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Depuis plusieurs années, les prévisionnistes nous annoncent que le "baby boom" de l’après-guerre va se transformer en "papy boom". On nous annonçait qu’en 2040 le nombre annuel de décès devrait avoir progressé de 40 % en quarante ans et dépasser les 750 000. Pourtant, les professionnels du funéraire sont comme sœur Anne, ils ne voient rien venir. Jetons un œil sur les dernières études de l’Insee et voyons quels enseignements en tirer pour le marché des prestations funéraires et la prévoyance funéraire.

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Maurice Abitbol,
directeur d’Obsèques
Prévoyance

Les analyses de l’Insee Évolution du nombre de décès

Selon l’Insee, les données définitives de l'exploitation des fichiers d'état civil sur les décès indiquent que 569 200 personnes sont décédées en France en 2013. Elles étaient de 569 800 en 2012 et de 545 000 en 2011. Nous avons retrouvé, seulement après une dizaine d’années, le pic de 2003 à 562 400 décès. Le niveau de 2013 est le plus élevé depuis 30 ans, puisque le nombre de décès en 1983 était de 567 500. Les nombres de décès survenus en 2012 et 2013 sont les plus importants depuis le début des années 1980. Ce niveau s’explique par la structure de la population. Les générations aux âges de forte mortalité sont un peu plus nombreuses que par le passé.

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Au début des années 2000, les décès étaient relativement peu nombreux, mis à part le pic de 2003 causé par la canicule : les générations qui arrivaient alors aux âges de forte mortalité étaient celles, peu nombreuses, nées pendant la Première Guerre mondiale. Le nombre de décès augmente ensuite, du fait de l’arrivée à ces âges de générations un peu plus importantes, nées entre les deux guerres. Indépendamment de ces effets liés à la taille des générations, le taux de mortalité à chaque âge baisse régulièrement au fil des ans, si bien que l’espérance de vie ne cesse d’augmenter.

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Les lieux de décès

Les décès sont les plus nombreux à 87 ans pour les hommes (9 800 décès en 2013) et à 92 ans pour les femmes (14 200). En 2013, 49 % des personnes décédées en France (hors Mayotte) sont mortes dans la commune où elles habitaient. On meurt exceptionnellement hors de sa région de domicile (4 % des décès) et rarement en dehors de son département de résidence (10 %).
Le maillage des hôpitaux, cliniques et maisons de retraite sur le territoire y est pour beaucoup dans cette répartition, puisque 57 % des décès se produisent dans des établissements de santé et 12 % en maison de retraite. Ainsi, les décès se concentrent dans les communes équipées d’établissement hospitalier, de clinique privée ou de maison de retraite. La moitié des décès survenus en 2013 sont concentrés dans seulement 260 communes et les trois quarts dans 1 070 communes, sur les 36 700 que compte la France.
Parallèlement, un quart des décès surviennent à domicile. Les décès dans les DOM se distinguent à cet égard, puisque 40 % d’entre eux ont lieu à domicile et 3 % seulement en maison de retraite.

Espérance de vie et taux de mortalité

En 2013, l’espérance de vie à la naissance augmente légèrement, après avoir marqué le pas en 2012. Dans les conditions de mortalité de 2013, une femme vivrait en moyenne 85 ans et un homme 78,7 ans. L’écart entre les deux sexes ne cesse de se réduire. Il était de 8,2 ans en 1994, puis de 7,1 ans en 2003 ; il est désormais de 6,3 ans en 2013.
 
Après avoir baissé, le taux de mortalité semble repartir à la hausse depuis 2012.

Les projections

Une étude (Insee Analyse no 12 septembre 2013) tente d’identifier les composantes du vieillissement démographique afin de mieux en saisir les conséquences. Cette étude montre que le vieillissement se fait "par le haut", c’est-à-dire par une croissance du nombre des plus de 60 ans. Cette croissance tient à deux facteurs : l’allongement de la durée de vie et l’arrivée aux âges élevés des générations nombreuses du baby boom. Le premier facteur se marque depuis une cinquantaine d’années. L’effet du baby boom se superpose à ce mouvement tendanciel. Les baby boomers ont d’abord retardé le vieillissement en venant gonfler les tranches d’âge actives. Leur arrivée progressive aux tranches d’âge élevées le fait ré-accélérer de 2006 à 2035. Il ralentira ensuite à nouveau, à partir de 2035-2040.
Les projections de l’Insee établies en 2010 indiquent que le nombre des 60 ans et plus devrait encore augmenter de 80 % environ jusqu’au nouvel horizon de 2060. En chiffres bruts, il atteindrait 23,6 millions, contre 13,2 en 2007. L'effet prépondérant de l'allongement de la durée de la vie a été réaffirmé au cours des exercices de projection successifs. Compte tenu de cet allongement, des flux migratoires et de l’augmentation du taux de fécondité, la population totale devrait atteindre les 73 millions en 2060, avec plus de 30 % de 60 ans ou plus. Il ne s’agit que de projections à long terme, qui doivent donc être prises avec prudence.

