Nous vivons une période où la communication et la forme dominent le fond des choses. Que ce soit dans les affaires, la politique, le social, la santé, pour ne citer que quelques exemples, ce qui compte c’est de communiquer, d’être présent, d’être sur le devant, de paraître plus que d’être.

Le funéraire n’échappe pas à cette tendance récente.
Le lancement de services funéraires à bas coût est à la mode. De quoi s’agit-il ? Ces services à bas coût sont-ils compatibles avec la prévoyance funéraire ?

 

 

Maurice-Abitbol

Maurice Abitbol, directeur d’Obsèques Prévoyance.

 

Les services funéraires à bas coût

 

Un réseau d’entreprises funéraires a lancé, en parallèle à son réseau, des magasins à bas coût et s’est vu imité par d’autres réseaux qui, sans forcément doubler leur chaîne de magasins, ont proposé des formules de services à bas coût. Même des organismes publics se sont engouffrés dans cette voie pour faire face à une concurrence toujours plus forte.

 

À l’origine du système du "low cost" nous trouvons des compagnies aériennes qui ont d’abord sévi en organisant des vols charters. Le coût était abaissé par le fait de ne pas supporter la charge de lignes régulières et d’organiser le remplissage des avions. Il s’agissait en quelque sorte de pratiquer des prix de gros. Puis des compagnies spécialisées dans le bas coût se sont développées, choisissant des aéroports et des lignes qui permettaient des coûts plus faibles, quitte à supprimer certains services à bord et à payer moins son personnel, tout en imposant des cadences plus intenses. Certains vont même jusqu’à dire au mépris de règles de sécurité.

 

Dans le funéraire le schéma est comparable. Même si les promoteurs parlent de services de qualité il n’en reste pas moins qu’il s’agit de faire face à l’essentiel, de proposer des produits élémentaires et des services simplifiés, quand il ne s’agit pas de faire assumer le travail par la famille du défunt. Le cercueil est en bois léger même s’il est associé au qualificatif de massif. Il faut faire illusion !


Alors que plus de 70 % des défunts meurent à l’hôpital il n’est pas question de transport avant mise en bière. Idem pour la cérémonie religieuse. La présentation du défunt en salon funéraire et les soins de conservation font l’objet de suppléments, de même que l’hommage personnalisé. Les frais avancés pour le compte de la famille n’apparaissent pas. Le flou règne en maître. La présentation des "formules (!!!)" n’est pas toujours conforme à la nouvelle règlementation.

 

Si l’on compare les prix bas annoncés et qu’on y rajoute les services habituels et les options, le prix moyen des obsèques en France est vite atteint. Tout cela me fait penser qu’il s’agit surtout de communication et de tentatives de gagner des parts de marché en appâtant le client, en lui faisant miroiter des prix plus bas que ceux de la concurrence. Car enfin, même en n’évoquant pas les services à bas coût, les prix peuvent varier au sein d’une même entreprise de 1800 à 5000 € et parfois plus, en fonction des services et des produits choisis par la famille.

 

C’est à l’opérateur funéraire de proposer une gamme suffisamment large de services et de produits et de s’adapter aux choix et aux moyens financiers de la famille qui vient lui demander de prendre en charge son défunt. Éviter que les moyens financiers soient un obstacle à des funérailles décentes. Permettre aux familles de vivre leur deuil sans avoir à se préoccuper des aspects matériels et avec l’assurance d’avoir payé un juste prix en rapport avec les services rendus. C’est toute la noblesse de notre métier. C’est ce qui valide la mission de service public de l’opérateur funéraire, mission qui, de mon point de vue, est incompatible avec l’illusionnisme.
Cette pratique du bas coût au niveau du service funéraire est-elle compatible avec la prévoyance funéraire ?

 

Prévoyance funéraire à bas coût ?

