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Depuis plusieurs années nous avons exposé dans ces colonnes notre analyse du marché des services funéraires, son évolution et ses perspectives. Nous avons aussi abordé notre vision de la prévoyance funéraire, son influence grandissante sur le marché des services funéraires car c’est aussi un moyen de captation du marché des prestations funéraires et l’importance pour les opérateurs indépendants de tout faire pour maîtriser la prévoyance funéraire sur leur marché. Nous avons fait le point dans les articles édités depuis ce début d’année 2014 sur les dernières évolutions législatives et réglementaires. Voyons aujourd’hui si les dernières modifications de l’offre sur le marché des services funéraires et si l’évolution de la demande (étude CSNAF/CREDOC) confirment ces analyses.

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Maurice-Abitbol
Maurice Abitbol, directeur d’Obsèques prévoyance.

La structuration de l’offre de services funéraires

Déjà en 2008 nous écrivions qu’après la disparition du monopole communal du service extérieur des pompes funèbres, la structuration du marché, en particulier au niveau de l’offre, serait inévitable.

Pratiquement tous les secteurs de l'économie ont vu leur marché se restructurer et notamment le secteur du commerce. Il y a eu tout d'abord le secteur de la distribution des produits de consommation courante avec le développement des supermarchés puis des hypermarchés, suivi de la multiplication des enseignes puis de la réduction du nombre d'enseignes par regroupements successifs. La grande distribution spécialisée a suivi le même schéma avec les magasins de bricolage, les papiers peints, les vêtements, les chaussures, les parfums... Les services à la personne ont eux aussi connu leur évolution : coiffure, instituts de beauté, salles de gym…

L'apparition des discounters bouscule certaines situations qui semblaient acquises. Tous ces exemples ne pouvaient pas manquer de nous interpeller sur l'avenir du marché des prestations funéraires.
La nouvelle réglementation et l'instauration de la concurrence ont favorisé la multiplication du nombre d'opérateurs et la modernisation de la profession. Le secteur des prestations funéraires était en 2004 encore assez atomisé, les très petites entreprises composaient l'essentiel du tissu économique du secteur. Vu l'âge moyen des chefs d'entreprise et les perspectives de développement, un mouvement de concentration était prévisible. Si la notion de proximité avec la clientèle est restée centrale, la tendance à l'affiliation à un réseau afin de pallier les désavantages liés à la petite taille des opérateurs devait se développer.

Des groupements d'entreprises ont vu le jour : franchises, concessions de marques, groupements d'achats, etc. L’évolution a été laborieuse. Les opérateurs funéraires indépendants restent très attachés à leur autonomie et hésitent à aliéner la moindre part de leur liberté de chef d'entreprise en adhérant à un réseau. Mais cette tendance est moins forte chez les plus jeunes qui sont plus ouverts aux formes modernes de commerce.

Des groupes financiers et industriels se sont intéressés au secteur et ont fait quelques tentatives de pénétration en force. Toutes n’ont pas été une réussite mais l’offre de services funéraires est en cours de transformation. L’entreprise nationale dominante après le choc de la libéralisation du marché s’est restructurée fonctionnellement et financièrement et semble repartie à l’offensive. Les groupements d’entreprises se précisent. Ils font clairement leur choix entre franchise, commerces associés, groupement d’indépendants, groupes intégrés avec l’ambition avouée d’occuper une place de premier plan au niveau national. Des stratégies nationales et, dans certains cas, pour l’instant régionales sont en cours de développement et apparaît ainsi un capitalisme funéraire boulimique qui ne manquera pas de modifier notablement l’offre de services funéraires sur la plus grande partie du territoire français. La petite ou moyenne entreprise de proximité va de plus en plus être bousculée ou absorbée par de grandes entités nationales contrôlées par des groupes industriels et financiers qui visent à atteindre le plus rapidement possible la taille critique qui leur permettra d’obtenir une rentabilité financière à la hauteur des investissements engagés.

Évolution de la demande de services funéraires

Au niveau démographique les données statistiques de l’INSEE disponibles en 2008 et les projections qui en découlaient annonçaient, pour les quarante prochaines années, un vieillissement de la population entraînant un accroissement du nombre des décès : plus de 600 000 décès par an en 2020 et plus de 800 000 en 2040. C’est ce qui a attiré l’attention d’investisseurs séduits par le taux de progression annoncé de l’activité. Les professionnels du funéraire aussi sont dans l’attente de cette progression qui se fait toujours attendre. Aujourd’hui les prévisions sont plus modestes même si elles restent importantes. Le boum des naissances qui a suivi la Deuxième Guerre mondiale ne devra donner son plein effet, en tenant compte de l’accroissement de l’espérance de vie, qu’après 2020. Les prévisionnistes réduisent leurs chiffres, ils envisagent un nombre de décès compris entre 700 et 750 000 par an.

