Partager avec un ami








Submit

Les Nouvelles enquêtes de Nestor Burma…, n’est-ce pas là un véritable événement littéraire ? Ressusciter le célèbre détective créé par Léo Malet il y a plus de 70 ans, voilà le pari osé lancé par la maison d’éditions French Pulp Éditions, créée par Nathalie Carpentier.

 9791025103067

 Dominique Forma
Sergueï Dounovetz.
© Dominique Forma

Une nouvelle collection de romans noirs et populaires, dirigée par Jérôme Leroy, dans le Paris d’aujourd’hui. Osé ! Osé, mais réussi… Réussi tout d’abord grâce au génie créatif de Léo Malet qui a donné vie à un personnage intemporel : Nestor Burma, le détective à l’esprit libertaire qui n’aime pas trop l’ordre établi et ne supporte pas l’injustice. Un type qui évolue avec aisance dans tous les milieux de la société sans se laisser impressionner, et surtout sans aucun préjugé.

Que ce soit en 1943, en 1954, en 1991 ou en 2018, le héros se transpose sans aucun problème. Si dans les années 50-60 Nestor Burma fait face à des anarchistes, des bourgeois sectaires, il trouve dans le Paris du XXIe siècle des bobos, des terroristes, des fascistes de tout poil. S’il croisait des Espagnoles ou des Portugaises malmenées dans les années 50-60, aujourd’hui, elles viennent de Syrie, d’Afrique… Les temps changent, mais les problèmes de société restent.

Mais cette réussite est aussi due au talent des auteurs contemporains qui ont relevé le défi. Et l’on peut dire, sans aucun flagornerie d’aucune sorte, que le premier opus, "Les Loups de Belleville" de Serguei Dounovetz, est à la hauteur.

Quant aux prochains auteurs annoncés pour les autres épisodes – Jérôme Leroy, Michel Quint –, il est inutile d’en vanter le talent. Le 7 mars chaque année (date d’anniversaire de Léo Malet), la liste des 4 auteurs et les titres des 4 romans de l’année suivante nous seront révélés par l’éditeur.

Serguei Dounovetz nous entraîne dans le XXe arrondissement de Paname, du côté du Père-Lachaise, fureter avec les barbouzes turques. L’esprit de Burma est bien là, dans ce Nestor 2.0, l’homme de parole, qui ne peut voir certaines injustices sans réagir.

Vous vous souvenez peut-être d’un triple assassinat survenu le 9 janvier 2013, trois militantes kurdes sont assassinées en plein Paris, dans un appartement de la rue La Fayette hébergeant une association communautaire. Sakine Cansiz, membre fondatrice du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan), Fidan Dogan, surnommée "la diplomate", et Leyla Saylemez, dite "la guerrière", furent froidement abattues de plusieurs balles dans la tête. C’est ce fait divers qui sera le fil conducteur du roman de Sergueï, qui nous mènera au sein de certaines officines occultes afin que Burma puisse faire exploser la vérité…

Résumé/Extrait :

Quand son meilleur ami se fait descendre, Nestor Burma n’est pas aux anges. Il décide alors de poursuivre l’enquête de Niki Java, son copain journaliste, afin de connaître la vérité. Et lorsque Burma crie au loup, la meute montre les crocs chez les néo-fascistes de tout poil...
- On procède comment ? me demanda Mansour, qui avait du vocabulaire.
J’allais lui exposer mon plan quand la porte en face, celle que Paco avait explosée la veille, grinça sur ses gonds. Nous nous retournâmes tous les trois, prêts à jouer une sonate pour un massacre. Une vieille femme, fripée comme une pomme de reinette et avec des tatouages sur le front, passa sa tête à l’extérieur. C’était la mère-grand des voleurs de couscous.
- Ils sont partis, fit-elle en désignant la porte du Turc.
- On peut pas faire confiance à une femme qui paie pas son couscous, rétorqua Paco.
- C’est la mère de la voleuse, elle n’est pas forcément responsable, murmura Mansour.
- Elle bouffe dans la même gamelle, c’est du pareil au même, je lui fais pas confiance.
Je tranchai dans le lard ; on n’allait pas organiser un colloque pour déterminer si être voleur, c’était dans l’éducation ou dans les gènes.

Rencontre

Sébastien Mousse : Bonjour Sergueï, merci de m’accorder un peu de ton temps pour la revue Résonance. Mais, quand on situe la première scène de ton roman au Père-Lachaise, il est logique de se retrouver dans un magazine funéraire. Prendre la "suite" de Léo Malet, écrire une aventure de son personnage Nestor Burma… n’est-ce pas un "paletot" trop difficile à enfiler ?

