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COVID 19 01 Maridav

L’actualité est quasi monopolisée par l’épidémie du coronavirus. Les professionnels funéraires sont doublement concernés, en tant que simples citoyens susceptibles d’être contaminés et en tant qu’intervenants parties prenantes d’une mission de service public qui risque ici de prendre toute sa dimension concrète. Attendons-nous à une surmortalité et parallèlement à des effectifs réduits pour faire face.

 

Olivier GehinFaut-il pour autant paniquer ?

Surtout pas !

Le Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) a délivré un avis technique le 18 février dernier qui encadrera les pratiques funéraires en présence d’un défunt porteur du coronavirus. Ce texte est appelé à évoluer de manière encore plus restrictive à l’avenir, non pas sur le plan des précautions qui sont déjà prévues, mais sur l’étendue des mesures qui pourraient l’accompagner.

 

Nos explications…

Mesures concernant les contacts avec les défunts. L’avis du HCSP daté du 18 février doit être considéré comme une norme réglementaire et technique qui s’impose à tous. Cet avis se destine aux établissements de soins tout comme aux professionnels funéraires qui interviennent après avoir été au contact du cadavre. Il est à mon avis souhaitable que les salariés des entreprises funéraires en prennent connaissance dans son intégralité, mais il est encore plus souhaitable d’accompagner cet avis d’explications rassurantes et concrètes. C’est pourquoi je vous propose un décryptage du document immédiatement après sa reproduction.

 

Extrait de l’avis :

Le HCSP a pris en compte les éléments suivants : 

La survie de la plupart des agents infectieux est très allongée dans les produits biologiques et il faut considérer par principe que le risque de contamination est le même chez un patient décédé que chez le malade vivant. Les risques les plus importants sont les risques d’exposition au sang (piqûre ou coupure) et aux liquides organiques ainsi que les risques d’aérosolisation. 

Tout corps de défunt est potentiellement contaminant et les précautions standard doivent être appliquées lors de la manipulation de tout corps : 

  • Le virus est retrouvé dans les voies aériennes supérieures et potentiellement dans les voies aériennes profondes et le système digestif ; 
  • L’excrétion du SARS-CoV-2 peut être retrouvée dans les liquides biologiques dont les selles, même s’il n’est pas certain que le virus excrété par ces voies soit encore infectant ; 
  • La manipulation d’un corps peut exposer le personnel le manipulant à des germes à transmission aérienne, comme cela a été rapporté pour la manipulation des draps qui peut entraîner l’aérosolisation des germes qui se sont déposés sur les surfaces ; 
  • La recommandation du HCSP de 2009 [1] relative à la mise en bière immédiate dans un cercueil simple et l’interdiction des soins de corps pour les personnes décédées des pathologies suivantes : rage, tuberculose active non traitée ou traitée pendant moins d’un mois, toute maladie émergente infectieuse transmissible (SRAS, grippe aviaire, etc) sur saisine du HCSP ; 
  • Les recommandations ci-dessous doivent être mises en œuvre par des professionnels formés en cas de décès en dehors d’un établissement de soins. 

 

Le HCSP recommande 

 

Pour le personnel soignant, que : 

  • le respect des précautions standard et complémentaires de type air et contact soit maintenu, même après le décès du patient, quel que soit le lieu de prise en charge (y compris en cas de réalisation d’une autopsie) ; 
  • le personnel devant procéder au bionettoyage de la chambre applique les mesures de précaution préconisées pour la prise en charge du patient infecté ;
  • le corps puisse être lavé uniquement dans la chambre dans laquelle il a été pris en charge, à l’aide de gants à usage unique sans eau à éliminer dans la filière DASRI ; 
  • un brancard recouvert d’un drap à usage unique soit apporté dans la chambre pour y déposer le corps ; 
  • le corps soit enveloppé dans une housse mortuaire étanche hermétiquement close ; 
  • la housse mortuaire soit nettoyée avec un bandeau de lavage à usage unique imprégné d’un produit détergent, puis rincée à l’eau du réseau avec un autre bandeau de lavage à usage unique à éliminer dans la filière DASRI ; 
  • la housse mortuaire soit désinfectée (avec de l’eau de Javel à 0,5 % avec un temps de contact de 1 minute). 