L’augmentation du nombre de crémations est une tendance observée depuis plusieurs années. La crémation représente plus de 27 % des obsèques en 2007 soit 12 % de plus que 10 ans auparavant. La part de la crémation dans le nombre total des décès en 2013 est estimée à 32.6 % par la Fédération Française de Crémation (FFC). Cette augmentation n’est pas homogène, elle varie selon les régions et est influencée par l’implantation des crématoriums dont l’augmentation est croissante. La création d’un crématorium dépend de l’initiative des pouvoirs publics, mais peut être gérée par le privé sous la forme de la délégation de service public.

Le développement de la crémation se fait au détriment de l’inhumation. Et comme le chiffre d’affaires généré par une crémation est inférieur à celui d’une inhumation, l’augmentation du nombre de décès dans les années à venir ne s’accompagnera pas d’une même augmentation du chiffre d’affaires.

Le législateur envisage de mettre en place un schéma directeur d’implantation pour équilibrer l’équipement sur le territoire. Le recours croissant des Français à la crémation et l’insuffisance du nombre de crématoriums avec une implantation géographique qui ne correspond pas aux besoins des familles rendent nécessaire, selon un collectif de sénateurs, l’instauration d’un schéma régional des crématoriums.

À l’origine, le contrat obsèques a été créé par les opérateurs funéraires

C’est pour répondre à la demande des clients que les professionnels ont imaginé un contrat permettant aux clients de payer par avance leurs frais d’obsèques. Le décret de 1995 a rendu obligatoire le passage par une compagnie d’assurances pour le financement des obsèques. Le secteur de l’assurance s’est donc vu offrir un nouveau champ d’intervention. Aujourd’hui, quelle que soit la forme de la prévoyance obsèques, le secteur de l’assurance est un intervenant incontournable.
 
Une part de plus en plus importante de Français anticipent leur décès

Selon la dernière étude du CREDOC pour le compte de la Chambre Syndicale Nationale de l’Art Funéraire (CSNAF) 48 % des personnes interrogées ont laissé des instructions concernant leurs propres obsèques, 22 % juste quelques recommandations et 26 % des instructions complètes. Ils n’étaient que 35 % en 2005. Selon cette même étude 72 % savent ce qu’on appelle communément un contrat obsèques. Ils n’étaient que 65 % en 2005. Ne s’adressent aux opérateurs funéraires que ceux qui laissent des instructions complètes. Mais parmi ceux qui n’ont pas laissé d’instruction concernant leurs obsèques 42 % y ont déjà songé. C’est une clientèle à conquérir pour les professionnels du funéraire, s’ils veulent préserver leur indépendance au niveau de la prévoyance funéraire.

Le développement de la numérisation croissante de l’économie et la généralisation de l’utilisation d’internet n’épargnent pas le secteur funéraire. L’enquête du CREDOC révèle que seuls 5 % des Français ont utilisé internet pour l’organisation d’obsèques. L’utilisation d’internet est de plus en plus prisée mais reste marginale. Toutefois, dans le cadre de l’organisation de futures obsèques, de plus en plus de personnes se déclarent prêtes à utiliser internet pour se renseigner sur les démarches à faire (41 %) ou pour établir un devis auprès d’un opérateur funéraire (31 %). Les entreprises du funéraire ont intérêt à ne pas négliger les conséquences du développement d’internet sur les pratiques commerciales dans leur secteur d’activité et pas seulement dans le domaine de la communication.

Conclusion

Sous une apparente stabilité le monde funéraire est en évolution permanente. Il suit insensiblement les mouvements des mentalités dans la société. Les facteurs d’influence du changement restent principalement la prévoyance funéraire et le développement de la crémation, mais aussi l’utilisation croissante d’internet. L’offre des services funéraires n’échappera pas à la
restructuration qu’ont connue les autres secteurs du commerce même s’il est indispensable de conserver le caractère de proximité de cette offre, qui en constitue la spécificité. C’est en s’organisant et en se modernisant, tout en privilégiant ce caractère de proximité, que les opérateurs funéraires indépendants réussiront leur développement et préserveront leur indépendance.

Maurice Abitbol
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Instances fédérales nationales et internationales :

CPFM - Confédération des Professionnels du Funéraire et de la Marbrerie FFPF - Fédération Française des Pompes Funèbres UPPFP - Union du Pôle Funéraire Public CSNAF - Chambre Syndicale Nationale de l'Art Funéraire UGCF - Union des Gestionnaires de Crématoriums Français FFC - Fédération Française de Crémation EFFS - European Federation or Funeral Services FIAT-IFTA - Fédération Internationale des Associations de Thanatoloques - International Federation of Thanatologists Associations