Lointaine est l’époque où la thanatopraxie était considérée comme un métier d’homme. La profession s’est considérablement féminisée ces dernières années, au point qu’à présent, ce sont les hommes qui se font rares, tant dans les formations que sur le terrain.

 

À l’instar de Charlotte Januel et d’Adeline Membrilla, fraîchement diplômées, de nombreuses jeunes femmes se lancent chaque année dans le métier. Pourtant, les contraintes n’ont pas tellement évolué ces trois dernières décennies. Les thanatopracteurs n’ont toujours pas d’horaires fixes, et le travail est toujours aussi physique. Les jeunes femmes d’aujourd’hui seraient-elles plus téméraires que leurs aînées ?

Deux jeunes diplômées 2019 reviennent sur leurs parcours respectifs

Charlotte Januel1 - Charlotte Januel, 31 ans et maman d’une petite fille, a opéré, il y a trois ans, une reconversion professionnelle : "Auparavant ambulancière, j’ai eu l’occasion de rencontrer un thanatopracteur dans le cadre de mon ancien métier. J’ai eu envie de me lancer, mais le côté éprouvant de ce travail m’a fait longuement hésiter. Je me demandais si j’allais être à la hauteur, tant physiquement que psychologiquement. Tout bien pesé, les aspects positifs me sont apparus bien plus nombreux. L’idée a fait son chemin et je me suis lancée. À l’issue de deux années de formation, assez difficiles mais cependant très riches en apprentissage et en rencontres, me voilà thanatopracteur."
Une belle aventure qui ne s’arrête pourtant pas là pour Charlotte : "Au fil des rencontres que j’ai pu faire durant mon cursus, l’envie m’est venue de créer ma propre entreprise. Ce fut un choix compliqué, car il est difficile de se faire sa propre idée lorsqu’on débute dans un domaine où l’on a encore tout à apprendre. C’est en observant ma maître de stage pendant qu’elle m’enseignait la métier que j’ai pû vraiment réfléchir et évaluer le pour et le contre, pour enfin trouver la formule qui corresponde le mieux à ma vision de cette profession."
Une manière d’envisager son métier qui se doit avant tout, pour elle, de rester en accord avec ses valeurs : "Comme ce que j’ai pu voir durant mon stage pratique, l’idée de travailler dans une petite structure à l’échelle humaine s’est imposée comme une évidence. Je tiens aussi beaucoup à pouvoir m’organiser librement et à avoir mon libre-arbitre, par exemple sur le temps que je dois consacrer à chaque défunt."
C’est cependant le troisième paramètre qui a fait définitivement pencher la balance : "J’ai la chance de pouvoir collaborer avec des thanatopracteurs qui partagent cette même vision de ce si beau métier et qui seront là en cas de besoin. C’est très rassurant et je suis à présent très heureuse et fière d’avoir sauté le pas et de m’être installée à mon compte."

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2 - Adeline Membrilla, 37 ans et deux enfants, a quant à elle une carrière d’assistante de gestion longue de quinze années, dont six à son propre compte, lorsqu’elle entame sa reconversion professionnelle en 2016 : "Je me suis réveillée un jour en me disant que je devais changer de voie, car j’étais lassée par une profession dans laquelle je ne me sentais pas utile. J’ai cherché ce qui pouvait correspondre à mes attentes et me permettre de m’épanouir tout en aidant les autres."
C’est à ce moment qu’elle se remémore la perte de sa grand-mère en 2013 : "Je me suis dit qu’il était important que des personnes prennent soin de nos défunts. Le déclic est venu de là, mais ma réflexion a été longue, car c’est loin d’être un choix anodin. L’attirance pour le funéraire dérange et effraie parfois notre entourage. Mes enfants étaient encore petits et je me rappelle avoir été convoquée par la maîtresse de mon fils qui s’inquiétait parce qu’il lui avait expliqué que j’allais travailler avec des zombies et des loups-garous."
Sa décision prise, Adeline intègre l’école de Lyon. "Cette formation intensive demande énormément de travail personnel et, ne venant pas de cette filière, j’ai rapidement cessé de compter les heures passées à la "BU"."
Des efforts qui se sont avérés payants et qui sont récompensés par l’admission au concours : "J’ai ensuite commencé mon stage, et c’est à ce moment que j’ai réalisé que la théorie n’était rien comparée à la pratique du métier. Même si j’avais assisté à plusieurs soins et autopsies, sans compter les travaux pratiques, le stage nous met face à la réalité et nous prépare à ce que sera notre quotidien après le diplôme."
Les candidats de 2017 ont dû subir une épreuve supplémentaire qui était l’attente interminable de la parution des résultats, qui n’a eu lieu qu’en 2018. Adeline était l’une d’entre eux : "Je fais partie de cette fameuse promo, et c’est là qu’il ne faut surtout pas se décou-rager, malgré les doutes qui peuvent nous assaillir."
La thanatopraxie, une vocation avant tout pour elle : "J’ai réalisé plus de trois cents soins de conservation pendant mon stage, et ce que j’en ai retenu, c’est que chaque défunt est différent, mais que l’objectif doit toujours rester le même : aider les familles à faire leur deuil en leur laissant une belle dernière image de leurs proches."
Un métier qui demande des qualités indispensables qu’Adeline détaille : "L’humilité, le respect et la patience, car il ne faut pas oublier qu’on travaille avec l’humain. On doit être perfectionniste et avoir le souci du détail. Rien n’est acquis et on doit mesurer chacun de nos actes : on n’a pas le droit à l’erreur."
Une profession qui a naturellement ses bons côtés : "Ce qui me plaît dans ce métier, c’est que nous sommes autonomes mais que nous pouvons néanmoins compter sur la gentillesse de nos collègues et des pompes funèbres qui n’hésitent pas à nous demander si l’on a besoin d’aide. Je ne me verrais plus faire autre chose, chaque jour est une nouvelle aventure. On apprend sans cesse et, chaque soir, on rentre chez soi en se disant que l’on a aidé, à notre manière, plusieurs familles."
Tout comme Charlotte, Adeline a choisi l’indépendance : "Avec deux autres thanatopracteurs, nous avons décidé d’unir nos forces afin de répondre à la demande toujours croissante sur notre secteur. Nous souhaitons rester dans un esprit de réactivité tout en conservant le côté humain d’une petite entreprise, car c’est une valeur essentielle à nos yeux."
Pour conclure, Adeline a souhaité remercier sa maître de stage : "Je tiens à dire que je serai toujours reconnaissante envers Martine Bichet, pour la transmission de son savoir et pour la patience dont elle a fait preuve pendant presque un an. Grâce à elle et, comme elle me l’a souvent répété, à la fin, c’est moi qui gagne."
Aucun doute qu’avec une telle motivation et un aussi bel état d’esprit, Charlotte Januel et Adeline Membrilla atteindront leurs objectifs.

 Claire SarazinSarazin Claire 2017
Thanatopracteur
Formatrice en thanatopraxie


Résonance n° 152 - Juillet 2019

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