Si la principale fonction d’un conseiller funéraire est l’accueil des familles endeuillées et l’organisation des obsèques, la prise en charge du corps lui incombe également, et constitue une part importante et délicate de sa mission. Une erreur de jugement pourrait avoir des conséquences graves, et il convient de redoubler de vigilance en été, en particulier par temps lourd et orageux.

 

1024px Clostridium perfringens
Clostridium perfringens.

Le processus de décomposition est à la fois connu et imprévisible, car un grand nombre de facteurs inhérents à la fois au corps lui-même et à l’environnement extérieur lui sont associés. La part de hasard est donc déjà importante, et il convient de prendre le maximum de précautions, surtout lorsque les températures sont élevées. La chaleur peut en effet accélérer la thanatomorphose, et ceci particulièrement lorsqu’elle est associée à un fort taux d’humidité.

Faire pratiquer des soins de conservation assure une certaine sécurité, mais la thanatopraxie reste une technique, avec ses limites et, dans certains cas, rares heureusement, ils peuvent s’avérer parfaitement inutiles.

Le développement de germes de la famille des clostridiums à l’intérieur du corps peut notamment provoquer un emphysème gazeux, familier des thanatopracteurs sous le nom de "tissue-gaz". Ces bactéries peuvent avoir pénétré l’organisme par une plaie, mais sont également présentes naturellement dans les intestins. Bien que connu, ce phénomène est impossible à prévoir, mais il est évident qu’un temps très lourd et orageux favorise son apparition.

Détecter les premier signes

Il est essentiel de savoir détecter les premier signes de l’emphysème gazeux post mortem, car il se propage à très grande vitesse, et ses conséquences sont irréversibles. En cas de suspicion, par exemple lorsque la physionomie du défunt change d’heure en heure, que ses yeux paraissent de plus en plus bridés, le faisant ressembler à un Asiatique, qu’il se met à gonfler exagérément, ou encore que d’abondants écoulements de toutes sortes surviennent.

Afin de s’assurer qu’il s’agit bien d’un cas de "tissue-gaz", il faut passer des gants et des surgants en plus des EPI réglementaires, parce que le clostridium peut être mortel, et passer ensuite le doigt au niveau du cou en appuyant légèrement. Si la sensation ressentie au toucher est celle de bulles très fines qui crépitent, il s’agit bien d’emphysème.

Le recours à la thanatopraxie n’apportera malheureusement pas de solution miraculeuse, car, à moins d’utiliser des produits étrangers et donc non agréés en France, le thanatopracteur ne dispose pas d’un fluide de conservation réellement efficace contre le "tissue-gaz".

Prendre le maximum de précautions

Le principal problème des défunts en état de "tissue-gaz" est qu’il est impossible d’enrayer ce phénomène, y compris en plaçant le corps en case réfrigérée. En outre, cela peut avoir des conséquences encore plus graves. En effet, le gaz va continuer à s’accumuler, et le corps va doubler puis tripler de volume. Si l’on n’a pas pris la précaution de le sangler au niveau des bras et de l’abdomen, on est à peu près assuré qu’il restera coincé à l’intérieur.

La solution la plus sage est donc de placer le défunt dans une housse de réquisition, de la sangler, et, soit de le placer en case négative, soit de faire une mise en bière avec fermeture immédiate. Mais attention, le cercueil doit être déposé dans l’endroit le plus frais de la chambre funéraire, et en aucun cas exposé en salon.

Une des autres conséquences de l’emphysème gazeux est la dégradation rapide des acides aminés, qui se transforment en acide ornithurique, dont la décomposition est à l’origine de la formation de putrescine. C’est ce dernier élément qui provoque les émanations pestilentielles, perceptibles (et même insupportables) dans un très large périmètre autour du défunt. Le placement en cercueil fermé va atténuer cette odeur, mais elle restera toujours présente.

On a souvent vu un thanatopracteur contraint de venir "percer" un corps directement dans sa case réfrigérée, pour tenter de le dégonfler et de l’en extraire. Cette expérience est aussi traumatisante pour lui que pour le personnel des pompes funèbres, sans parler des familles qui veillent un défunt dans le même bâtiment.

Mieux vaut prévenir…

Mieux vaut "prévenir que guérir", donc. Et il faudra prendre des précautions jusqu’au jour des obsèques, car de nombreux fluides de décomposition continuent à s’écouler du corps, et parfois malheureusement du cercueil. Toujours impressionnants, ces cas restent fort heureusement très rares. On peut même passer toute sa carrière sans en rencontrer. Il faut savoir que plus le climat est chaud et sec, et moins ils sont fréquents.

Pour éviter de prendre des risques, que ce soit avec la santé du personnel des pompes funèbres ou avec celle des familles, qui resteraient en outre marquées par une telle expérience, ce qui ajouterait encore à leur douleur ; et puisque même la thanatopraxie ne sait pas apporter de solution à l’emphysème gazeux, un seul mot d’ordre : il faut vérifier l’état des corps. Si l’on n’est pas soi-même suffisamment expérimenté, un thanatopracteur, un agent de morgue, ou même un porteur aguerri peut s’avérer de bon conseil.

Claire SarazinSarazin Claire 2017
Thanatopracteur
Formatrice en thanatopraxie

 

Résonance n°142 - Juillet 2018

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