Pour le personnel funéraire, que : 

  • le corps dans sa housse recouverte d’un drap soit transféré en chambre mortuaire ;
  • la housse ne soit pas ouverte ; 
  • les précautions standard soient appliquées lors de la manipulation de la housse ;
  • le corps soit déposé en cercueil simple, répondant aux caractéristiques définies à l’art. R. 2213-25 du Code Général des Collectivités Territoriales (CGCT) et qu’il soit procédé sans délai à la fermeture définitive du cercueil ; 
  • aucun acte de thanatopraxie ne soit pratiqué. 

 

 

Décryptage

Ces mesures sont à appliquer strictement dès qu’il y a confirmation médicale de la présence du coronavirus dans le cadavre. Le certificat médical devra mentionner ce renseignement le cas échéant, ou simplement indiquer un état septique grave interdisant les soins de conservation et prescrivant une mise en bière immédiate en cercueil simple, avec les précautions décrites par l’avis.

Comprenez qu’un défunt porteur de coronavirus déclaré ne sera jamais visible par le personnel. Il sera placé préalablement en housse par le personnel médical et celle-ci sera désinfectée en surface. Le personnel funéraire devra alors intervenir en étant protégé par un équipement spécifique composé de gants, blouse et masque à usage unique au minimum, et idéalement avec lunettes, charlotte et couvre-chaussures également à usage unique. 

 

Réflexion technique 

L’avis du HCSP tient compte d’un double processus de transmission possible du virus : par contact ou inhalation. Il faudra que le défunt soit mis dans sa housse dans une autre pièce que celle réservée à la mise en bière. Le défunt n’est plus source possible de contagion dès qu’il est à l’intérieur du cercueil refermé. Si la pièce ou le dépôt en housse n’est pas celle où s’opère la mise en bière, le défunt ne peut plus diffuser le virus une fois la housse refermée et désinfectée. 

La protection des salariés funéraires avec blouse, gants et masques opère alors comme une double sécurité. Si en revanche la pièce dans laquelle le défunt est mis dans sa housse est également celle où il est ensuite mis en bière, l’Équipement de Protection Individuelle (EPI) doit être complet, car il devient une sécurité primaire face à un danger difficilement mesurable (diffusion possible du virus dans la pièce par voie aérienne, puis par contact avec une surface infectée). 

Dans ce cas, non seulement la protection intégrale s’impose mais il faut en outre prévoir une pièce "de sortie" dans laquelle le personnel retire son EPI pour le déposer dans un plastique poubelle hermétiquement fermé.

Dans votre raisonnement, intégrez également deux réflexions qui viennent modérer la crainte susceptible de vous affecter lorsque vous serez appelés en intervention sur un défunt porteur du coronavirus :

  • le microbe est peu résistant, car le conseil technique prend en compte un contact d’une minute seulement sur la housse à désinfecter avec une solution à 0,1 % de chlore (je suppose que la prescription induit une température ambiance d’environ 20°C) ;
  • le cercueil fermé n’est pas censé être porteur de germes infestant le corbillard.

 

Appliquer les mesures de précaution standard…

La formule revient régulièrement dans les propos des pouvoirs publics, mais cette notion de "standard" n’est pas aussi évidente que cela dans les entreprises. Le coronavirus est en quelque sorte "un avertissement à moindre incidence" de ce que pourrait être un "danger bio" beaucoup plus grave, comme ce qui a été imaginé en bioterrorisme. Le coronavirus comporte des voies de propagation classiques : par contact et par voie aérienne. 

Par contact, la plupart des gens pensent au masque, au gant, à la blouse. Mais ces mêmes personnes ont du mal à mesurer l’impact de la propagation aérienne. Or celle-ci comporte deux étapes, l’une facilement imaginable – le microbe pénètre par la respiration –, l’autre plus difficile à mesurer – le microbe retombe quelque part, sur un plan, dans les cheveux, et devient transmissible par contact après l’avoir été par voie aérienne.

On comprend alors que la maîtrise du risque microbien exige une politique globale de maintien des individus, des matériels et des locaux hors du champ de transmission du virus.

 

Une notion clé : le seuil de toxicité

Deux personnes exposées à un danger identique ne courent pas les mêmes risques avec une intensité identique. L’une est plus fragile que l’autre. La population ne sera pas touchée à 100 % par le virus, et celles qui seront touchées ne développeront pas avec la même intensité des troubles de la santé. Il ne s’agit pas de banaliser le coronavirus car ce n’est pas "une petite grippe", sachant que des difficultés respiratoires extrêmement pénibles peuvent accompagner l’atteinte virale, pour ne pas dire que, dans certains cas, on en meurt. Ceci étant précisé, il apparaît que l’état général des défenses immunitaires de chaque individu peut être déterminant.

