le système, un avenir qui s’annonçait radieux, et puis l’accident, devenir handicapée, le regard, son propre regard, les autres, le boulot… Lorsqu’il ne vous reste plus d’espoir en l’espèce humaine, que la vie vous a un peu trop déçu et que vous préférez vous réfugier au milieu d’un élevage canin. Une magnifique lecture, un bel ouvrage dans cette rentrée littéraire…

Rencontre avec l’auteur

Sébastien Mousse : Bonjour Marin, tout d’abord, je te remercie de m’accorder un peu de temps pour les lecteurs de la revue Résonance. Avant de parler de ton dernier roman en date, une petite question sur “Les Visages écrasés“. Quel effet cela fait-il de savoir que son œuvre va être adaptée au cinéma, avec Isabelle Adjani dans le rôle principal ? Nous sommes à peu de chose près de la même génération, Adjani, c’est Helena dans “Subway“, la reine Margot…

Marin Ledun : Je n’en reviens toujours pas. Imagine le chemin parcouru depuis mon bureau à France Telecom, ma démission, puis maintenant, un film avec Isabelle Adjani, Corinne Masiero, Sarah Suco, Ola Rapace. Bon sang ! Le tournage a eu lieu à Roubaix entre novembre et décembre 2015. Forcément, une adaptation sur ce roman-là, sur la souffrance au travail, ce fut un moment particulier pour moi. Voir ce livre en séquences, avec des personnages de chair et d’os, porté par Isabelle Adjani métamorphosée en Carole Matthieu, mon personnage, immense actrice au service d’un rôle, mais aussi d’une idée et d’un sujet, époustouflante, vraiment – j’ai encore en tête certaines scènes du tournage où, bon sang ! elle incarne Carole Matthieu mieux que je ne l’ai écrit ! Et Corinne Masiero dans le rôle de la DRH ! Et Sarah Suco ! Et Lyès Salem dans le rôle d’Alain, le représentant syndical ! Et Alexandre Carrière, troublant de ressemblance dans le rôle de Vincent Fournier, l’homme par qui tout arrive ! 

Des actrices et des acteurs immenses, conscients du sujet du roman, impliqués. Un scénario avec de nécessaires et salutaires réajustements qui tiennent compte des difficultés d’adaptabilité du roman. Le réalisateur, Louis-Julien Petit, m’a proposé un (tout) petit rôle/figuration de délégué du personnel, que j’ai finalement accepté, ce qui m’a permis de me mêler aux joyeuses troupes de figurants, d’acteurs et de tous les travailleurs, techniciens, scripts, etc. qui permettent au film d’exister. Depuis, le film est monté et il existe, maintenant, il sort sur Arte le 18 novembre. Sans doute en salles. J’ai eu la chance de le voir, et je suis convaincu qu’il fallait le faire ! J’imagine qu’on aura l’occasion d’en reparler.

SM : Revenons à “En douce“, pas de véritable intrigue, ce n’est pas un livre à enquête, c’est “l’histoire de gens“, les aventures de personnes brisées par la vie, c’est ce qui t’inspire chez tes contemporains, mettre en lumière ceux qui n’ont pas eu la chance ?

ML : Pas de véritable intrigue ? Comme tu y vas ! Je ne suis absolument pas d’accord. Émilie mène l’enquête de sa vie ! Pour des raisons personnelles, j’ai traversé l’an passé une période difficile et peu propice à l’écriture. Le travail sur “Au fer rouge“ m’a également pompé beaucoup d’énergie, techniquement. J’ai beaucoup hésité à me relancer dans l’écriture. J’ai énormément lu. Je sentais que j’étais à une sorte de carrefour, je me posais des questions sur ce que j’avais envie d’écrire, comment je voulais l’écrire, comment je construisais mes personnages, bref, ma petite cuisine intérieure. Il y avait ce roman de Sophie Divry, “La Condition pavillonnaire“, qui m’a profondément marqué par sa langue et sa justesse d’analyse. Le contexte français et international pesant que l’on sait, les attentats, l’abattement, les luttes qui ressurgissent d’on ne sait où, miraculeuses. 

Ma petite place microscopique dans tout ça. Les romanciers sont des éponges, pour le meilleur et pour le pire. Et puis il y a eu cette demande du festival polar de Lamballe, à qui je devais rendre une nouvelle sur le thème “Dur(e) à cuire“ pour l’été 2015. Une vingtaine de pages, longue, très longue à accoucher. Le personnage d’Émilie s’est imposé très vite, sorte de combattante vengeresse en colère contre le monde, mais l’écriture à proprement parler m’a pris plusieurs mois. Essentiellement parce qu’après mes deux romans basques je voulais passer à autre chose, d’abord pour moi, pour ne pas me lasser, parce que je change aussi, j’imagine. Je suis vraiment fier du résultat. J’ai aussitôt attaqué l’écriture du roman “En douce“, en transformant évidemment la structure de la nouvelle qui ne convenait pas à un format plus long, mais en conservant ce formidable personnage d’Émilie auquel je m’étais vraiment attaché. J’ai commencé, et je me suis arrêté. 