Serguei Dounovetz : Non, pas vraiment, nous faisons la même taille. Je plaisante, bien sûr, mais je n’ai éprouvé aucune difficulté, je me suis nourri très tôt des univers du Nestor Burma de Léo Mallet.

SM : Pour faire un roman avec un personnage qui n’est pas le sien, qui est un "monument", il faut être féru de l’œuvre ?

SD : J’ai déjà vécu cette expérience avec le personnage du Poulpe, qui est un monument plus petit, je te l’accorde. Mais en effet, il faut avoir quelques accointances avec l’œuvre de Léo Malet pour s’attaquer à un calibre tel que Nestor Burma. Il se trouve que mes deux auteurs de romans noirs français favoris sont Léo, ainsi qu’André Héléna. J’ai lu Malet très jeune, sa trilogie noire m’avait bouleversé à l’époque. Et ses nouveaux mystères de Paris m’ont tellement marqué, que j’ai créé ma série : "Les enquêtes de Niki Java", publiées à la Souris noire, sur le même principe, une enquête dans chaque arrondissement parisien, sauf que mon détective a 13 ans et que ses aventures s’adressent à des ados.

SM : Et dans l’œuvre originelle, dans les aventures de Burma par Léo Malet, quel est ton préféré ?

SD : J’ai une certaine tendresse pour "Les Rats de Montsouris".

SM : L’exercice de style ne doit pas être facile, comment rendre hommage, faire perdurer une œuvre, tout en gardant son propre style ? Car en aucun cas il ne faut pasticher ce que faisait Léo Malet, non…

SD : À vrai dire, je n’ai pas cherché à m’imprégner du style de Malet, j’ai écrit comme à mon habitude avec ma propre musique et ma gouaille, je suis né à Ménilmuche, et il s’avère que j’appartiens naturellement à cette chapelle d’auteurs, les titis parisiens. Ça a été très facile pour moi de me glisser dans le moule de Burma, pas besoin de chausse-pied, c’était comme une évidence. Ma prose a toujours été imagée et argotique, poétique et un peu anar, des auteurs comme Vian, via Vernon Sullivan, et Léo Malet m’ont influencé, ce sont des maîtres pour moi. Sans leurs bouquins, je n’aurais sans doute jamais été un auteur de roman noir.

SM : Pourquoi partir de ce fait divers, sur cet assassinat des militantes du PKK ?

SD : Je suis d’obédience libertaire, un chouïa nihiliste, mais avant toute chose antifasciste. Cette dictature qui se met doucement en place en Turquie, les journalistes en taule, la répression, la torture, on me rétorquera qu’il n’y a rien de bien nouveau, historiquement, dans ce pays, mais c’est surtout à mes yeux une immense régression par rapport à des droits qui avaient été chèrement acquis au fil des années, suite à des luttes sanglantes. Qu’un État, avec un président élu démocratiquement, envoie ses barbouzes fascistes (les loups gris), pour flinguer froidement, sur le sol français, trois militantes opposantes au régime, ça m’avait véritablement choqué. De plus, il y a le symbole, ce sont des femmes combattantes qui ne portent pas le voile et qui, dans la société kurde, sont à l’égal des hommes, jusqu’à pouvoir commander des hommes. T’imagines la gueule des moyenâgeux d’en face, elles avaient tout pour devenir les héroïnes d’un de mes bouquins. Nestor Burma a toujours eu une conscience politique, et il m’a chuchoté à l’oreille qu’il était tout à fait d’accord avec moi pour enquêter sur ce sujet.

SM : Sergueï, je te remercie de cet entretien…

SD : De rien, et le bonjour à mes amis croque-morts, ils ont toujours pas mal de boulot dans mes polars.

Sébastien Mousse
Auteur
Assitant éditorial
French Pulp Éditions
Policier-Thriller- Espionnage
Angoisse

Résonance n° 136 - Janvier 2018

Instances fédérales nationales et internationales :

CPFM - Confédération des Professionnels du Funéraire et de la Marbrerie FFPF - Fédération Française des Pompes Funèbres UPPFP - Union du Pôle Funéraire Public CSNAF - Chambre Syndicale Nationale de l'Art Funéraire UGCF - Union des Gestionnaires de Crématoriums Français FFC - Fédération Française de Crémation EFFS - European Federation or Funeral Services FIAT-IFTA - Fédération Internationale des Associations de Thanatoloques - International Federation of Thanatologists Associations