Quels enseignements pour le secteur funéraire ?

Ces analyses et ces projections nous apportent des informations et des confirmations objectives qui viennent souvent conforter ce que nous ressentons sur le terrain.

Les prestations funéraires

Nous comprenons un peu mieux pourquoi les prévisions super optimistes annonçant une croissance importante du nombre annuel de décès tarde à se concrétiser. L’allongement de la durée de la vie est le facteur qui explique ce décalage. L’analyse de la pyramide des âges au 1er janvier 2013 montre que nous abordons, pour les hommes et avec un petit décalage pour les femmes, le creux des naissances de la guerre 14-18, qui se traduit par un nombre moins important de personnes dans cette classe d’âge, donc moins de décès susceptibles d’intervenir. Cette pyramide montre que nous n’aurons un accroissement du nombre annuel de décès significatif que dans quatre à cinq ans, et à condition que l’espérance de vie reste stable au niveau actuel.
La constatation que 70 % des décès ont lieu dans des établissements de santé ou maisons de retraite et 25 % au domicile montre que le caractère de proximité des services funéraires n’est pas près de s’éteindre.
Au 1er janvier 2013, la proportion de personnes en France de 60 ans et plus était de 24 %. Si la projection en 2060 se réalise, nous dépasserons les 30 %. Cette évolution de la structure par âge de la population ne peut que se traduire par une augmentation du nombre de décès. Avec un taux de mortalité stabilisé à 9 pour mille habitants, nous devrions dépasser les 650 000 décès, soit une augmentation de l’ordre de 15,5 % sur un peu moins de 50 ans. Nous sommes loin des prévisions les plus optimistes des années 2000, qui ont été jusqu’à évoquer les 750 000 à 800 000 décès annuels en 2040.

La prévoyance funéraire

Les personnes de 60 ans et plus sont la population cible pour les souscriptions de contrats obsèques en prestations. Plus les prévoyants sont âgés, plus ils font le choix du contrat en prestations sous la forme de prime unique en s’adressant à un opérateur funéraire. La cible s’agrandit et présente des perspectives de développement en matière de prévoyance pour les opérateurs funéraires. Les plus jeunes, quand ils pensent prévoyance, s’orientent plus facilement vers le contrat en capital en primes périodiques. Et ce d’autant plus qu’ils sont sollicités par les établissements financiers sans devoir prévoir dans le détail les prestations funéraires de leur choix. Ne laissons pas les plus jeunes être captés par nos concurrents si nous ne voulons pas qu’ils deviennent demain nos donneurs d’ordres. N’hésitons pas à proposer des contrats en capital à ce public. Prévoyons que ceux qui ont souscrit jeunes un contrat en capital voudront un jour prévoir le détail, et préparons-nous à les accueillir en organisant avec souplesse les transformations de contrats en capital en contrats en prestations.
Quand on constate que seulement 12 % des décès ont lieu à l’étranger et que l’immense majorité des décès intervient dans le département de résidence, il est utile de s’interroger sur l’intérêt d’inclure la garantie rapatriement dans le contrat obsèques.

Conclusion

Les études démographiques nous permettent d’avoir une vue plus précise et plus objective de l’évolution de la structure de la population, de l’espérance de vie et du taux de mortalité. Cela nous permet de mieux appréhender notre marché, et notamment la demande dans sa dimension quantitative. Nous devons être plus prudents avec les projections, car même si l’allongement de la durée de vie est devenu l’élément déterminant du vieillissement de la population, il peut être perturbé par d’autres facteurs, susceptibles aussi d'infléchir cette évolution dans des sens divers.

Maurice Abitbol
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Instances fédérales nationales et internationales :

CPFM - Confédération des Professionnels du Funéraire et de la Marbrerie FFPF - Fédération Française des Pompes Funèbres UPPFP - Union du Pôle Funéraire Public CSNAF - Chambre Syndicale Nationale de l'Art Funéraire UGCF - Union des Gestionnaires de Crématoriums Français FFC - Fédération Française de Crémation EFFS - European Federation or Funeral Services FIAT-IFTA - Fédération Internationale des Associations de Thanatoloques - International Federation of Thanatologists Associations