Il est donc important d’insister, dans les consignes données au personnel, sur la nécessité de bien dormir, en quantité et qualité, pendant cette période épidémique. Il est également nécessaire de renforcer ses défenses naturelles avec une cure de vitamines A et C et, pourquoi pas, de faire appel à l’aromathérapie, à titre essentiellement préventif.

 

Pas de soins ni de toilettes :

mais encore ?

Intégrez dans votre raisonnement que tout cadavre est susceptible d’être porteur du coronavirus (pendant la période d’incubation ou postérieure à la maladie déclarée). Cette précaution renforce le besoin, s’il le fallait, d’appliquer au quotidien des protocoles très stricts de travail sécurisé au contact direct ou indirect des cadavres. Le HCSP précise que les soins thanatopraxiques, comprenant les toilettes, sont exclus en cas de présence avérée du virus dans le cadavre.

Cette précision est gênante du fait qu’on ne sait toujours pas combien de temps dure l’incubation, alors même qu’on sait que, même inapparente, l’affection virale est contagieuse. Il est donc probable que, dans un futur proche, poussés par les progrès de l’épidémie, nos scientifiques préconisent une modification radicale de nos habitudes professionnelles. Qu’est-ce que cela peut induire ?

Dans le cas de l’Oise ou du Morbihan, on a pu s’apercevoir du fait que les cérémonies ont été interdites à l’assistance dépassant les plus proches du défunt. Cette règle risque de se généraliser assez rapidement sur l’ensemble du territoire national.

L’organisation même de l’accueil des familles risque d’évoluer de concert. La traditionnelle différence de traitement entre les espaces réservés au public et ceux réservés exclusivement au personnel technique n’aura plus lieu d’être. Les bureaux d’accueil du public vont devoir être traités au même rang de précautions d’hygiène que les laboratoires post-mortem.

Un détail simple aussi à réfléchir : peut-être vaudrait-il mieux en ces temps spécifiques ne pas porter de cravate…

 

Dans l’attente de mesures aussi visibles, certaines s’imposent tout particulièrement désormais et sans attendre :

 

a) Neutraliser le risque au contact

Toutes les superficies touchées à la main ou susceptibles d’être infectées par des microbes doivent être décontaminées avec une solution savoneuse en cas de souillure et/ou être ensuite désinfectées par friction avec une torchette imprégnée (poignées de portes, goupillon, organes de conduite d’un véhicule, etc.). Les professionnels peuvent utiliser des lingettes du commerce spécialisé ou utiliser des carrés de tissu trempés dans une solution d’eau de Daquin.

 

b) Gérer la contamination de l’air ambiant

Il est possible d’utiliser des sprays désinfectants ou, mieux, un appareil de pulvérisation diffusantune brume dans toute la pièce. Mais le minimum est d’assurer un renouvellement suffisant de l’air ambiant en prévoyant une filtration efficace, avec des filtres d’aération en parfait état, bien entendu.
À défaut de filtration, il est nécessaire d’aérer les pièces car la densité virale dans la pièce obéit aux mêmes processus que la densité des particules chimiques, par exemple. Quand vous rapprochez la notion de seuil de toxicité et celle de densité microbienne d’atmosphère, vous comprenez immédiatement sur quels critères il faut agir pour juguler une infection sur les lieux. 

 

Quelques détails pour finir

  • Inutile, vous l’avez compris, de vous rendre à toutes les mises en bière avec des EPI complets.
  • Inutile aussi d’utiliser du gel hydroalcoolique si vous pouvez vous laver soigneusement les mains avec du savon.
  • Toute exagération aura pour conséquence non pas d’éviter des infections mais de créer une psychose dont les effets seront au moins aussi redoutables que l’épidémie elle-même. 
  • Enfin, n’oubliez pas que, pour l’instant, ce sont les familles qui continuent à choisir librement le cercueil, et c’est toujours le maire qui autorise préalablement les fermetures de cercueil.