 

La prévoyance funéraire peut prendre plusieurs formes.
Il peut s’agir pour une personne de prévoir simplement une somme destinée à ses proches le jour de sa mort afin de les aider à faire face au coût des obsèques. Dans ce cas le souscripteur satisfait des préoccupations financières et laisse de côté les aspects philosophiques, spirituels et religieux. Le coût détaillé des services est sans utilité, il suffit d’avoir une idée globale des coûts de sa disparition. Dans cette situation le "low cost" n’est pas une véritable incitation.

 

En revanche, la situation est différente s’il s’agit de quelqu’un qui veut organiser ses obsèques de son vivant et en prévoir le financement à l’avance. Il est admis par les spécialistes que le marché de la prévoyance funéraire, quand il s’agit du financement à l’avance des obsèques, est différent du marché des prestations funéraires. En effet la différence majeure est qu’il n’y a pas urgence. Sans stress le client prend son temps. Il n’est pas dans la situation d’une personne touchée par un décès brusque, celui-ci n’ayant pas été attendu et donc préparé. Il n’est pas obligé de se précipiter dans la première entreprise funéraire qui lui vient à l’esprit ou qui est la plus proche du domicile du défunt. Il n’hésite pas à consulter différentes entreprises même quand il est attaché à un opérateur funéraire, qui a déjà eu l’occasion de lui démontrer son professionnalisme et la qualité de ses prestations. Il peut comparer les prix et la qualité des prestations. La qualité du conseil intervient aussi en matière de prévoyance car le professionnel du funéraire est un intermédiaire d’assurance à titre accessoire à son activité principale qui a un devoir d’information et de conseil.


Les préoccupations du souscripteur d’un contrat obsèques ne sont pas seulement le prix et la qualité des prestations funéraires mais aussi l’engagement que le contrat d’assurance permettra de faire face à la totalité du coût des obsèques. Il veut éviter tous soucis administratifs et financiers à ses proches. Il ne suffit pas dans ce cas de lui garantir l’exécution des prestations qu’il a choisies, il faut aussi l’assurer que le capital libéré le moment venu sera suffisant pour financer en totalité ces prestations.

 

Nous voyons donc que la prévoyance funéraire, vu sa complexité, ne se prête pas facilement aux pratiques du "low cost". Pas de prix de gros possible, pas de simplification sommaire des prestations, pas de situation urgente et imprévue qui pousse au moindre coût chez le client. La relation de confiance, la qualité de conseil et la capacité à expliquer et présenter un produit complexe d’assurance vont être déterminantes et prévaloir sur le coût dans la plupart des cas.

 

En conclusion

 

Comme le titrait un journal parisien, "low cost cherchent défunts". La pratique des boutiques funéraires à bas coût a peu de chance de succès même en cette période de crise économique. C’est un simple effet d’annonce. Elle ne risque même pas, grâce au jeu de la concurrence, de provoquer une baisse des prix en matière d’obsèques car il s’agit d’un produit composite complexe et variable en fonction de facteurs qui échappent à la seule influence du coût. La personnalisation des obsèques nous prémunit des services funéraires à bas coût. Pour la prévoyance funéraire les réserves sont encore plus fortes. La dimension assurancielle, la volonté de voir respecter ses choix et le souci de ne laisser aucune charge à ses proches sont déterminants. La prévoyance funéraire à bas coût n’est sans doute pas pour demain !

 

Maurice Abitbol
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Instances fédérales nationales et internationales :

CPFM - Confédération des Professionnels du Funéraire et de la Marbrerie FFPF - Fédération Française des Pompes Funèbres UPPFP - Union du Pôle Funéraire Public CSNAF - Chambre Syndicale Nationale de l'Art Funéraire UGCF - Union des Gestionnaires de Crématoriums Français FFC - Fédération Française de Crémation EFFS - European Federation or Funeral Services FIAT-IFTA - Fédération Internationale des Associations de Thanatoloques - International Federation of Thanatologists Associations