Nouveau blocage. La nouvelle intitulée “Quelques pas de danse“ a finalement été publiée en novembre 2015… le jour d’une nouvelle vague d’attentats à Paris, qui a d’ailleurs conduit à l’annulation du festival, sur décision de la préfecture – un non-sens ! Le tournage de l’adaptation de "Les Visages écrasés“ a débuté à Roubaix, mi-novembre, dans ce contexte dur et compliqué. En visionnant certains rushs de scènes tournées en mon absence, il y a eu comme un déclic, en particulier sur une scène bouleversante et criante de vérité où Isabelle Adjani (la médecin du travail, Carole Matthieu) et Sarah Suco (la fille de Carole Matthieu dans le film) s’affrontent. Le tournage terminé, je me suis remis au travail, et l’histoire de “En douce“ s’est mise en place d’elle-même. Cette fin que je peinais à trouver s’est imposée. 

Toutes ces phrases, ces sensations, ces scènes que j’amassais dans un coin depuis des mois se mettaient enfin en place. J’ai écrit les deux derniers tiers du roman en dix fois moins de temps qu’il ne m’en a fallu pour le début. Le titre, lui, m’a été soufflé voici cinq ou six ans par un cousin qui m’est cher, au cours d’une soirée stimulante à discuter des lendemains qui chantent. 

SM : Quel personnage que cette Émilie ! À certains moments, on a envie de la serrer contre soi, de la prendre dans nos bras, à d’autre de la gifler et de la faire interner. Une femme complexe, touchante, qui ne laisse pas indifférent, de quoi t’inspires-tu pour créer une “héroïne“ de ce genre ?

ML : Émilie évolue dans un milieu machiste et éprouvant, dur physiquement, celui des ouvriers agricoles et des forestiers, où les hommes chassent en meute, sillonnent les forêts en grosses voitures tout-terrain, manient des tronçonneuses de cinq ou six kilos à bout de bras, déplacent des troncs de plusieurs centaines de kilos, grimpent aux cimes des pins pour les élaguer, qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il neige. Émilie doit faire sa place dans ce monde-là. Elle doit le faire dans la douleur, parce qu’elle est en résistance, parce qu’elle ne veut pas subir le monde, mais l’affronter. Elle veut être au-dessus des hommes. Elle entend être meilleure qu’eux. Elle veut que les hommes paient pour ce qu’elle a subi, pour son déclassement, pour ses rêves brisés, mais, plus que tout, elle entend gagner sa liberté, en s’émancipant du schéma familial sur lequel sa vie était calquée, et en mettant tout en œuvre pour comprendre ce qui lui arrive et le monde dans lequel elle vit. 

J’ai pour habitude de puiser la matière de mes romans dans des faits politiques ou sociaux. Je passe ensuite plusieurs mois à me documenter, puis je construis mes personnages et mon histoire avant de m’atteler à l’écriture. Ici, pour la première fois, j’ai fait l’exact chemin inverse. “En douce“ est bâti autour de la vie d’une ouvrière jetée à l’adolescence sur le marché de l’emploi. Une force de la nature. Une femme levée à trois heures du matin pour se rendre au travail, six jours sur sept. Une femme admirable, digne, toujours prête à prendre soin des autres, dont le corps souffre de cette vie de forçat, mais qui semble comprendre, de façon aiguë, presque intuitive, le monde dans lequel nous vivons plus que je n’ai su le faire dans chacun de mes romans précédents. Voilà comment est née Émilie, l’héroïne de ce roman. Voilà ce qu’elle est. Un personnage universel capable d’exprimer le doute, la colère et l’espoir. Une femme bouillonnante qui relève la tête et cherche à comprendre ce qui n’a pas fonctionné dans sa vie et dans la société dans laquelle elle a grandi. Émilie est un personnage formidablement positif. Elle vibre d’une conscience exacerbée de la vie, puissante, violente, presque incontrôlable. Les actes d’Émilie l’incarnent. Elle prend corps à travers eux, alors que j’ai pris soin de très peu la décrire, physiquement, dans le roman. Son trait physique principal étant ce qui lui fait défaut : sa jambe. 

SM : Il y a déjà pas mal de temps que je suis ton parcours, que je te lis, notre première rencontre remonte à un salon dans une église, du côté de Saint-Chef, en hommage au grand San-Antonio. Comme beaucoup d’auteurs, ta plume est de plus en plus maîtrisée, on sent l’évolution dans l’écriture, mais là en plus je dois avouer que j’ai été surpris. On a l’impression que le texte est réduit au minimum, pas de superflu, directement dans le vif du sujet. Pas besoin de galvauder, d’avoir trop d’adverbes et d’adjectifs, un style sobre et précis en même temps. Un exercice ou une nouvelle façon de travailler ?