Olivier Gehin

Professionnel funéraire

Journaliste

 

 

Logiques plurielles

Les recommandations publiques comprennent le fait de tousser ou éternuer dans le coude. À la grande surprise de plus d’un ! L’avantage d’évoluer avec les coudes contaminés ne semble pas évident. Tousser ou éternuer dans un ou plusieurs mouchoirs en papier peut sembler plus logique. Encore faut-il en avoir un sous la main…

On comprend que les pouvoirs publics ont voulu limiter au maximum la transmission manuportée. Mais en fait, il s’agit d’une course contre la montre car il est hautement probable que cette épidémie cessera uniquement par épuisement viral. Un virus qui met une quinzaine de jours à se dévoiler par une maladie et qui est hautement transmissible par contact et inhalation peut difficilement être arrêté par une société façonnée par les transports, la vie urbaine et la mondialisation, a fortiori lorsque les citoyens ne comprennent rien au monde microbien.

 

Alors, alors…

Nous verrons nombre de personnes astiquer les poignées de portes, et cela n’y changera rien, sauf à soutenir le moral des uns et des autres. Toute la question est de savoir ce que l’on risque. Pour le plus grand nombre, juste une grippe sévère. Et encore… Mais pour les personnes âgées ou affaiblies, le risque est mortel. Mais pas rien que pour elles. C’est notre système de santé qui est insuffisamment équipé pour assister la respiration d’un nombre trop important de malades. Toute la question est là.

Admettons alors en conséquence le niveau d’alerte actuel et futur des pouvoirs publics à la lumière de cet aveu. Néanmoins, gardons la raison, car le risque encouru pour une personne en bonne santé n’est pas forcément suffisant pour que des salariés invoquent leur droit de retrait dans certaines circonstances.  Ce sujet sera peut-être bientôt d’actualité…

Le véritable risque, en ce début mars, c’est l’effet de panique et probablement le recours à de mauvais réflexes. J’en tiens pour exemple le gel hydroalcoolique qui ne devrait être utilisé qu’en absence de possibilité de se nettoyer normalement les mains sous eau courante avec du savon. Un dermatologue vous préciserait que ces gels, utilisés systématiquement et à outrance, fragilisent les défenses biologiques en présence sur la peau, et peuvent en outre provoquer des démangeaisons. Par bonheur, le coronavirus est sensible et fragile face aux désinfectants. S’il l’était aussi face à la déraison, pour sûr, nous ne risquerions pas une épidémie…

 

Les bonnes questions

Faut-il ou non continuer à porter des cravates, foyers de microbes ? Idem pour les montres, les bagues, etc. Les poubelles qui reçoivent les mouchoirs et autres déchets souillés sont-elles refermées de manière hermétique ? Combien de consommables à usage unique allons-nous utiliser ? Comment allons-nous les éliminer ? Avons-nous les stocks nécessaires en mouchoirs, papier absorbant, sacs poubelle, etc. ?

 

Quelles solidarités penser avec les voisins ?

 

 

Dernière minute 

Le sujet du coronavirus évolue de jour en jour et les modalités d’élaboration du magazine permettent exceptionnellement une mise à jour de l’article au regard de l’actualité galopante à ce sujet. L’arrêté du 15 mars 2020 du ministre de la Santé, art. II, alinéa 1 et l’art. III permettent de poursuivre les cérémonies funéraires dans les établissements cultuels au-delà de 20 personnes. Cette règle évoluera probablement.

 

Dans l’attente, disposer les personnes une place sur deux et un rang sur deux de façon à ce que chacun soit au moins à plus d’un mètre de l’autre. Une solution consiste aussi à n’organiser que des cérémonies en extérieur, au cimetière par exemple. Des règlements intérieurs d’établissements apporteront leurs nuances d’organisation, à respecter impérativement.

Gardez à l’esprit que le plus important réside dans le mètre de distance d’une personne à l’autre, n’importe où et dans n’importe quelles circonstances, et dans l’hygiène des mains. Le masque FFP2 ne protège pas ou très peu son porteur mais empêche ce dernier de contaminer autrui.

Gardez votre bon sens, votre capacité d’accueil humain et votre sang froid, en toute logique.

 

 

Instances fédérales nationales et internationales :

CPFM - Confédération des Professionnels du Funéraire et de la Marbrerie FFPF - Fédération Française des Pompes Funèbres UPPFP - Union du Pôle Funéraire Public CSNAF - Chambre Syndicale Nationale de l'Art Funéraire UGCF - Union des Gestionnaires de Crématoriums Français FFC - Fédération Française de Crémation EFFS - European Federation or Funeral Services FIAT-IFTA - Fédération Internationale des Associations de Thanatoloques - International Federation of Thanatologists Associations