ML : D’abord, c’est un travail que j’ai surtout commencé avec “Au fer rouge“. Le roman est long et dense, cinq ou six personnages, mais un an et demi d’écriture et de travail, mot à mot, pour l’épurer au maximum. J’ai coutume de dire, en atelier d’écriture, que deux adjectifs dans une phrase, c’est probablement deux adjectifs de trop. J’exagère, évidemment, mais l’idée est là quand je planche sur une phrase : comment la rendre encore plus synthétique, donc plus efficace et sous tension. 

“En douce“, le roman. Le décor et le personnage principal étaient campés, je les connaissais parfaitement, j’avais suffisamment de recul pour ne conserver d’eux que le strict nécessaire pour raconter mon histoire. J’imagine aussi qu’avec le temps, j’évite les digressions. J’essaie, en tout cas. Et j’aspire à cette écriture-là. Donc, oui, une forme nécessaire, un style sec et brutal, comme le sont Émilie et son rapport au monde. C’est un peu comme Simon Diez, dans “En douce“, au moment de couper son chêne. Il faut d’abord inspecter l’arbre, penser sa chute, puis il faut vérifier son matériel, aiguiser ses outils avec soin, puis attaquer l’arbre à proprement parler, préparer l’encoche, tailler les éventuelles résurgences racinaires, au besoin passer la lame de la tronçonneuse au cœur de l’arbre, et enfin, seulement enfin, couper. Reste à débiter selon si l’on veut des planches, des piquets ou du bois de chauffage, élaguer, fendre puis empiler pour le séchage, nettoyer le matériel et le ranger pour une prochaine utilisation. C’est long, c’est lent, mais chacune de ces étapes est nécessaire si l’on veut pouvoir être fier du travail bien fait. Cette scène est centrale dans “En douce“, parce qu’elle résume en même temps ce que sont mes personnages et ma manière de travailler. Prendre son temps, écrire, réécrire, une fois, dix fois, vingt fois la même scène, le même dialogue, jusqu’à ce qu’elle/il sonne.

SM : Une fois de plus, nous sommes dans ce que je nomme du noir sociétal, pas de tueur en série, de monstre, de superflic chez toi, non, des petites gens sur qui le sort semble s’acharner, des pékins que les salauds tentent parfois d’écraser. La vie normale et l’injustice sont ta plus grande source d’inspiration ?

ML : Encore une fois, des perdants magnifiques. Comme toi. Comme moi. Juste des humains qui n’ont aucun pouvoir, si ce n’est celui de résister et de relever la tête.

SM : Écrire est une façon de lutter, de résister ?

ML : Définitivement. Et il y a de multiples raisons à cela. C’est quelque chose de très violent que nous ressentons, toutes et tous, j’imagine, cet espèce de mépris de classe que nous renvoient certains dirigeants, certains hommes ou femmes politiques. Mépris de classe que nous renvoie également tout un magma de procédures dans le travail ou pour les personnes au chômage, telles que les “entretiens de progrès“ ou les “bilans de compétences“ qui sont autant de techniques d’humiliation quotidiennes, etc. Nous sommes tous des perdants magnifiques, comme Émilie et Simon.

SM : “Un poulpe“, “Un singe en Isère“, Une Mona Cabriole, “Le Cinquième Clandestin“, tu sais que, dans ces séries avec héros récurrents, il y a un personnage du funéraire, l’Embaumeur, qui aimerait bien une aventure sous ta plume…

ML : Il va falloir que je me documente !

SM : “En douce“ est dans toutes les bonnes librairies, le prochain roman est déjà en route ? Toujours un sujet de société ?

ML : Je planche depuis plusieurs mois sur un roman noir épais et ambitieux avec pour toile de fond l’industrie du tabac, en France, sur une période courant des années 80 à nos jours. Les personnages sont prêts, le prologue est rédigé, le récit du braquage d’un camion-citerne rempli d’ammoniac, mais l’effort est de longue durée, aussi, il est possible que je fasse un break et que je travaille entre-temps un texte à deux voix que je commence à avoir en tête de façon assez précise.

SM : Marin, encore une fois merci de ton temps offert, et surtout, je souhaite vraiment que ce roman ait le succès qu’il mérite, ce qui me paraît en bonne voie…

ML : Merci à toi. Sincèrement.

Sébastien Mousse
Thanatopracteur
Directeur de publication
Éditions l’Atelier Mosésu

Nota : L'acrotomophilie est une paraphilie dans laquelle un individu est sexuellement attiré par un partenaire amputé. L'amputation peut être partielle et concerner n'importe quelle partie du corps.

 

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